A DECOUVRIR
3.5/10

Enter The Matrix - Test

Pour des raisons techniques, la carte graphique de la machine de test n'étant pas supportée par le software, il ne sera pas question de juger de la qualité graphique du jeu présent.

100 millions de dollars, 400 pages de script, une heure de vidéos inédites tournées spécialement, 4000 mouvements de Kung-Fu, et tout cela rien pour le jeu Enter The MatriX. Sur le papier, l'événement avait de quoi emballer le joueur comme le fan : pas d'adaptation du film, mais un parallèle au scénario de Reloaded, la face cachée de l'iceberg, ce que personne n'a vu pendant la séance. Comment Niobe s'est-elle retrouvée sur le Freeway ? Comment l'équipage du Logos s'est-il chargé de la centrale nucléaire ? Et, la question que jamais personne n'a osé poser sous peine d'être tanné de pinailleur, comment ont-ils récupéré les données de l'Osiris à propos du forage des machines ? Tels sont les exemples de questions auxquelles Enter The MatriX va répondre et vous impliquer de manière directe dans l'événement. Le puzzle se complète...

Car Enter The Matrix est la troisième pièce de l'édifice imaginé par les frères Wachowski, avec les deux films et les fameux AnimatriX. A l'heure où je vous parle, le constat est plutôt déficitaire : Reloaded déçoit énormément, et la relative qualité des courts-métrages ne rehausse pas le résultat global. Le jeu débarque donc sous de mauvais augures, croulant sous le poids des pauvres petits yeux luisant d'espoir d'une part, menacé par le couperet des détracteurs d'autre part. Et comme beaucoup d'autres, je ne pouvais m'empêcher d'y croire, moi aussi. J'ai maintenant fait un choix, et ce choix, « il va falloir le comprendre »...

Donc vous incarnez soit Niobe, soit Ghost, et ce juste après que l'Osiris du capitaine Thadeus (cf. les AnimatriX) n'est détecté puis annihilé par une vague de sentinelles belliqueuses et pas foncièrement sympathiques. Les buts sont simples : ramener les infos de l'Osiris à Zion, puis retrouver Morpheus, pour enfin faire péter la centrale nucléaire. Evidemment, si vous n'avez pas vu Reloaded, le scénario risque de vous paraître légèrement flou et incohérent. Et dans le cas contraire, vous allez enfin pouvoir découvrir les dessous des opérations menées par le vaisseau Logos.

Première approche : vous choisissez votre héros, que vous garderez jusqu'à la fin de l'aventure (ce qui ne constitue pas une trop grande décision comme nous le verrons plus tard). A ceux qui pensent que les deux personnages sont identiques, je ne pourrai leur adresser qu'un petit sourire d'amusement. Car effectivement, votre choix va influencer la suite de l'histoire, Ghost et Niobe disposant chacun d'une particularité distinguant les deux scénarios : le premier est un tireur émérite, la deuxième une conductrice hors-pair laissant à son camarade le soin de la couvrir lors des phases de conduite. C'est ainsi que plusieurs fois dans le jeu, selon que vous ayez choisi Ghost ou Niobe, leurs parcours respectifs obliqueront dans deux directions différentes afin de garantir une durée plus ou moins respectable.

Il est maintenant important de se familiariser avec le concept multi-aspect du jeu : combat, conduite, et shoot. A la croisée d'un Max Payne et d'un Oni, Enter The Matrix combine le jeu de tir à vue subjective avec le système corps à corps poings-pieds certifié Kung Fu. Et l'intégrale des possibilités se résumera à trois boutons, poings/tir, pieds/lancer de grenades, et action/prise.

Pour le combat à distance rien de plus simple : un petit coup de molette pour choisir son arme, une pression sur la touche Dégainer, et on tire à tout va. Constat : vous ne contrôlez à la souris que la vue du personnage, pas la visée. C'est à dire que si l'envie vous prend de tirer un ennemi plus haut que vous, il faudra s'en remettre à l'assistant de visée omniprésent. Et vu la lourdeur des commandes, ce ne sera pas du luxe. Lorsque le chargeur a été un peu voire complètement vidé, votre personnage le remplit de lui-même en un laps de temps. Et lorsque les munitions sont à zéro, il lâche directement l'arme, évitant ainsi de se retrouver avec quinze armes vides dans l'inventaire (les balles ne se récupérant qu'avec l'arme en question). Mais l'on aurait certainement apprécié qu'une fois les mains vides il se réarme tout seul, avec n'importe quelle arme de l'inventaire, la première qui vient, évitant de se faire cribler de balles avec la conviction pourtant d'être armé et le doigt appuyé sur la gâchette. Un coup à prendre, dira-t-on. Tout comme le lancer de grenades, déclenché par une pression maintenue sur le bouton de coup de pied = le jet d'un explosif à peine visible à 70° sans aucune possibilité d'influer la portée ni la direction. Amusant.

Les phases de combat deviennent nettement plus rock'n'roll. Une fois que le personnage engage un adversaire, la caméra passe rapidement en vue de côté pour une soi-disante meilleure visibilité de l'action, alors que vos commandes se lockent sur l'ennemi. Théorie fumeuse bien sûr, dans nombre de cas. Car si vous n'avez aucune chance de rater votre adversaire, la caméra part tellement n'importe où qu'il est impossible de gérer efficacement plusieurs adversaires comme le laisse supposer les fameux « conseils » du jeu. Pire, une fois engagé, il vous faut vous écarter d'une bonne dizaine de mètres pour revenir en déplacement « normal ». Imaginez simplement l'angoisse de se retrouver face à un agent, parvenir à le mettre à terre, et de ne pas réussir à fuir car dans l'incapacité de voir où aller. Pour plomber définitivement la jouabilité, le personnage enregistre toute la combinaison de coups infligés aux commandes, même si l'enchaînement doit se finir alors que l'ennemi est déjà à terre, et il ne se dé-locke que quelques secondes après le trépas de l'ennemi.
Mais reconnaissons que les possibilités de combat restent assez intéressantes. Suivant la direction et le bouton employés, et même parfois selon le nombre d'adversaires environnants, le joueur enclenche un mouvement de kung-fu plutôt bien rendu, et les enchaîne dans un style très plastique. En contrepartie, il n'est pas rare de faire un peu n'importe quoi ou de ne pas parvenir à faire l'enchaînement désiré, mais le résultat s'en retrouve le même.

Ces deux aspects du jeu seraient profondément insignifiants si le jeu n'avait pas inclu l'indispensable mode Bullet-Time de Max Payne, ici rebaptisé Concentration. Lorsque la Concentration est enclenchée (une jauge se remplissant toute seule, à utiliser n'importe quand), l'action est complètement ralentie : vous distinguez les balles fendre l'air dans un joli effet de distorsion, vous visez bien mieux, et surtout, surtout, la palette de mouvements s'intensifie pendant le laps de temps. Re-visionnez la scène du commissariat de MatriX premier du nom. C'est fait ? Vous pouvez absolument faire tous les mouvements de Neo et Trinity. Ce qui inclue marcher sur les murs, prendre appui pour donner un coup, roues sans/avec les mains tout en tirant, etc etc. Plusieurs scènes y font d'ailleurs diablement référence, de grandes salles remplies d'ennemis et de poteaux qui s'effritent sous les déluges de balles. « ça déchire », dirait un fan ; on a du mal à retrouver les 4000 coups annoncés, mais « ça déchire quand même ».

Et dernier aspect du jeu, Niobe aura l'occasion à plusieurs reprises de conduire une voiture pour échapper aux flics et autres pourritures mal intentionnées, Ghost mitraillant à tout va d'une des fenêtres, et même piloter le Logos poursuivi par une centaine de sentinelles apparemment belliqueuses.
Si la phase « conduite » de Niobe se révèle simplement inintéressante (pilotage classique, avec un bouton pour faire tirer votre partenaire automatiquement), celle de Ghost (couverture par la vitre) se rapproche davantage du mot navrant que d'une tout autre expression. Donc vous vous retrouvez en vue à la première personne, avec un curseur de visée géré comme celui d'une manette, le but étant d'exploser les agressives voitures de police, de « ralentir » seulement les agents (invincibles), pendant que la « meilleure conductrice du jeu » Niobe froisse joyeusement la tôle sur chaque mur ou poteau qu'elle rencontre, sans raison particulière.
Le dernier niveau du jeu vous offre la possibilité de piloter le Logos avec Niobe, ses tourelles avec Ghost. Une petite phase shoot/conduite bien mieux gérée, mais d'un défi microscopique une fois que l'on s'aperçoit que laisser son viseur au centre de l'écran en laissant le bouton TIR appuyé détruit immanquablement toutes les sentinelles s'approchant trop près.

Comme je l'ai signalé en introduction, ma Radeon All-In-Wonder ne semblait pas convenir au jeu, et enlaidissait en protestation toutes les textures, tout en restant jouable fort heureusement. Mais trêve d'inquiétudes, il me reste encore matière à fusiller : l'animation des personnages. Autant les mouvements de combat sont agréables à voir et très crédibles, sans parler des acrobaties du mode Concentration, autant le reste est à pleurer de ridicule. Défense absolue d'effectuer un saut vertical avec le mode Concentration enclenché, sous peine d'une crise de rire impossible à réprimer. Et je passe volontairement sur leur façon de courir ou de monter des échelles, d'une neuneusité qui frise la pendaison de programmeurs. Sans compter un nombre très impressionnant de bug en tout genre, principalement de collision, une véritable horreur pour un jeu tellement travaillé...

Un bon point, ou toutefois un point non-négatif, le jeu offre une certain nombre de cinématiques avec les acteurs du film, Jada Pinkett Smith (Niobe) et Anthony Wong (Ghost) d'une part, mais aussi Carrie Ann-Moss, Monica Belluci, Lambert Wilson, et la nouvelle Oracle (Gloria Foster s'étant éteinte pendant le tournage). Attendu comme un complément essentiel au film, ces scènes révèlent des petits détails finalement pas si indispensables, mais se constituent philosophiquement plus intéressantes que les délires interminables de Reloaded.

Cerise sur le gâteau, il ne faut que cinq heures par personnage pour terminer le jeu. Au moins, les deux scénarios ne sont pas vraiment similaires, c'est déjà ça de pris. Mais en considérant l'animation à moitié bâclée, le vide intersidéral de certains niveaux, les phases de conduite/shoot non seulement inintéressantes mais aussi ratées, les bugs en tout genre, l'intelligence artificielle pathétique, la négligeable diversité des armes proposées, et le côté répétitif - bourrin de l'ensemble, avec pour seule contrepartie le plaisir de styler les combats/Gun-Fights avec le mode Concentration, et la bande-son bien collée, comment ne pas mettre une note négative ? Comment se fait-il que les « révélations » et péripéties soient si insignifiantes ? Et surtout, la question que jamais personne n'a osé poser sous peine d'être tanné de pinailleur, comment avec une si bonne idée et autant de temps les concepteurs ont-ils pu se vautrer à ce point-là ? Tels sont les exemples de question que Enter The MatriX va apporter, en imposant un douloureux constat : un film décevant, un jeu très décevant. Opérateur ? Encore une sortie, vite !

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2 commentaires

  • Vicious

    06/05/2004 à 00h00

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    Le jeu est à la mesure des deux derniers fils de la trilogie: décevant.
    Bourré de bugs graphiques, doté d'une intelligence graphique minable, le seul point positif est que l'on peut s'amuser à jouer à Néo...

  • Anonyme

    15/06/2010 à 12h38

    Répondre

    je ne comprent pas comment sortir du commissaria éd moi merci .

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