8/10

Big Fish

Trois ans sans nouvelles de Tim Burton, disparu des écrans de cinéma après un Planète des Singes froidement accueilli malgré ses qualités, et le revoilà aux commandes d'un projet farfelu comme lui seul en a le secret. Tiré du roman éponyme de Daniel Wallace, un projet longtemps détenu par Steven Spielberg, Big Fish tient davantage de la fable féerique que d'une leçon de relationnel paternel - filiale comme il voudrait s'en prévaloir, tout en ne négligeant pas cet aspect. Pas clair ? Un peu comme Big Fish. Je suis tenté, bien que l'on risque de m'en vouloir, d'établir une comparaison avec Le Fabuleux Destin d'Amelie Poulain : deux films qui fondent leur intérêt sur l'amoncellement quantitatif d'idées visuelles et scénaristiques, s'échappant du tangible pour s'évader parfois dans le purement imaginaire. Un trait de caractère profondément marqué pour le film de Burton, son principal attrait, son principal moteur...

En froid avec son père depuis près de trois ans, suite à une dispute sans véritable fondement, William Bloom (Billy Crudup) retourne au domicile familial pour passer les derniers moments avec son père atteint d'un cancer. Et peut-être enfin découvrir l'homme qui se cache derrière l'Edward Bloom (Albert Finney / Ewan McGregor) des histoires fantastiques qu'il se construit et qu'il n'hésite pas à transmettre à son entourage. Une attitude que William a encore du mal à accepter...

Comme je le sous-entendais en introduction, Big Fish prend pour objectif le divertissement féerique en s'échafaudant autour d'une relation pour le moins atypique entre un père un peu farfelu et son fils terre-à-terre. C'est ainsi que nous est contée la vie d'Edward Bloom, la vedette de la petite ville d'Ashton, qui, tour à tour, accompagnera un géant vers la grande ville, offrira un parterre de jonquille à sa bien-aimée, et rapatriera un couple de siamoises aux Etats-Unis. Des mensonges assurément, ou plus précisément des « déformations de la réalité », ce qui horripile particulièrement le fiston. Où s'arrête l'imaginaire, et où commence la réalité ? Et au fond, quelle importance ? Bloom est un peu l'enfant qui sommeille en chaque adulte, un enfant qui rêve et qui voit en la vie un milliard de choses merveilleuses pour peu qu'il en ait l'imagination. Une fantaisie burtonnienne par son romantisme, son humour, et sa magie, l'intérêt principal du film et son carburant. On ne verrait pas le temps passer, si le rythme ne retombait pas, entre deux souvenirs merveilleux, sur le chemin de la rédemption filiale, aspect visiblement sous-considéré dans ses premiers instants, mais revenu à la surface pour la bonne tenue d'un final larmoyant. Tout ce qui nous reste alors ne sont que des rêves immatériels à la hauteur des plus fabuleux contes de fées racontés, regroupés en une seule histoire, et organisés par un réalisateur heureux de pouvoir, une nouvelle fois, quitter le monde réel quelques instants.

Un beau film illuminé par le sautillant Ewan McGregor et le « desséché » Albert Finney, qui transforme à l'image de son personnage principal une histoire ordinaire en périple extraordinaire. Burton se retrouve complètement dans cette fable où se côtoient constamment réel et imaginaire, bien plus à l'aise lorsqu'il s'agit de se décoller des fades rationalités contemporaines que dans l'intimité d'une famille touchée par un drame humain. L'alchimie en fait une oeuvre un peu inégale, parfois touchante, mais souvent merveilleuse.

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