9.5/10

Batman, le défi

Le meilleur de la saga

Deux ans après Batman, Tim Burton et Michael Keaton remettent ça dans Batman, le défi. Une fois n'est pas coutume dans le monde impitoyable des suites hollywoodiennes, c'est le meilleur épisode de la saga Batman. Je ne sais pas si
c'est le succès du premier épisode qui a dû donner de l'air, et des producteurs plus conciliants, mais force est de constater que Le défi possède une atmosphère Burtonienne première époque (ceux qui auront vu L'étrange Noël de monsieur Jack ou Edward aux mains d'argent comprendront bien de quoi je veux parler) plus marquée que jamais.

Tout allait plutôt tranquillement de son petit bonhomme de chemin à Gotham City. Bruce Wayne dans son château et le maire qui inaugure le sapin de Noël sur la place centrale. Seulement voilà, le Pingouin (Danny DeVito), une espèce d'être humanoïde génétiquement modifiée et rejetée par ses parents a soif de revanche. Il lance son gang du cirque semer la pagaille et la folie sur la ville. Batman est appelé à la rescousse, mais il doit bientôt faire face à un nouvel ennemi aussi inattendu que séduisant : Catwoman (Michelle Pfeiffer)...

On le voit dès les premières minutes du film : il s'agit d'un conte Burtonien avec tout ce que ça peut sous-entendre, en bien. L'action se passe à Noël, le repère du Pingouin est un zoo gelé inquiétant, le bateau du Pingouin est un canard de bain géant tout terrain, et le gang du cirque (du joueur de piano-mécanique/mitrailleuse lourde au caniche dressé avec une grenade à la bouche en passant par le cracheur de feu pyromane) sont typiques. On se croirait devant un spectacle à la Philippe Découflé qui dégénère. Le contraste avec un Batman plus austère que jamais n'en est que plus prononcé. Le ressort dramatique tranche lui aussi avec les films de super-héros standard : le Pingouin est un enfant renié qui veut juste être reconnu. De même Max Shreck (Christopher Walken), qui est un magnat sans scrupules (le parrain de la ville), veut construire une centrale électrique inutile (la ville a largement assez d'énergie) pour passer à la postérité. Les "méchants" ne le sont pas au sens usuel du terme, leurs motivations sont quelque part touchantes.

L'habituelle dichotomie des films de super-héros, bon/méchant, est encore brouillée d'avantage avec l'apparition de Catwoman. Une Catwoman un peu sur la tangeante, imprévisible, qui peut transformer une caresse en un coup de griffe
sans signe annonciateur. Ce personnage est une vraie réussite, mille lieues au-dessus de la "chose" (Catwoman) qu'en a fait Pitof (on s'apercevra d'ailleurs qu'il a piqué une scène à Batman le défi : le face à face entre Catwoman et des gardiens de nuit dans une joaillerie). Cependant, la seule remarque négative que je ferais de ce film la concerne : la transformation de Séléna en Catwoman est ratée. C'est dommage car Catwoman est elle, je le répète et le souligne, vraiment un personnage excellent.

Batman, le défi est un film hors du temps, hors de la réalité. Mais dans ce monde imaginaire, Tim Burton aborde des questions fondamentales sur la société (à noter la fabuleuse scène entre le Pingouin et Max Shrek sur les déchets), le besoin de reconnaissance (le désespoir du Pingouin, et dans une moindre mesure de Max Shreck), l'ambivalence qu'il y a en chacun de nous (Batman bien sûr mais aussi Catwoman), la différence et la tolérance. Le tout dans un monde merveilleux et cauchemardesque (l'attaque des pingouins télécommandés vous donnera un aperçu disons alternatif à celui de La marche de l'empereur) qui fait perdre les repères. Ce film est bien plus qu'un simple film d'action avec des héros masqués : ce sont en fait les masques de la vie de tous les jours qui y sont enlevés et on y voit l'ambition, la peur, l'envie, la recherche de l'identité sous leurs vraies couleurs. Le meilleur de tous les Batman assurément, de tous les films de super-héros sans doutes, et loin devant bon nombre d'autres.

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6 commentaires

  • Anonyme

    02/09/2005 à 15h40

    Répondre

    [i]Batman Returns est mon premier Batman et reste toujours mon préféré.

    Burton déclare avoir voulu mettre tous les personnages sur le même plan, ce qui a pu laisser penser qu'il délaissait le personnage-titre. Il a seulement joué sur le mystère de ses "ennemis" : «Pour des personnages comme Pingouin c'est une autre paire de manches. Immédiatement on se demande "mais qui sont ces types ?" Dans le même temps cet état d'extrême incertitude sur leurs origines est la raison pour laquelle j'aime Batman».
    C'est l'ambivalence qui l'intéresse, comme le dit Kassad, et Batman est tout de même l'histoire qui autorise la réflexion à ce sujet
    C'est également ce qui se passe pour Catwoman (il précise que c'est ce personnage qui l'a incité à reprendre les commandes de Batman returns) dont il aime l'ambiguïté et le fait qu'un «certain nombre de gens n'ont pas réussi à se faire une opinion sur Catwoman».

    Le personnage qui m'avait le plus marquée à l'époque où j'avais vu le film était le Pingouin (indépendamment d'un délire récent), son royaume et surtout l'attaque de l'armée qui confère un côté encore plus merveilleux et fantastique au film.

    Et ce qui me plaît davantage encore est ce que souligne Kassad sur la conception des "méchants". Le manichéisme n'est pas de mise; il est supplanté par la psychologie et la dualité qu'on trouve en chaque personne. J'aime beaucoup ta conclusion sur les masques.
    Elle me fait penser à cette phrase de Burton à ce propos : «Aux Etats-unis, les masques servent à se camoufler, alors que pour moi c'était un moyen de m'exprimer quand je me rendais dans des soirées Halloween. C'est très libérateur d'évoluer derrière un masque.» Cela peut aussi expliquer que le réalisateur ait "délaissé" le personnage de Séléna au profit de son alter-ego.

    J'ai cependant une petite nuance à apporter (sur un détail), enfin une précision à demander...

    Kassad a dit :

    mais force est de constater que le défi possède une atmosphère Burtonienne première époque (ceux qui auront vu L'étrange noël de monsieur Jack ou Edward aux mains d'argents comprendront bien de quoi je veux parler) plus marquée que jamais.


    Je suis entièrement d'accord sur l'impression d'être en terrain connu quand on regarde Batman Returns et qu'on a vu les deux autres films cités (bien que la sortie de The Nightmare before Christmas ait lieu un an après Batman Returns) mais je me demandais quelle délimitation apporter à ce que tu appelles "première époque" par rapport au premier long métrage de Burton, Pee Wee's big Adventure (sorti en 1985).
    On y retrouve des "caractéristiques" burtoniennes (les inventions, le côté marginal du personnage qui se moque du regard qu'on porte sur lui, l'image par image, la camionneuse, le fait de tourner des clichés du cinéma en dérision -comme justement cette camionneuse ou les motards etc.-) mais dans un univers coloré à forte dominance de rouge (noeud papillon, bicyclette...).
    Batman Returns appartient pour moi sans conteste à la même famille que Vincent, Frankenweenie (antérieurs à Pee Wee...) ou les deux autres films cités par Kassad mais pas à celle du premier long métrange de Burton...même si on reste dans le domaine du "conte" et dans l'univers du réalisateur. (mais c'est juste une remarque subjective )


    Il faudrait que je revoie Batman Returns[/i] mais la sortie du DVD collector le 26 octobre (enfin !) me le permettra :

    DVD Zone 2
    Audio : Anglais Dolby Digital 5.1, Français Dolby Digital 5.1
    Vidéo : Format 16/9 compatible 4/3, Format cinéma respecté 1.85, Format DVD-9, Film en Couleurs
    Sous-Titre : Anglais pour malentendant, Arabe, Bulgare, Français, Italien, Néerlandais, Roumain
    Contenu :

    DVD 1
    Commentaire audio de Tim Burton
    La chauve-souris, le chat et le pingouin
    Clip de "Face To Face" de Siouxsie and the Banshees
    Bande-annonce
    DVD 2
    L'ombre de la chauve-souris
    Batman : les héros
    Batman : les méchants
    Les dessous de Batman

  • Veterini

    02/09/2005 à 17h18

    Répondre

    Certes Le défi est très bien, mais quand même...

    En un sens je le trouve trop burtoniser/kitchiser, ce qui va pas vraiment bien avec l'univers glauque de Batman. Par exemple l'armée de pingouin est certes sympatique mais n'a pas grand chose a faire là.

    Et puis surtout je suis un grand fan du premier Batman avec le Joker. Le joker quand même c'est autre chose que des pingouins, ou des bêtes au poil long.

    "Have you ever danced with the devil by the pale moon light ?"

    Enfin les deux sont quand même excellent !

  • Kassad

    03/09/2005 à 11h29

    Répondre

    Wow quelle réponse... En fait je précise quand je parlais de Burton premier cycle je pensais exactement aux films que j'ai cité (pour être franc je ne connaissais pas "Pee Wee's big Adventure " )

  • hunt

    03/09/2005 à 17h32

    Répondre

    rhaahhhhh ...le meilleur de la saga, meilleur même que begins (quoique, ca n'est pas tellement comparable vu le statut de prequel de ce dernier).

    il y a tout dans ce film: l'ambiance, les décors (en carton pate certes, mais le gotham de burton reste à mon avis le meilleur, bien que dans ses multiples égarements schumacher nous offrait un certain pétage de plomb architectural sympa pour son gotham), la batmobile et le batboat (ca, c'est mon coté "éternel enfant" qui ressurgit ) , les dialogues, le charisme de mickael keaton....inimitable. je l'ai vu une dizaine de fois, mais à chaque fois avec le même plaisir et la tête pleine de rèves à la fin....

  • liloslash

    03/09/2005 à 20h00

    Répondre

    Bon pour commencer, et ben, j'avoue que j'ai vu batman de Burton étant plutôt jeune, alors, la conclusion c'est que j'en garde un souvenir, certes, mais plutôt flou ( ) mais un bon souvenir quand même! Je me souviens de Joker, et de Batman, de petit détails, mais je ne pourrais donner un avis objectif et sûr sur ce film qui faudrait que je revoie une deuxième fois pour m'en imprenier. !!

  • Anonyme

    08/09/2005 à 06h44

    Répondre

    sympa pas la critique Kassad, je te rejoins sur l'ensemble de ton avis, la créativité visuelle du film est l'ambiance dégagée par les décors est unique et propre à Burton.

    A la différence du premier ou Burton se contentait seulement de remplir une commande sans trop prendre de risques rendant son film peu abouti, Le deuxième repousse les limites de l'univers posé par burton des le départ.

    Mise à part quelques fautes des gouts (le speech dupingouin perturbé par batman avec scratch ..), le film distille une atmosphère sombre et surnaturelle, et les personnages très bien traités y sont pour quelques choses.

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