6.5/10

Black Christmas - 1974

Davantage considéré comme un pré-Halloween que comme une oeuvre à part entière, le film de Bob Clark mérite davantage de considération, même si le chef d'oeuvre de l'homme est déjà derrière lui...

Des prémices du slasher-movie tel qu'on le connaît aujourd'hui, il est communément admis de citer deux pères, spirituels ou formels, que sont Massacre à la tronçonneuse et Halloween. Alors qu'à première vue pas grand chose ne semble relier le film poisseux de Tobe Hooper, bien ancré dans un cinéma d'exploitation purement américain dont il tire une partie de sa sève -preuve en est sa racoleuse promotion, dont René Château ressuscita toute l'essence dans ses célèbres VHS "interdites"- et l'oeuvre séminale de Carpenter, ce dernier semble avoir digéré l'influence d'un entre-deux moins connu, Black Christmas, car c'est bien lui, dernier film vraiment marquant de Bob Clark, réalisateur météore dont la carrière est partie tranquillement dans l'oubli après les années 80 et la trilogie Porky's (où des adolescents reluquent des filles sous la douche). Sorti en 1974 -l'année de Leatherface, décidément-, Black Christmas se regarde aujourd'hui comme un témoignage, celui de ce que pouvait être le talent de Bob Clark lorsqu'il accommodait son style clinique à l'horreur glauque qu'il semblait affectionner. Un style qui trouvera sa quintessence dans son film précédent, Le Mort Vivant, tétanisant retour au bercail d'un soldat du Viet Nam mort au front.

Le fait que John Carpenter n'ait pas sorti Halloween tout chaud de sa poche n'est un secret pour personne, et les ressemblances avec Black Christmas sont suffisamment éloquentes pour se contenter d'un inventaire à la Pervert :  un sujet limpide débouchant sur un scénario simple (un cinglé tue des jeunes gens un soir de fête), une réalisation souvent fluide se fendant de mémorables vues subjectives, un tueur à l'identité incertaine. Notons à ce titre le final ahurissant de Black Christmas, bien symptomatique des idées "autres" de Bob Clark. Un dernier acte qui résume bien la note d'intention de Black Christmas : surprendre. Alors que les fêtes de Noël sont propices à la chaleur et à la joie, Bob Clark nous assène ici un film souvent sinistre à bien des égards et parfois très inconfortable lorsqu'il s'intéresse directement à son bourreau de service. Un être insaisissable (qui est-il ? Est-il seulement humain ?), qui porte le film sur ses épaules (qu'on ne voit jamais) et dont les crises de délires et les meurtres maniérés trahissent un intérêt certain pour le giallo. A l'instar d'Halloween, et ce sera là l'occasion de conclure avec le jeu des sept erreurs, Black Christmas tire toutes ses cartes de la présence sourde qui le hante et de son ambiance malsaine culminant dans des montées de violence aussi rares que brusques. Du reste, tout petit classique qu'il est, Black Christmas n'est pas vraiment un grand film : son histoire n'est guère intéressante malgré la présence d'un joli casting (nous retrouvons Margot Kidder, qui plus tard tournera Superman et Amityville) et surtout, son twist rappelle injustement Terreur sur la ligne, pourtant -bigre, un autre-, ultérieur de cinq bonnes années. La sauce est néanmoins relevée par des dialogues habiles, qui, au diapason de la mise en scène, naviguent d'agréable façon dans le sous-entendu et par un humour à froid assez décapant (à l'image de cette série de photos où une gentille mamie... finit par tendre un beau majeur !).

Black Christmas a l'inconvénient étrange d'être un précurseur un peu oublié. Le découvrir sur le tard lui est forcément fatal. Mais si Bob Clark lui-même a déjà été plus inspiré, son Black Christmas laisse souvent échapper un sentiment de tristesse et pessimisme assez unique dans le registre. Peu nombreux sont les slashers qui vont par la suite s'égarer dans cette voie, où les personnages ressemblent à autant de morts en sursis dans un monde semblant pourrir sur place. Sous la caméra de Clark, la nuit de Noël prend soudain des airs de veillée funéraire et les plus hypocrites décorations ne changeront rien à la mauvaise marche de l'univers.

De là, osons l'épilogue : John Carpenter n'étant pas la moitié d'un idiot, son Halloween est-il la conséquence logique d'un petit film imparfait... ou l'hommage respectueux à un artisan qu'il estimait ?

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Louise-Michel

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