5.5/10

Bienvenue à Cadavres-les-Bains

En Autriche, on aime l'humour noir. La question est de savoir si en France, on aime l'humour noir autrichien... Le film soutire quelques ricanements, mais son scénario repose sur quelques grosses ficelles et beaucoup de vide.

Et si on se faisait une petite comédie autrichienne, comme ça, hop ? Il pleut dehors, ça ne peut pas être pire. C'est avec ce genre de réflexion qu'on se retrouve devant Bienvenue à Cadavres-les-bains, traduction du titre Der Knochenmann signifiant « L'homme-os » (le film est d'ailleurs passé dans les
festivals internationaux sous le nom The Bone man). Il ne s'agit pas d'une œuvre isolée, puisque le réalisateur Wolfgang Murnberger en est à sa troisième adaptation du romancier Wolf Haas, et que les deux précédentes mettaient déjà en scène les personnages de l'ex-flic Brenner (Josef Hader) et de son pote Berti (Simon Schwarz). S'il est probable que vous ayez raté Komm, süsser Todd en 2000, il est en revanche possible que vous ayez vu Silentium, tourné en 2004 mais sorti chez nous en 2007, après avoir reçu le Grand Prix au Festival du film policier de Cognac. La fine équipe est déjà en train de se reformer pour un quatrième opus intitulé Das ewige Leben, prévu pour 2011.

Brenner dépanne son ami Berti en récupérant des voitures dont les traites n'ont pas été payées. Lorsqu'il se rend à la campagne sur les traces d'un client appelé Horvath, il est bien mal accueilli à l'auberge de Löschenkohl, où il semble se tramer de curieuses histoires de disparition et de boucherie(s).

Vendue comme une sorte de Delicatessen à la sauce Fargo (à moins que ce ne soit l'inverse), cette pochade a le double avantage de ne pas se prendre au sérieux et de ne pas pour autant verser dans la blague grasse à l'arrière-goût teuton (voir le lourdingue et obscur Massacre à la tronçonneuse allemande). L'histoire de chantage et de meurtre est traitée consciencieusement, avec juste ce
qu'il faut d'humour noir et de rebondissements à moitié prévisibles. Mais le scénario dans son ensemble apparaît comme curieusement bancal, notamment dans son incapacité à intégrer logiquement le personnage principal. Brenner, avec son air morne et sa grimace blasée, est un antihéros attachant mais complètement à côté de la plaque, qui passe tout le film à trouver des indices sans jamais réagir ; le procédé pourrait être utilisé à des fins comiques, mais la réalisation reste vague, ne précisant jamais si Brenner ne comprend rien ou décide volontairement de s'en foutre. Peut-être les deux précédents films aident-ils à cerner son caractère... En tant que personnage référent, il manque singulièrement d'intérêt puisque le spectateur est informé de l'intrigue avant lui ! Il ne lui reste plus qu'à draguer la femme du fils du patron en attendant que le film se passe, laissant au public le soin de ricaner régulièrement sans pour autant se passionner pour les évènements. Le gagnant du film est le patron de l'auberge, brute émouvante aux faux airs de Brian Dennehy, interprétée par un dénommé Josef Bierbichler que l'on retrouvera prochainement dans le fameux Ruban blanc de Michael Haneke.

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