8/10

Balada Triste : résonnez trompettes

Le nouveau film d'Alex de la Iglesia : deux clowns se déchirent pour l'amour d'une belle. Furieux et émouvant.

Fort de diverses récompenses aux Goyas (les Césars espagnols), et des prix de meilleure réalisation et meilleur scénario au festival de Venise 2010, le nouveau film d'Alex de la Iglesia débarque sur les écrans français pour le plus grand plaisir de ses fans. Ces derniers ne courent pas les rues, car contrairement à d'autres cinéastes comme Guillermo del Toro (pour prendre un exemple situé dans un registre
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comparable), de la Iglesia n'a pas réussi son examen de passage à Hollywood. Sa tentative s'appelait Crimes à Oxford, mettait en scène Elijah Wood et John Hurt, et trahissait son manque d'intérêt pour un les projets trop cadrés. Qu'à cela ne tienne : avec Balada Triste de Trompeta, il retourne à la folie décomplexée de ses oeuvres précédentes (Mes chers voisins, Le jour de la Bête, Le crime farpait, 800 balles) tout en brossant le portrait fantasmé de sa patrie schizophrène.

1973. Javier est un clown blanc, un clown triste : il a perdu son père au début de la révolution franquiste, et il soupire en silence pour les beaux yeux de l'acrobate Natalia, qui est amoureuse de Sergio, le clown joyeux, l'Auguste. Mais il y a des limites à la souffrance qu'il peut supporter, et le pétage de plomb le guette...

Après avoir largement démontré son attachement à Hitchcock à travers ses polars mordants, c'est au cinéma de Tod Browning qu'Alex de la Iglesia se réfère ici : Freaks bien sûr, pour sa peinture d'une troupe de saltimbanques solidaires gangrenée par une passion dévorante ; mais surtout L'Inconnu (The Unknown), dont le scénario imbriquait de façon encore plus nette amour et autodestruction. Dans Balada Triste, deux clowns se disputent le coeur d'une belle (Carolina Bang, compagne du réalisateur) avec leur énergie constitutive : le clown joyeux avec sa
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brutalité insouciante et son charisme (Antonio de la Torre, vu dans Volver et Le cœur du guerrier), le clown triste avec sa frustration et sa colère (Carlos Areces). Le duel qu'ils se livrent, aussi féroce que ludique, fait office de métaphore à peine voilée, puisque l'Espagne des années 70 est toujours déchirée entre fascistes et communistes... mais le traitement ne s'appesantit pas sur la double lecture, et préfère se concentrer sur ses personnages, et leur descente au sous-sol de la folie.

Les amateurs d'horreur seront servis, les autres seront sans doute mal à l'aise devant certains débordements gores. En tous cas, peu resteront de marbre devant l'esthétisme, la poésie déviante, la rage enthousiasmante du film, jusqu'à son final excessif dont on pardonne aisément l'aspect "n'importe quoi". Parce qu'entre Transformers 3, Les Tuche et L'élève Ducobu, il est revigorant de tomber sur un film qui sort aussi fièrement des sentiers battus.


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