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Bilbo le Hobbit : la désolation de Smaug... et du spectateur

Après un premier opus, loin d'être parfait mais largement plus que correct, The Hobbit est de retour sur nos écrans pour une suite de 2h40. Seul problème : cette suite est mauvaise même si la fin rattrape quelque peu un début vraiment à la ramasse et des détails vraiment mais vraiment énervants. Surtout pour le fan de Tolkien.

En guise d'avant-propos, il me faut préciser ici que je ne fais pas, je crois, partie des hardcore fans qui auront voué Peter Jackson aux gémonies pour les quelques entorses faites à la susbtance originelle des trois premiers Seigneur des Anneaux. Quand on passe de la littérature au cinéma, il est nécessaire de réaliser quelques ajustements, qui peuvent être critiqués mais qui peuvent aussi se justifier d'autant plus quand l'objectif du réalisateur est de faire un film tout public et grand spectacle. De plus le premier opus, Le Hobbit : Un voyage inattendu, malgré un ou deux détails un peu gênants (Thranduil sur son cerf !!), s'est révélé être plutôt bon en raccrochant le Hobbit au wagon du Seigneur des Anneaux, histoire de faire une œuvre complète. En ce sens, les scénaristes (Peter Jackson, Guillermo del Toro, Fran Walsh et Philippa Boyens) ont eu une démarche inverse à John Ronald Reuel Tolkien qui a dû utiliser le matériau de Bilbo le Hobbit comme source pour son Seigneur des Anneaux. C'est ainsi que certains appendices du Seigneur des Anneaux se retrouvent, au cinéma, dans Le Hobbit : il en va ainsi du Conseil Blanc entre Elrond, Galadriel, Gandalf et Saruman ou de la visite de Gandalf à Dol Guldur. Dans ce dernier cas, on voit ainsi clairement le retour de Sauron en Terre du Milieu alors que dans le livre de Bilbo, on se contente d'un Nécromancien qui semble être plutôt malfaisant mais qui n'a pas vraiment d'importance dans la Quête d'Erebor. Ces éclaircissements sont certainement un point positif de La désolation de Smaug.

Welcome (back) in New-Zealand

Un deuxième point positif est certainement la faculté de Peter Jackson de nous vendre sa Nouvelle-Zélande natale en inscrivant son film dans des décors naturels somptueux. Dans le Hobbit 2, on retrouve de la même façon la magnificence des paysages néo-zélandais même s'il y a finalement plus de scènes d'intérieurs dans ce film-là : intérieurs de la Montagne Solitaire, intérieurs de la ville des Elfes Sylvestres, intérieurs de la maison de Beorn, intérieurs de Dol Guldur. Cependant on est quand même largement moins estomaqués par la réalisation de la vision qu'on pouvait avoir de la Terre du Milieu, vision largement portée par les œuvres d'Alan Lee ou de John Howe qui ont beaucoup plus travaillé pour Le Seigneur des Anneaux que pour Bilbo le Hobbit et qui étaient directeurs artistiques des films de Peter Jackson. Dans le Hobbit, on est moins enfermés dans une vision pré-établie et on a parfois du mal à plaquer notre imaginaire sur celui de Jackson : la cité des Elfes ou la maison de Beorn manquent singulièrement de cette magie qu'on avait imaginée à la lecture du livre. Mais on peut bien accorder le droit à un réalisateur de développer sa façon de voir un monde de toute façon imaginaire.


DR.  D'accord on n'imaginait pas Dale comme ça mais ça reste beau.

 

Thranduil et son cerf

Ce que l'on pardonnera moins à Peter Jackson, c'est le manque évident de prestance et de majesté de certains des personnages de ce second épisode. Dans le premier déjà, on pouvait largement douter de l'aspect de certains Nains beaucoup trop elfiques, comme on pouvait douter de Thranduil et son étonnant combo couronne ridicule/monture risible. Dans La désolation de Smaug, les Nains sont toujours les mêmes et on ne peut pas croire une seule minute que Fili ou, affront suprême, Thorïn soit un Nain même si ce dernier, plutôt chanceux, parvient à garder un peu de son maintien. Ce qui n'est pas le cas de Barde qui n'est pas le héros que l'on distingue déjà quand on le découvre dans Bilbo le Hobbit. Ou pire, ce qui n'est pas le cas de Beorn qui est sans doute le personnage le plus massacré de ce Hobbit 2. Dans le livre, Beorn est un homme extraordinaire, prompt à la colère comme au rire, un homme-ours comme on peut se l'imaginer, grand, costaud, barbu, chevelu. Sous les caméras de Peter Jackson, il devient un homme miteux, triste et surtout incapable de se maîtriser. Quelle énorme déception ! La déception est d'ailleurs telle qu'elle nous empêche de rentrer dans le film, une impression qui restera jusqu'à la dernière seconde.


DR. Le blondinet échappé du Seigneur des Anneaux et la rousse échappée de ... euh... bouhou (amères larmes)

 

À toute vitesse vers le combat

Le début de The Hobbit : la Désolation de Smaug est effectivement complètement manqué. Outre le personnage de Beorn, le passage de la compagnie dans la Forêt Noire (Mirkwood) est complètement saccagé, réduit à sa plus simple expression alors qu'il s'agit l'un des moments de bravoure de Bilbo. Pas de ruisseau maléfique, pas de chansons de Bilbo (« Attercop ! Attercop ! »), pas de cercles des Elfes ! Quelle tristesse même s'il est vrai que ces fameux cercles des Elfes ressemblent plus à de la faërie qu'au monde de la Terre du Milieu. De la même façon, la détention des Nains dans le royaume de Thranduil est expédiée en deux coups-trois mouvements, là où Bilbo erre de longs jours dans les souterrains de la cité elfe. À peine Jackson a-t-il le temps de développer une sorte de romance entre un Nain et une Elfe. Quoi ? Oui, vous avez bien lu, une romance entre un Nain et une Elfe. Certes l'Elfe est très jolie avec ses petites oreilles pointues et arrive presque à la cheville d'Arwen mais pourquoi, pourquoi les scénaristes ont-ils eu l'idée d'un tel ajout ? La question n'est que pure rhétorique puisqu'on connaît la réponse : il faut que le film plaise à tout le monde et il faut un peu d'amour.  Et si l'on s'interroge des raisons qui ont poussé Jackson à expédier Beorn et Mirkwood, la réponse est que cela permet de laisser une grande place à un grand combat avec Smaug.


DR. Mon seignôr, il est l'or... de réveiller le dragon !

 

Smaug and furious I

Car c'est bien entendu qu'il faut de l'épique dans The Hobbit ! Qu'importe que Bilbo soit un cambrioleur, qu'il se serve de son cerveau contre Smaug, qu'importe que les Nains se révèlent être de purs couards et n'osent pas affronter le regard du monstrueux dragon, il faut que, dans le film, le spectateur en ait pour son argent. Et voici Smaug chassant Bilbo, le voici coursant les Nains sous la Montagne. Certes cela donne un souffle épique au film, cela cloue le spectateur à son fauteuil, cela lui en met plein les mirettes. Mais que c'est triste et loin de l'œuvre originale ! Dans le même ordre d'idées, on ne s'étonnera pas de voir les Orques se multiplier un peu partout, comme dans la première trilogie. Bilbo le Hobbit, le livre pour enfants, est devenu un Seigneur des Anneaux bis. À la place de ce long, très long, trop long combat, on aurait franchement apprécié que soient développés l'humour et la poésie qui ont fait notre bonheur en lisant Bilbo le Hobbit.

En lieu et place de la poésie, de l'humour, Peter Jackson nous sert un film à grand spectacle sans franchement beaucoup d'âme. Mais on peut quand même espérer pour le dernier film de la trilogie du Hobbit qui devrait contenir beaucoup de bravoure et de scènes impressionnantes : là au moins Peter Jackson semble dans son monde.

PS: cette critique aurait pu s'arrêter-là mais je ne peux m'empêcher de citer encore quelques détails qui ne peuvent qu'énerver le fan de Tolkien. Jugez-en vous mêmes : Légolas n'est plus le seul à surfer quand il combat (!!!!), l'arc de Barde est devenue un arbalète à tour (connaissant la haine de Tolkien pour les machines, on se doute que ça n'a pas dû lui plaire), Elros, normalement frère d'Elrond, est apparemment devenu un échanson de Thranduil (???), Erebor, la Montagne Solitaire, est maintenant plantée au milieu d'une chaîne de montagnes (?) et on a bien de la peine à voir où est la fameuse Désolation de Smaug pourtant dans le titre (!!). Ajoutez à ceci des effets de lumière réellement soûlants et une chanson de fin absolument détestable et vous aurez un cocktail des plus désagréables.

A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

5 commentaires

  • Ryo

    02/01/2014 à 19h42

    Répondre

    C'est vrai que cet épisode est  surement le moins bon des 5 réalisés par Peter Jackson : on s'ennuierait presque pendant pas mal de séquences, l'histoire d'amour entre le nain et l'elfe c'est du grand n'importe quoi, encore et toujours le retour du come back de Sauron, la coupure de fin etc... Je réalise que l'intro est à l'image du film :  pas super palpitante : en effet le rencontre entre Gandalf et Thorin fait un peu pitié en comparaison de la lutte entre Gandalf et le balrog, la 1ère guerre entre Sauron et les peuples libres ou bien encore la prise de la cité des nains par Smaug...

  • el viking

    06/01/2014 à 15h43

    Répondre

    Même si je suis globalement d'accord avec vos critiques, perso j'ai apprécié quand même... 

  • Akashinai

    07/01/2014 à 08h57

    Répondre

    Meme sentiment que El Viking, d'autant plus que j'ai lu le livre il y a presque 20 ans et que je ne m'en rappelle que très peu

  • nazonfly

    07/01/2014 à 22h36

    Répondre

    J'ai eu l'outrecuidance de le relire juste après la sortie du premier épisode...

  • Islara

    08/01/2014 à 14h27

    Répondre

    Je suis seulement en train de le relire. J'ai bien fait d'attendre.  Je me rends compte du coup que cet épisode est en effet assez mauvais. Mais bon, c'est quand même chouette d'avoir ce livre en image. Les films d'héroïc-fantasy sont tellement peu nombreux. L'eau de mauvaise qualité a divin goût dans le désert...

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