7.5/10

Berkman se séparent (Les)

Les Berkman se séparent surprend et séduit par sa facilité à refléter une réalité sociologique complexe. Parler de divorce au cinéma n'est pas une tâche facile. Réussir à rendre l'essai intéressant l'est encore moins. Avec son quatrième film, le réalisateur américain Noah Baumbach parvient brillamment à en exposer les difficultés et les conséquences sur les enfants.

Entre ses brefs élans comiques ultra cyniques, de belles scènes du quotidien et des aspects dramatiques joués avec extrême justesse, le long métrage offre un cocktail irrésistible. Le spectateur est plongé dans cette histoire de divorce où l'addition des caractères de chacun explique la pénible situation familiale. En tête, l'égocentrisme, la prétention et la radinerie du père sont traduites par un Jeff Daniels (Pleasantville) d'une déchirante sincérité. Les côtés borné, égoïste et fier de son personnage renvoient à des défauts fréquents chez les hommes. En face, la tendresse d'une mère maladroite est magnifiquement incarnée par Laura Linney (Dr. Kinsey), décidemment irréprochable et très charmante. Avec le temps, la lassitude et les changements de caractères affaiblissent le couple jusqu'à le tuer. La question des enfants est alors particulièrement complexe.

Le point fort de ce film est de parvenir à lier à la perfection l'histoire de la séparation des adultes et ses effets sur les enfants. Pendant que les parents se cherchent de nouveaux équilibres financiers et conjugaux, les adolescents découvrent l'adolescence et le sexe. Le réalisateur ne baisse jamais de rythme et les 80 minutes passent en un éclair. Jesse Eisenberg, vu dans Le Village, dégage un charisme étonnant. Il représente un fils qui cherche à forger sa personnalité malgré le modèle étouffant de son père. Grâce à ce personnage, le film trouve un bel équilibre et affiche un tendre espoir. En repartant dans ses souvenirs d'enfance, l'adolescent retrouve le bonheur d'une relation parentale simple et heureuse. Si l'on rajoute à cela une musique composée de titres de Bryan Adams, Lou Reed, Tangerine Dream ou encore Pink Floyd, il n'y a plus grand-chose à demander.

En mélangeant l'humour souvent cassant de la vie et les contrariétés des relations familiales après un divorce, Les Berkman se séparent se classe sans prétention parmi les meilleurs films de l'année. On regrettera la traduction plus qu'étrange du titre original, « The Squid and the Whale », qui signifie « la pieuvre et la baleine ». Une part de la poésie du film est ainsi malheureusement perdue.

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1 commentaires

  • hiddenplace

    04/08/2006 à 12h45

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    Le sentiment dominant qui se dégage après le visionnage de ce film, surtout après la touche finale, est effectivement un sentiment d'espoir.
    Le film évite les écueils stéréotypés concernant le divorce, que l'on croise dans la plupart des films sur le sujet. Les personnages, comme l'a dit Vincent, incarnés à la quasi perfection par tous les acteurs (mention spéciale aux deux enfants, même - et surtout - au plus jeune) sont humains et attachants.

    Mais bien que les clichés sur le divorce aient été soigneusement évités, les clichés sur la population sociale dépeinte n'ont pas été épargnés: la famille Berkman est une famille d'intellectuels, et elles ne s'en cache pas. C'est le seul point que j'ai trouvé limite, parfois, et le personnage du père (admirablement interprété par Jeff Daniels, dont je peine à croire que je l'ai vu dans [i]Dumb et Dumber ) aurait pu être traité plus en nuances. Idem pour la Maman, trop volage (c'est plus elle que j'ai trouvé égoïste, contrairement au père), le fils aîné, tour à tout trop "contenu" ou trop "extrême" dans ses attitudes. J'ai vraiment aimé la prestation du petit dernier, vraiment touchante, par contre.

    D'autre part, la musique est en effet un des ingrédients efficaces et très évocateurs dans ce film, illustrant, avec la photo un peu vieillie et le mobilier de décor plus 70's que 80's (époque où se situe l'histoire), une atmosphère charmante et désuète, teintée de nostalgie. Comme si le film était le miroir d'un souvenir ou une sorte de tapisseries de regrets (très bien évoqué dans la scène de fin).

    D'accord avec Vincent sur la traduction du titre, The squid and the whale (la pieuvre et la baleine) sonnait de manière bcp moins prosaïque, moins terre-à-terre que Les Berkman se séparent[/i]. A croire que les titres français doivent être le résumé du film, c'est n'importe quoi Et en plus un mauvais résumé, car le film ne se résume pas à la séparation d'une famille.

    C'est donc un film intéressant et fort bien interprété, qui aurait selon moi gagné à perdre quelques petits clichés dans les portraits, trop baba cool, voire même un peu bobo (je sais que ça existe, mais là ils sont limite caricaturaux^^). Il évite cependant la complaisance et le drame gratuit, dépeignant avec justesse un quotidien malheureusement très ancré dans la réalité d'aujourd'hui, et rien que pour cela, c'est un film qui marque, selon moi.

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