6.5/10

Benjamin Gates et le livre des secrets

Contre toute attente, Benjamin Gates s'exporte et sort des Etats-Unis, en 2004. Les grands élans patriotiques, on n'en avait probablement pas vu autant dans un même film depuis l'attaque des aliens tueurs d'Independence Day, et encore. Pourtant, le film plait aux masses, grâce notamment à un méticuleux cocktail entre faits et babioles historiques, et délires scénaristiques plus ou moins crédibles. « Ca rapporte des pépettes », comme on dit dans le milieu, et il n'est donc pas étonnant de voir débouler une suite avec un nom fleurant bon le marketing (trésor, templier, secret, tout ça, sont des mots depuis longtemps reconnus d'utilité générale). Moins surprenant encore, l'intégralité du casting du premier volet est de retour, l'esprit alerte, prêt à briser les traditions et à aller contre le bon sens commun pour la gloire de la nation. Pour quelle cause ? Faire un Benjamin Gates 2, un vrai, un épisode calqué sur le premier qui vous fera tourner quelques pages d'histoire pour se terminer plus ou moins comme le premier. C'est ce qu'on appelle une suite standard, et même parfois une suite commerciale.


"Un déchet de plus d'un million d'années,
nous sommes riches !"
Mais cette fois, Gates ne restera pas profondément ancré dans sa patrie natale, même si l'essentiel de son intrigue s'y déroulera. Un petit crochet par Paris et par Londres fera voir du pays, même si cela restera qu'un petit voyage touristique comparé aux lieux mythiques abordés en Amérique du Nord. Les auteurs avaient déjà imaginé le sacrilège ultime que fut le rapt de la déclaration d'indépendance, visiblement ils n'ont pas pu trouver mieux et ont préféré jouer sur la quantité plutôt que sur la qualité. Tout y passe : Buckingham Palace, le Président des Etats-Unis (Bruce Greenwood, deuxième interprétation de ce rôle), le Mont Rushmore, et même le Bureau Ovale. Les acteurs transpirent de respect, répriment l'envie de se frotter aux canapés, et soupirent en pensant à tout ce qui est arrivé en ces hauts lieux d'estime pour leur patrie. Les effluves patriotiques sentent fort, certes, et comme ce fut le cas pour le premier, certains pourraient exprimer des nausées de dégoût, mais il faut parfois occulter les penchants artistiques de certaines personnes pour  consacrer son attention au travail accompli. Car Benjamin Gates le retour s'aligne tellement bien sur son aîné qu'au final, le résultat n'est ni vraiment pire, ni vraiment meilleur. Certes, le film ratisse large dans ce que l'Amérique compte de légendes populaires, certes, les protagonistes font n'importe quoi avec une désinvolture qui n'a d'égal que l'ampleur de leurs objectifs, et certes, ces bougres d'amérindiens savaient comment agencer intelligemment leurs souterrains secrets et leurs pièges machiavéliquement imaginatifs. Mais pour deux heures de métrage, et pour autant d'inepties pas crédibles même pour un million de dollars, le film se laisse savoir et s'apprécie à sa juste valeur, c'est-à-dire comme un divertissement résolument tout public où fragments d'histoire côtoient le spectacle grand échelle. L'ensemble reste assez peu intellectuel, et citer Benjamin Gates dans une soirée mondaine comme une référence historique pourrait vous valoir de sérieuses moqueries et même parfois de sournois quolibets.

"Alors Chase, on part à la Chase au trésor ?"
Reconnaissons toutefois le savoir-faire académique de Jon Turteltaub, qui réalise un doublé impeccable à défaut d'être original dans son traitement. Ni trop rythmé, ni trop plan-plan, l'intrigue rebondit constamment par l'introduction de nouveaux éléments qui ne resteront pas mystérieux très longtemps, ou par la diffusion de petites blagues plus ou moins drôles. Remarquons d'ailleurs le retour très en forme de Justin Bartha, une nouvelle fois positionné en milieu de terrain comme amuseur et expert technique, tandis que Diane Kruger et Nicolas Cage continuent à étaler leur culture avec un sens de la démesure et un dédain presque odieux. Sur ce point, les personnages n'évoluent pas d'un poil, démarrent dans des circonstances plus ou moins semblables au premier opus (Benjamin et Riley sont potes, Benjamin et Abigail ne peuvent pas trop se blairer), et finront dans des circonstances plus ou moins semblables au premier. Le constat serait plutôt catastrophique si deux têtes d'affiche mirobolantes ne complètaient pas le casting, à savoir Helen Mirren et Ed Harris. Les deux acteurs, malgré des rôles très superficiels, rayonnent de leur présence par la simple force de leur jeu.

Benjamin Gates et le livre des secrets est une suite que l'on pourrait qualifier de scolaire, tellement la prise de risque artistique approche le zéro. L'appréciation se fera donc en fonction du précédent opus : vous avez apprécié le premier, vous apprécierez le second ; vous avez détesté le premier, vous détesterez le second ; vous vous fichez du premier, vous vous ficherez du second. Rendez-vous pour le trois, avec un peu de chance, je pourrais peut-être faire du copier coller avec cette critique.

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21 commentaires

  • Bzhnono

    09/01/2008 à 09h07

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    C'est marrant que tu parles de la réalisation de John Turtletaub. Dans mes souvenirs de films réalisés par lui je ne me souviens (à  l'exception de Rasta Rocket et Phénomène) qu'il n'y a rien à garder.


    Benjamin Gates premier du nom était, pour moi, aussi bien réalisé qu'un "4 Fantastiques" ou un Brett Ratner, c'est-à-dire aucune inventivité, d'un académisme tellement académique que ça finit par devenir une réalisation plate (parfois même totalement baclée...).


    J'aurai, de toute façon, beaucoup de méfiance à propos de ce film pour plusieurs raisons : la réalisation (cf ci-dessus), le premier que j'ai trouvé cliché au possible et totalement stupide, et Nicolas Cage qui a tendance à nous déballer un nombre de bouses incroyables (il les enchaîne vraiment) depuis 2 ans (World Trade Center, Ghost Rider, Next, et maintenant un deuxième Benjamin Gates...je suis de plus en plus déçu par cet acteur).

  • Nicolas

    09/01/2008 à 12h25

    Répondre

    Oui, c'est un peu ce que je dis sur Turteltaub, c'est que sa réalisation n'offre rien de nouveau et tape plutôt dans le conventionnel, mais que pour un film de ce type, c'est suffisant. Sur le premier, j'avais même essayé de faire comprendre qu'on se fichait du réalisateur tellement le film ne misait pas là dessus.


     Quant à Cage... Je ne crois plus en lui depuis Ghost Rider  (Je n'ai pas vu World Trade Center et Next, mais je ne demande qu'à voir !)

  • nirnaetharnoediad

    13/02/2008 à 05h05

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    6.5... Genereux.

  • Anonyme

    18/02/2008 à 06h51

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    Ca faisait longtemps que je n'avais pas vu une daube pareille. Je savais que ce ne serais pas le chef d'oeuvre du siecle, mais à ce point là....


     Nicolas Cage horipilant (Implants, UV, et dents blanchies..) humour basde gamme, scénario bourré d'incohéhences (une cité olmèque dans le dakota?????????), scènes d'action plates. Bref un fade mix d'indiana jones et du Da Vinci code complétement loupé. Ne se prend pas pour Indy et pour Spielberg qui veut...

  • Anonyme

    05/08/2008 à 16h54

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    Ahah ! Vous pouvez persifler, rédacteurs de krinein, mais la révolution du cinéma est en marche, mais les ventes seront au rendez vous pour vous contredire ! Car débourser 16 000 € avec une filmo aussi exceptionelle qu'alien vs predator et benjamin gates, n'importe qui sauterait sur l'occasion (ou du moins n'importe qui capable d'apprécier ces films).

  • riffhifi

    05/08/2008 à 17h19

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    Je tiens à informer tous les fans de Gaudelette que krinein, tel le train, persiflera trois fois. Au moins.

  • Anonyme

    14/08/2008 à 17h34

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    Je ne partage pas vraiment votre opinion. Lorsque le la couleur est arrivee en salle il y a eu toutes sortes de commentaires dont plusieurs negatifs et ce fut la meme chose pour le son stereo puis ambiophonique. Ajouter la dimension du mouvement ainsi que les sensations vibro-tactiles ajoute a l'experience cinematographique mais il est certain que ca ne pourra pas plaire a tous...


    Phil 

  • riffhifi

    14/08/2008 à 17h55

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    Indépendemment du fait qu'on apprécie ou non le procédé, il faut bien noter que le système D-Box n'a aucune vocation a être utilisé en salles. C'est un gadget pour particulier (!).

  • Anonyme

    14/08/2008 à 20h56

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    le blu-ray "i-robot" est lui aussi D-box.


    Combien de foyer on ce système en france?


    Il faut vraiement en vouloir pour intégrer une option qui ne sera utilisée que par quelques dizaines de personnes dans toute la France.

  • KaSuGayZ

    14/08/2008 à 22h05

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    Nicolas le centriste, riffhifi le gauchiste.

  • kou4k

    15/08/2008 à 14h49

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    Je vois pas du tout l'interet de ressentir les actions, etant donné qu'elles se passent devant nous et à la troisième personne...

    A vrai dire je vois mal comment le siège peut immerger plus que faire chier à vibrer toutes les 10 secondes en pourissant son film.


    La comparaison avec les manettes vibrantes du jeux vidéo, ou encore les attractions de futuroscope est inévitable, sauf qu'il y a là un détail qui choque :

    Dans les attractions et jeux, on incarne le personnage/vaisseau/machin, parfois même à la première personne. Dans ce cas, vibrer, se pencher, oui, je comprend, puisque cela donne l'impression du mouvement ou du toucher, du ressenti de ce qu'on incarne.


    Par contre, voir un mec qui se balade devant moi, qui se prend un pruneau et me manger une tatane dans les côte, ou un mec qui roule en bagnole et sentir les ralentisseurs, ca doit vite blazer... J'imagine un soldat ryan au débarquement, secoué dans tous les sens, en train de brailler à qui trouvera la télécommande en premier avant la crise de nerfs.

  • Anonyme

    15/08/2008 à 15h54

    Répondre

    C'est facile de dire n'importe quoi quand on a pas essayé.


    Leur site indique qu'ils ont plus de 800 titres. J'imagine que si les studios endossent ca, ca ne doit pas être si pire.


    Ils ont meme annoncé des produits pour le cinéma en salle!

  • riffhifi

    15/08/2008 à 16h42

    Répondre

    C'est effectivement facile de dire n'importe quoi quand on n'a pas essayé. Mais Nicolas et moi, on a essayé.


    800 titres, c'est aux USA ; en France, il y en a 2.


    Le commercial nous a assuré qu'aucune utilisation en salles n'était prévu.

  • Guillaume

    15/08/2008 à 16h55

    Répondre

    Il faut bien des précurseurs La prochaine génération sera peut-être 160 fois moins chères et 160 fois plus efficace ?


    Ou pas !

  • Anonyme

    17/08/2008 à 19h10

    Répondre

    J'ai assisté à une présentation des produits D-Box pour les salles de cinéma à ShoWest 08 à las-Vegas, impressionant! La compagnie à fait une démonstration des produits pour les salles de cinéma avec du contenu 2D et 3D. Le public sera surement un bon juge A suivre!


     


    JM

  • Anonyme

    20/08/2008 à 18h36

    Répondre

    C'est vrai qu'il y a juste 2 titres avec les codes sur les disques en France, mais on peut télécharger les autres sur leur site web moyennant un abonnement.


    Et c'est certain que ca doit être meilleur sur certains films que sur d'autres.

  • Bung

    21/08/2008 à 15h04

    Répondre

    peut-être 160 fois moins chères et 160 fois plus efficace ?


    Ou 160 fois plus utile ? 

  • Anonyme

    11/10/2008 à 04h09

    Répondre

    Voici un lien tres interessant!


     Que se soit le 3D ou le mouvement, quelque chose de nouveau va changer dans un avenir rapproche.


    - JonnyB

  • Anonyme

    18/10/2008 à 10h07

    Répondre

    Plus maintenant riffhifi !


    http://www.moving-box-cinema.com


     


    C'est le premier cinéma au monde, équipé des activateurs D-Box!  Il est situé à Trois-Rivières au Québec.

  • Anonyme

    24/01/2009 à 16h49

    Répondre

    et maintenant on rajoute a la collection hancook

  • Anonyme

    18/05/2009 à 11h29

    Répondre

    Votre avis est mal redigé voir une certaine vulgarité dans le ton (chinois, le pote avec la bierre...bref pas très mature tout cela) En effet ce système est cher (comme tous les nouvelles technologies : blu ray, dvd ect) Par ailleurs il ne s'agit pas de "declencher" ces mouvement de manère omnipésente bien entendu

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