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Ben-Hur : le péplum qui valait six milliards

Le mammouth multi-oscarisé, sortie incontournable de 1959, supporte plutôt bien le poids des ans. Epique, puissant, visuellement splendide, le film ne fatigue que dans sa dernière partie.

Ben-Hur, au départ, c'est un roman écrit en 1880 par le général Lew Wallace – dont les autres faits d'armes furent d'avoir combattu aux côtés du général Grant, et d'avoir tenté de négocier avec Billy the Kid. Par la suite, le livre fut adapté plusieurs fois au théâtre, sous forme de superproductions, puis le cinéma s'en empara dès 1907, pour en tirer un court métrage de 15 minutes. En 1925, une version spectaculaire de plus de deux heures, mais toujours muette, fut réalisée avec Ramon Novarro pour quatre millions de dollars ; une paille pour les blockbusters actuels, mais à l'époque, ce Ben-Hur battait tous les
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records de budget. Pourtant, le livre, les pièces et les films muets n'appartiennent pas à la mémoire collective de l'humanité, écrasés qu'ils sont par la production massive de 1959, tournée par William Wyler avec Charlton Heston. Wyler, déjà assistant réalisateur sur la version de 1925, a fait son chemin par la suite en dirigeant des films aussi différents que Les Hauts de Hurlevent (1939), Le Cavalier du désert (1940) ou encore Vacances romaines (1953).

Le Ben-Hur de 1959, c'est un budget de 16 millions de dollars. Une durée de 3h40. Un succès international, avec près de 100 millions de dollars de recette. Et un record (qui ne sera égalé que 38 ans plus tard par Titanic) de onze Oscars : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur (Charlton Heston), meilleur acteur secondaire (Hugh Griffith dans le rôle du Sheikh Ilderim), meilleure musique (Miklós Rózsa), meilleurs décors, meilleure photographie, meilleurs costumes, meilleur montage, meilleurs effets spéciaux et meilleur son. Il a également remporté une valisette d'autres prix, dont quatre Golden Globes : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur secondaire (Stephen Boyd cette fois, pour le rôle de Messala) et un prix spécial pour Andrew Marton, qui a dirigé la course de chars.

Epique, le film l'est. Il l'est même sans pudeur, sans subtilité. Dès la symphonie d'ouverture, le style est aussi immodeste que pompier. Le pognon va couler à flot, on va en prendre plein les mirettes, et le récit sera "important". Après tout,
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le sous-titre du roman n'est-il pas « A Tale of the Christ » ? Judah Ben-Hur est comme le Brian des Monty Python : un contemporain de Jésus, un voisin dont la vie est symboliquement liée à celle du gourou peace'n'love. Mais derrière le péplum plum pudding, et le spectacle qui décoiffe (oh, la bataille navale meurtrière ! wouah, la course de chars sans pitié !) il y a de nombreuses pistes de lecture. Le peuple juif opprimé par Rome, c'est un écho douloureux de la Seconde Guerre Mondiale, qui n'est alors pas si lointaine. La vision du Christ en train de haranguer une foule de barbus au cours d'un sitting pacifiste, c'est l'annonce des années 60, et une préfiguration de Woodstock. Et le cœur du récit, c'est la relation entre le Juif Ben-Hur et le Romain Messala, camarades d'enfance dont les retrouvailles sont douloureuses. Gore Vidal, l'un des nombreux scénaristes non crédités, a expliqué qu'il avait écrit les dialogues en impliquant que les deux personnages avaient été amants dans leur adolescence. Apparemment, Stephen Boyd aurait été mis au courant de cet innuendo, tandis que le conservateur Charlton Heston aurait été tenu à l'écart de la confidence. Le
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premier joue donc sur l'ambivalence, et le second sur le premier degré… La dynamique du film repose tellement sur le rapport d'amour-haine entre Ben-Hur et Messala, que l'intrigue semble terminée à l'issue de la course de chars. La scène est si célèbre, si emblématique, qu'on peine à se souvenir qu'il reste 45 minutes de métrage derrière ; consacrée à Jésus-Christ, cette dernière partie plombe complètement le film, qui jusque là se regarde d'une traite (malgré l'entracte au milieu !).

Impressionnant, très moderne dans la dureté de ses scènes d'action, et soutenu par des personnages animés de forts sentiments, Ben-Hur traverse les ans avec aplomb, et parvient à convaincre tous les publics malgré son fond religieux parfois encombrant. Comme disait William Wyler : « Il a fallu un Juif pour faire un bon film sur le Christ ! ».

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