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Batman et Red Hood : Sous le Masque Rouge

Une adaptation fidèle de l'arc Under the Hood paru en 2005, qui met Batman aux prises avec ses doutes et sa culpabilité. D'un point de vue thématique, on n'est pas loin de Batman contre le fantôme masqué, pimenté d'une violence surprenante dans ce type de production.

Depuis le début des années 90, les personnages de DC Comics subissent un traitement de luxe dans le domaine de l'animation : la série Batman ayant ouvert la voie avec ses visuels expressionnistes et son ambiance dark déco, elle fut suivie d'une autre consacrée à Superman, puis d'une troisième dédiée à la Ligue des Justiciers. Régulièrement, un long métrage de qualité vient étoffer la collection, le premier de la liste ayant été Batman contre le fantôme masqué en 1993. Cette année, Under the Red Hood est à la fois un retour aux thématiques du Fantôme masqué (le scénario présente de nombreuses ressemblances), et un passage net à une nouvelle ère (il ne s'agit plus de la genèse du personnage, mais de sa responsabilité de mentor) ; adapté d'un arc écrit par Judd Winick en 2005, le film est scénarisé par l'auteur de la BD lui-même, pour garantir la plus grande fidélité possible au matériau d'origine. En France, la distribution en DVD de ces œuvres animées a toujours été lamentable : les séries ont été éditées de façon morcelée et incomplète, sans bénéficier de coffrets par saison, et plusieurs films sont restés purement et simplement inédits, comme les très bons Superman: Doomsday, Batman: Gotham Knight et Justice League: The New Frontier (le meilleur du lot, adapté de Darwyn Cooke). Warner Home Video, face à la concurrence des produits Marvel, semble se réveiller cette année en éditant Red Hood (sans le court métrage de Jonah Hex proposé sur le DVD américain, tant pis), en même temps que deux team-ups Superman / Batman, titrés Ennemis publics et Apocalypse. Les trois sont proposés en vf ou vo sous-titrée, et sont également disponibles en coffret. Hardi, il est temps de sortir les inédits !

Sous le masque rouge s'ouvre sur une scène directement sortie du classique de 1988 Un deuil dans la famille : Jason Todd, le deuxième Robin, se fait tabasser par le Joker à coups de barre de fer. Batman arrive trop tard pour le sauver, et comprend qu'il devra vivre avec le poids de cette mort sur la conscience. Cinq ans plus tard, alors que l'affreux Black Mask règne sur la pègre de Gotham City, un trublion qui se fait appeler Red Hood vient contester son autorité en usant de la manière ultra-forte. Assisté de Nightwing (Dick Grayson, qui était le premier Robin, vous suivez ?), Batman mène l'enquête...

D'un point de vue formel, les productions animées de Warner-DC ont clairement évolué sur deux aspects : la volonté de paraître "cinématographique" (du long générique ultra-stylisé jusqu'aux effets sonores décapants, Under the Red Hood rivalise gaiement avec les grosses productions qui aguichent votre home cinema), et la violence d'une représentation qui n'a pourtant jamais manqué de noirceur.
Dès les premiers épisodes de la série de 1992, les producteurs Bruce W. Timm et Alan Burnett ont sondé les limites de ce qui pouvait être montré dans une émission "pour enfants" ; aujourd'hui, grâce à la diffusion directe en vidéo, ils peuvent se permettre d'écoper d'un label PG-13 (plus ou moins une interdiction aux moins de 13 ans, sur le territoire US), afin de laisser libre cours aux débordements qu'implique l'intrigue. Bien que les dommages ne soient jamais trop graphiques, les évènements qui se déroulent n'ont pas vocation à être montrés à un public trop jeune...

Si le scénario franchit à quelques reprises la frontière qui sépare le classique du cliché, on y trouvera cependant matière à s'émouvoir et à s'interroger, une fois retombée l'excitation des séquences de suspense et d'action (malgré l'excès légèrement puéril que constitue la guerre des gangs version "sabre laser"). Les puristes déploreront sans doute l'absence de Kevin Conroy au doublage de Batman (il officie cependant sur les deux Superman / Batman), mais son remplaçant Bruce Greenwood livre une imitation satisfaisante, tandis que John di Maggio incarne un Joker plus dérangeant que celui de Mark Hamill, et évoque davantage l'interprétation de Jack Nicholson (l'animation lui prête main-forte sur ce sujet). Quant à Red Hood, il s'exprime avec la voix de Jensen Ackles, le grand frère de la série Supernatural.

Stylé, bien écrit et diablement efficace, Sous le masque rouge confirme l'entrée de l'animation DC dans une nouvelle ère... et annonce peut-être une nouvelle politique de diffusion française.

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