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Beowulf

« Mon film aussi, il est damné. Hin hin hin. »

« - Détachez-la.
- Elle est de l'avant-poste. Le mal a infesté l'avant-poste. Personne ne réussit à échapper à cela.
-
(Ecartant sa cape pour montrer ses deux grosses arbalètes) J'ai dit : Détachez-la. »

Sur ces douces répliques voluptueusement rédigées, entre en scène un personnage haut en couleurs qui ne pouvait que rester dans les annales des incarnations de Monsieur Christophe Lambert : Beowulf. Beowulf le damné. Beowulf l'enfant métisse entre le seigneur de la destruction Baal et une pauvre humaine qui bien dû le sentir passer. Beowulf, ou l'histoire d'une crise de rire post-« Batman & Robin » qui scellerait à jamais mon attrait pour l'univers du navet rigolo. Les Maîtres de l'Univers (Dolph Lundgren, magnifique), Battlefield Earth (John Travolta, magnifique), Universal Soldier 2 (Jean-Claude Van Damme, magnifique), la liste des nanars est longue et pourtant aucun ne pourra jamais remplacer Beowulf au panthéon ancestral des soupes cinématographiques.

Beowulf (Christophe Lambert) est donc un damné, mi-humain mi-démon. Son ambiguïté intérieure le pousse inlassablement à faire le ménage parmi les entités démoniaques qui épouvantent le monde, une société imaginaire plantée dans un univers médiéval/post-apocalyptique. C'est ainsi qu'il s'enferme de lui-même dans un château assiégé, pour combattre une créature qui décime chaque nuit trois ou quatre pèlerins de ladite cité.

Et c'est le début d'une longue série d'affrontements qui ne trouvera aboutissement que par l'explosion la plus laide du monde, toute époque confondue. Entretemps, le monstre en question s'amuse comme un petit fou avec les pensionnaires du loft médiéval le plus fashion du moment, réduisant petit à petit le nombre de bouches à nourrir pour le plus grand bonheur (?) du seigneur des lieux. Justifié par un scénario somme toute pas trop pitoyable si nous avions eu affaire à un épisode d'une quelconque série télé, l'hideuse créature rencontre bientôt un adversaire de taille : Beowulf et sa grosse épée. Car le guerrier, ce « damné » tel qu'il se plaît à le dire, ne s'est certainement pas déplacé pour plaisanter. Sa tactique, déconcertante, a visiblement déjà fait ses preuves : roues, saltos, flips dans tous les sens, la formation de gymnastique au sol trouve enfin une application martiale. Un adversaire pas habitué pourrait s'y laisser surprendre. Ca ne sert pas à grand chose, mais ça peut surprendre. Et la drague en devient nettement plus efficace. Rhona Mitra, Miss 90D (Lara Croft, pardon) il y a de ça quelques années, s'investit toute poitrine au vent dans la jeune fille sceptique qui ne pourra pas résister à la chevelure grisonnante de messire Beowulf et à ses capacités rythmiques et sportives. Inutile alors de vous spoiler le film en précisant qu'ils ne seront pas beaucoup à survivre et que le hasard fait vraiment bien les choses. Clair, pourquoi s'embarrasser de l'amoureux éconduit, le guerrier grande-bouche qui ne peut que pleurer sur son nom à coucher dehors (Roland) ? Ou de l'apprenti maître d'arme, probablement apprenti-acteur également ? Saluons tout de même l'exploit des auteurs qui parviennent haut l'épée à atteindre une durée potable de 1h30 avec une ligne : « Un monstre est dans un château. Beowulf arrive et le tape. ».

Un franc moment de rigolade pour l'un des nanars les plus mémorables de tous les temps. Beowulf est un concept, la preuve inattaquable de la déchéance de Christophe Lambert et la consécration « réplique culte » de son rire inimitable (offert en apothéose du film, dans les dernières dialogues). A conserver précieusement.

A propos de l'auteur

4 commentaires

  • riffhifi

    30/03/2007 à 14h42

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    "...dans un univers médiéval/post-apocalyptique..."

    Rappelons que dans les bonus du DVD, Cricri définit l'univers du film comme étant "techno-féodal-futuriste"

    Sacré Christophe.

    Dommage qu'une nouvelle version de Beowulf soit en préparation, celle de Christophe Lambert aurait dû rester unique !

  • Anonyme

    13/09/2007 à 12h22

    Répondre

    Cette version restera de toute manière la meilleure pour ceux qui ont la chance de posséder un humour à toute épreuve, impossible de ne pas se marrer devant toutes les erreurs et incohérences du film, les musiques plus laides encore que celles de Mortal Kombat, les saltos et flips arrière dans la charpente du château dont la tour principale ressemble à une pince mécanique dont l'utilité reste assez mystérieuse...


    Impossible de ne pas rire devant tant de répliques astucieuses ("hin hin hin !!!"), devant tant de costumes sortis de l'imaginaire d'un gamin de CP pas doué en dessin, devant les armes technologiques ressemblant vaguement à des couteaux à pain géants ou a des rasoirs immenses (la table de torture du début), devant un monstre supportant péniblement tout le poids de son costume en latex...


    Faire un résumé de toutes les erreurs de ce film serait trop titanesque et pourtant ce nanar est tellement accrocheur qu'il est impossible de s'en passer, je suis un peu déçu que le titre soit repris pour une version qui sera sans doute très bien conçue... MAIS BEOWULF LE DAMNE VIVRA (à travers et dans les travers de Christophe Lambert).


     Mention spéciale à la fin lorsque le château brûle, on peut aisément comprendre qu'ils ont filmé un feu de camp chez les scouts et qu'ils ont surexposé la séquence sur la maquette qu'ils avaient construit vite fait après un repas bien arrosé de pré-production

  • shushu

    22/07/2008 à 14h42

    Répondre

    Une réplique mythique aux invitations aux joies du sexe : "euh non, j'ai pas le temps".


     


    Splendide. 

  • frozenration

    09/06/2011 à 16h26

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    EDIT : Ah mince je viens de voir que j'avais déjà rédigé une critique sous le pseudo markov nikov, donc pas grave, la nouvelle est bien plus étoffée.

    J'adore ta critique Nicolas, je vais néanmoins proposer la mienne, plus longue, en espérant qu'elle soit presque aussi drôle, car ce film est véritablement génial :


    1999, le cinéma est gangréné par un film techno-féodal futuriste (avouez que ça en jette) avec comme guest-stars un certain Christophe Lambert (signe évident d’un film énorme et épique qui raflera tous les oscars), Götz Otto (prononcez « Geutss », ça aide à se mettre dans l’ambiance) et Rhona Mitra (qui débutera là une superbe carrière puisque nous la retrouverons par exemple dans Doomsday en 2008, un chef d’œuvre du 7e art).

    A la production, le même criminel que pour Mortal Kombat, Mr Kasanoff, on ne s’étonnera donc pas de retrouver 3 constantes :
    1 - Christophe Lambert : c’est comme prendre Michael Jordan dans son équipe de basket, on est sûr d’envoyer du lourd
    2 - Bande son à base de techno Lidl® : de la techno à prix discount, produite par des amateurs à prix discount sur du matériel à prix discount
    3 - Des cascadeurs ninja sous stéroïdes : ben oui parce que sinon le film ne flatte pas la rétine

    Faire une critique de ce film « fantastique » (et ça je peux vous dire qu’il est fantastique) est vraiment ardu car il peut y avoir plusieurs perceptions :
    - Soit on trouve le film NAC (Nul À Chier, et c’est un fait) sans réussir à percevoir l’intérêt comique typique des nanars, donc la critique devient expéditive.
    - Soit on trouve le film ingénieux, imaginatif, brillant, étincelant etc. Bref, on a les yeux pourris et donc la critique devient : « ouais c’est trop de la balle, ce film a vraiment changé ma vie, je le conseille à tout le monde, chef d’œuvre du 7e art etc. » (comme les critiques d’adolescentes pour les films Twilight), et il est temps de retourner dans un centre de soins psychiatriques.
    - Soit on se retrouve tiraillé entre deux sentiments dominants : c’est NAC mais tellement drôle (alors que ce n’est pas voulu), voici les ingrédients d’un nanar, et donc la critique devient une sorte d’éloge divine destinée à vendre un film qui ne possède aucunes qualités autres que ses défauts.

    Vous aurez compris que je positionne ma critique sur la perception nanaresque de « l’œuvre », car il y a tellement d’immondices à vomir, tellement de souffrances mentales à expier.

    Commençons par le cœur du film, à savoir le scénario. Comme le précise si bien Wikipédia, [le Beowulf est un poème épique majeur de la littérature des Anglo-Saxons. Beowulf est un puissant guerrier goth qui voyage au Danemark pour débarrasser la cour du roi Hrothgar d’un terrible monstre mangeur d’hommes nommé Grendel. Après l’avoir vaincu, Beowulf double la mise en tuant la mère de Grendel.] Et patati patata. Bon… alors ça c’est bien beau car c’est de la littérature, et le film d’animation de Zemeckis sorti en 2007 est vraiment fidèle, mais dans les faits, la version techno-féodal futuriste est complètement dans la fange, ils ont gardé les noms des principaux protagonistes, et puis c’est à peu près tout… bon je vulgarise un peu, le film est également « épique » (et colégram) et Christophe Lambert représente bel et bien un puissant guerrier peroxydé (c’est une astuce ingénieuse pour faire croire au techno-féodal futuriste). Finalement on ne saisit pas immédiatement le film (on ne le comprend toujours pas après l’avoir vu une dizaine de fois), pas que ce soit d’un niveau intellectuel non accessible, non, parce que c’est à chier (NAC) !

    Christophe « bi-woulf » Lambert se balade à cheval avec ses outils de ninja, tue des villageois pour garder la forme, tout ça à force de saltos arrières, saltos vrillés latéraux, flip-flaps à dos de cheval etc., il lui arrive même de tuer 2 fois un second rôle qui joue des rôles seconds (un figurant mort qui revient quoi), tout ça dans la joie et là les graisses. Il sauve une donzelle d’une mort certaine (les villageois ont une lame de rasoir géante pour exécuter les femmes, on applaudira le chef des décors et accessoires, j’y reviens vers la fin), puis se dirige vers… le château !!!

    Alors le château c’est un truc vraiment très… très… … libérez votre esprit un instant : le donjon est surmonté d’une sorte de pince de crabe mécanique géante qui s’ouvre à intervalles réguliers pour cracher des flammes (?)… Je me questionne encore sur les causes et les conséquences d’une telle construction (en plus c’est moche ! Esthétiquement dans un premier temps mais les effets spéciaux également). Passons, le roi se démarque du personnel de base du fait qu’il porte un pantalon en cuir prêté par George Michael, et également du fait que son arme soit une sorte de couteau à pain géant. J’imagine le gars au combat essayer de blesser quelqu’un avec son truc en faisant des va et vient pour tenter d’entamer un potentiel début d’amorce d’égratignure (je me marre). Le second du châtelain, celui qui essaye d’obtenir les faveurs de (de pécho) la fille du roi, semble plus à l’aise au maniement des épées, d’ailleurs quand il s’entraîne il n’hésite pas à tuer un des sous-fifres du château (ce n’est pas bien malin car ils se plaignent de ne plus avoir assez de monde pour protéger les lieux du monstre). Les sous-fifres quant à eux subissent vraiment une condition laborieuse. Premièrement ils se font tuer par le second du roi pendant les entraînements au combat, deuxièmement la plupart sont accoutrés d’une armure intégrale avec une sorte de tube de respiration qui part du haut du casque jusque dans l’épaulière (?). Je ne parle même pas de leurs armes toutes plus improbables et inefficaces les unes que les autres. Tout ce pavé littéral pour expliquer que ce film revendique une sorte d’univers post apocalyptique (techno-féodal futuriste comme aime à le dire Christophe Lambert)… mais en toute franchise même une apocalypse bien sévère ne peut pas rendre les gens pareillement déficients mentalement (inutilité totale de réinventer les armes pour qu’elles soient plus vilaines et moins efficientes, si ?). Ne vous étonnez donc pas si le château est équipé de haut-parleurs électriques, d’un mini ascenseur électrique, et de torches fonctionnant au gaz de ville… car malgré tout ce modernisme technologique, le reste semble plongé dans l’âge de pierre.

    On comprend plus ou moins dans le film que le château est fréquenté à certains endroits par un monstre en costume de latex trop grand qui fait peur à la basse-cour, et bi-woulf tel le puissant guerrier qu’il est veut bouter ce monstre hors du monde des vivants. Le truc génial c’est que bi-woulf est super mystérieux sur ses origines et ses desseins, et donc il va emballer la fille du roi en lui riant au nez comme seul Christophe Lambert sait le faire (hin hin hin).

    Il va y avoir un combat dans les catacombes du château avec, au programme, des acrobaties de fou gueudin (esquive en salto arrière retourné, double vrille piquée etc.). Puis il va y avoir un combat dans les charpentes du château, qui, au passage, sont équipées de trampolines dissimulés (bi-woulf s’y déplace en faisant des saltos et des vrilles). Et enfin, il va y avoir le combat final, l’apothéose, le déchainement visuel.
    C’est bien simple, le monstre en latex Grendel était déjà d’une laideur sans nom, mais la mutation de sa mère en une espèce de bouillie numérique reste le summum enseigné en école d’art comme exemple à ne pas reproduire. Pourquoi tant de haine ? La donzelle interprétée par une actrice de film pornographique mute dans sa version « démoniaque » pour devenir, dans la logique des choses, encore plus redoutable qu’avant. Malheureusement l’effet est tant bâclé visuellement (ce sont des effets « spéciaux ») qu’il est impossible d’y croire (mais pas impossible d’en rire).
    Bi-woulf, qui était autant à l’aise dans les charpentes qu’un membre du cirque de Pékin sur un trapèze, devient tétraplégique face à ce monstre (c’est certainement la laideur qui le paralyse)… je ne me risquerai pas à divulguer l’ultime retournement de situation pour les plus courageux qui oseront regarder ce film, sachez juste qu’à la toute fin vous aurez le droit aux évènements suivants :

    - Un superbe mélange d’une prise de vue réelle d’une maquette de château, surmontée d’une pince de crabe rajoutée par ordinateur, et le tout censé être en flammes grâce à la superposition d’un feu de camp de scout. L’effet est magique, les frères Lumière en rigolent encore dans leurs tombes.
    - Le hennissement d’un cheval qui n’était visiblement pas en train d’hennir.
    - Un dialogue totalement incompréhensible de Christophe Lambert qui, en incorrigible charmeur, séduit Rhona Mitra grâce à ses phrases mystérieuses d’embrouilleur cérébral.
    - Le rire de Christophe Lambert (ils ont gardé le meilleur pour la fin).

    Quelques rôles improbables méritent une petite note :

    - Apparemment les gens qui vivent à proximité du château ont créé un blocus. Tous ceux qui s’échappent de l’antre de la bête sont exécutés au cas où ils seraient corrompus par le mal. Le chef de l’embargo est indubitablement un modèle d’homme contemporain, il possède en effet une longue-vue infrarouge. Bon à part ça il se déplace en cheval (dans la vie il faut faire des choix : lunette infrarouge ou voiture). Lui et sa bande ont créé une ceinture de feu autour du château à l’aide de brasiers géants (vive la déforestation massive). Qui a dit que ce film était improbable ?
    - Le serrurier / réparateur / chauffagiste / électricien / plombier / balayeur / maître d’armes du château n’est autre que le black du casting, et comme le quota est respecté, il est accompagné dans sa tâche d’homme à tout faire par son neveu (black également). Ces deux personnages incarnent le potentiel comique du staff du château, leur jeu d’acteur est absolument ridicule, les clichés ont la vie dure.
    - Le roi (encore lui), démontre à lui tout seul que le responsable des déguisements et accessoires devait être en prison lors du tournage. Effectivement, non seulement le roi est affublé d’un magnifique pantalon en cuir, mais en plus, non content de se le trimballer toute la journée, il dort avec ! Remarquez, il gagne du temps au coucher et au réveil (ça ne doit pas être facile à enfiler un pantalon en cuir).


    Pour conclure cette longue critique, vous aurez assimilé que si vous êtes suffisamment moqueur et que vos amis le sont également, alors regarder Beowulf en groupe vous permettra de vous esclaffer un bon coup. Chacun discernera un petit truc que les autres n’auront pas vu, et je vous assure que vous scruterez le film plus de temps qu’il ne dure véritablement (à force de revenir en arrière pour être sûr d’avoir bien vu). Le dvd contient les quelques bonus croustillants suivants :
    - l’interview de Christophe Lambert de 30 secondes (juste le temps de comprendre qu’il y croit dur comme fer à ce projet)
    - un making-of de quelques scènes d’action

    Tous ces bonus ont été détournés par Mozinor, c’est donc un gage de qualité.

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