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6/10

Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre

Il est fou ce Chabat !

Trois mois. Numérobis, architecte avant-gardiste de sa très capricieuse majesté Cléopâtre, n'a que trois mois pour mener à bien la construction d'un palais grandiose au coeur du désert : il donnerait ainsi à sa Reine le moyen de prouver à Jules César, l'arrogant Empereur romain, que le peuple égyptien est supérieur au sien.

Désemparé car se voyant déjà dévoré par les crocodiles promis par Cléopâtre en cas d'échec, Numérobis contacte Astérix, Obélix et Panoramix, les célèbres Gaulois qui, armés de leur légendaire potion magique, sont d'après lui les seuls à pouvoir exécuter cette terrifiante commande. Il va falloir cependant affronter Amonbofils, l'architecte jaloux, les légions romaines et Jules César en personne.

Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre est l'oeuvre de Uderzo et Goscinny (1964 - sous le nom d'Astérix et Cléopâtre), revue et corrigée par Alain Chabat qui réalise un rêve d'enfant, une adaptation fidèle d'une des aventures des Gaulois les plus connus des enfants et des adultes. C'est une aventure qui se déroule très loin du célèbre "village peuplé d'irréductibles Gaulois qui résiste encore et toujours à l'envahisseur." C'est une aventure où l'on va retrouver avec bonheur Panoramix et sa potion magique, Idéfix, le grand compagnon d'Obélix, la troupe de pirates éternellement victime des facéties d'Astérix et des siens, mais aussi Jules César en personne et aussi Cléopâtre, la reine d'Egypte.

Une adaptation animée de cette aventure avait été réalisée en 1969 par les créateurs d'Astérix et d'Obélix, qui avaient noté à l'époque que leur oeuvre ne pourrait seule faire l'objet d'un scénario de film. Et en effet, Alain Chabat s'est vu contraint d'ajouter un peu plus de fantaisie et d'humour pour parvenir à combler 1h47 de bobine.

Voilà le résultat : Alain Chabat construit son film comme Numérobis construit une maison, par additions successives et tellement désordonnées de jeux de mots et de situations cocasses : il est vrai, bon nombre de ces gags n'ont d'égaux que ceux qu'inventaient les Nuls au début des années 90. L'humour de Chabat n'a d'égal que le sien et de celui de ses anciens compagnons de fortune -Dominique Faruggia et Chantal Lauby- et force est d'avouer que certains passages sont dignes des plus grandes comédies françaises : La Cité de la Peur (avec les Nuls), La Grande Vadrouille, Le Père Noël est une ordure pour ne citer qu'elles...

Mais face à cet humour qui a quand même pris quelques rides, il faut aussi admettre que l'on s'ennuie beaucoup pendant la diffusion du film, et ce parce que les scènes ne sont pas montées de manière idéale. Certains passages semblent très longs, d'autres très courts, bref, on se perd dans un conte qui se veut tantôt sérieux tantôt amusant.

Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre c'est une flopée d'acteurs reconnus : Christian Clavier / Astérix, Gérard Depardieu / Obélix, Jamel Debbouze / Numérobis, Monica Bellucci / Cléopâtre, Edouard Baer / Otis, Alain Chabat / Jules César, Claude Rich / Panoramix, Dieudonné, Marina Foïs, Chantal Lauby, Gad Elmaleh, Mathieu Kassovitz, Isabelle Nanty / Itinéris, Gérard Darmon / Amonbofils, Emma de Caunes... Et j'en oublie, certainement.

A quoi bon ? A quoi bon avoir engagé tant de vedettes pour un unique long-métrage, sinon pour subjuguer le public et fabriquer ainsi une impressionnante stratégie commerciale. D'ailleurs, tous ces acteurs ne sont pas aussi talentueux : certes, Monica Bellucci est sublime dans ses costumes toujours plus extravagants ; quant à Jamel Debbouze, il parvient habilement à forger un Numérobis un peu espiègle et maladroit mais tellement attachant et fidèle au personnage de bande dessinée. Les performances de Dieudonné, de Gérard Darmon et d'Edouard Baer, tous trois employés à merveille dans des rôles sur mesure, sont également réussies, mais que dire de celles de Christian Clavier et de Gérard Depardieu, qui dans des rôles secondaires pathétiques, sont quasi-inexistants à l'écran. Eh oui, vous avez bien entendu : Astérix et Obélix sont des rôles secondaires dans un film qui porte leurs propres noms, par Toutatis ! Et enfin que penser des apparitions complètement gratuites et inutiles, donc affligeantes, de Gad Elmaleh et de Mathieu Kassovitz ?

Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre est une flopée de jeux de mots et d'anachronismes à la Goscinny. C'est aussi une gentille satire sociale. C'est une avalanche de situations caucasses et de blagues à prendre au second, voire au troisième degré. Le résultat est une sorte de "nuit du Zapping" mais mise en scène en Egypte : on retrouve au passage des références à Tigre et Dragon, à Titanic et à d'autres films d'actualité. C'est aussi une "nuit du Zapping" qui ne sera certainement pas comprise de tous. Et puis les allusions à la vie en France - cf. Itinéris, les 35 heures - seront totalement incompréhensibles pour les étrangers. C'est aussi une avalanche de gags quasi insoutenables par moments tant les subtilités peuvent être tirées par les cheveux. L'utilisation des noms propres dans un égyptien plus que modernisé est à la longue assez fatigante : et oui, beaucoup de figurants = beaucoup de personnes à présenter à l'écran ! Quant aux scènes servant de transitions entre les différents gags, elles sont classiques, très banales même, et en fin de compte sans grand intérêt. Difficile de s'en sortir quand on a entre les mains un scénario issu d'une bande dessinée pour tout public, donc un scénario particulièrement simple et transparent.

Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre c'est finalement un budget de 330 millions de francs, des milliers de figurants, plus de 2500 costumes et 5000 sandales conçues pour l'occasion, des chameaux, des oiseaux, des chats, des chiens, des centaines de jours de tournage à Malte et au Maroc pendant des jours d'extrême chaleur, un matraquage médiatique malsain et une stratégie commerciale douteuse fondée sur l'emploi d'un maximum de vedettes du show-business.

Je suis un fervent admirateur d'Alain Chabat depuis ses toujours plus surprenantes apparitions dans l'émission Nulle Part Ailleurs et aussi depuis le rôle qu'il a tenu dans la conception du somptueux La Cité de la Peur. Mais ici, il est évident qu'il m'a déçu, pour bien des raisons. Toutefois, le film est à voir. D'abord parce qu'il s'agit de "la meilleure comédie de l'année", du "film le plus surprenant et hilarant de ce début d'année" pour bien des médias : ce serait dommage de ne pas en profiter ! Parce que cette version est bien meilleure que celle de Claude Zidi (Astérix et Obélix contre César, 1998). Ensuite parce qu'il y a un certain Jamel Debbouze au mieux de sa forme. Enfin parce qu'il y a Monica Bellucci, au mieux de ses formes.

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