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armée des 12 singes (L')

Elle est là, derrière une devanture d'immeuble, chez votre voisin. Elle est là et attend son heure.  L'heure de se débarrasser de l'humanité. L'armée des 12 singes !

L'armée des 12 singes est sans doute avec Brazil l'un des films de Terry Gilliam qui a recueilli le plus de succès, au niveau des critiques comme des spectateurs. L'histoire qui concilie folie, extermination de l'humanité et voyages dans le temps est de celles qui marquent indubitablement. A condition de ne pas connaître l'œuvre originale, La jetée.

Ceci est l'histoire d'un homme marqué par une image d'enfance

MacLane de Coke
McClane de Coke
En 2035, l'humanité vit rejetée dans des souterrains suite à la propagation d'un virus mortel et à l'extermination de la majeure partie de la population en 1996. Le seul espoir des survivants est de retrouver la piste du virus dans le passé afin de l'identifier et de soigner la population. La technique du voyage dans le temps est alors balbutiante et seuls des prisonniers sont déclarés volontaires pour cette dangereuse exploration. James Cole (Bruce Willis), hanté par une image d'enfance, une image violente et douce qui revient comme un leitmotiv, est ainsi envoyé dans le temps à la recherche de cette fameuse Armée des 12 Singes qui a apparemment libéré le virus. Cole parviendra-t-il à obtenir ces précieux renseignements ? Qui est-il vraiment ? Que sont ces flashbacks qui le hantent ?

Crazy is majority rules

Le film se construit autour d'incessants allers-retours entre passé et présent, des Goines in the wind
Goines in the wind
sauts temporels dont on ne sait réellement s'ils existent ou s'ils ne sont que le fruit du cerveau dérangé de James Cole. Rapidement ce dernier est en effet interné dans un asile psychiatrique et il en vient à douter de la réalité de ce qu'il croit. Est-il réellement un prisonnier du futur ou sa vie n'est-elle qu'une hallucination, comme celle du pensionnaire de l'asile qui pense venir de la planète Ogo ? D'autant plus que la femme qu'il voit dans ses rêves se révèle être la psychiatre Kathryn Railly (Madeleine Stowe). Il est d'ailleurs difficile de ne pas rapprocher celle-ci de la belle Jill de Brazil : Cole comme Sam Lowry découvrent ainsi que la femme qu'ils fantasment existe en réalité. Kathryn et Jill deviennent le point d'ancrage du monde de Cole et Lowry, l'élément liant rêves et réalité. Les parallèles sont en fait multiples entre Brazil et L'armée des 12 singes : le futur est sombre et autoritaire, les scientifiques du deuxième sont l'écho des médecins-plasticiens du premier. Mais surtout le propos est terriblement pessimiste ; le héros affronte un monde qu'il ne maîtrise pas et se fait finalement broyer par la machine.

You develop viruses and you're calling me insane?

L'armée des 12 singes eColescopie
Colescopie
st l'adaptation d'un moyen métrage de 29 minutes réalisé par Chris Marker, un film prégnant et magnifique constitué d'un ensemble de prises photographiques en noir et blanc. Ce procédé original donne à La jetée une profondeur et une poésie certaines, ce qui manque cruellement au long de Gilliam. Les plans d'un New York sous la neige, vidé de ses habitants ne sont franchement pas au niveau des photos de Paris sous la brume ou complètement détruite. Car c'est là que se situe une des principales différences entre les films de Marker et de Gilliam. Le monde de La jetée a été détruit par une guerre nucléaire, une peur contemporaine du film sorti en pleine Guerre Froide en 1962. Le monde de L'armée des 12 singes a été vidé de ses habitants par un virus exprimant une peur plus actuelle : le terrorisme écologique et bactériologique. Une peur qui trouve une étrange résonance en ces jours de pandémie grippale. Sans doute faut-il y voir un signe des temps.

Par son pessimisme, ses questionnements sur la réalité ou son histoire d'amour onirique, L'armée des 12 singes se rapproche indubitablement de Brazil, tout en étant largement plus conventionnel dans son traitement notamment visuel. Pour retrouver un peu de poésie, nous ne saurions vous conseiller de nouveau l'œuvre originale dont est issue L'armée des 12 singes. Par contre, s'il y a un point sur lequel le film de Gilliam est un indispensable, c'est la performance exubérante de Brad Pitt en tant que pensionnaire d'asile psychiatrique !

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

6 commentaires

  • riffhifi

    09/11/2009 à 11h24

    Répondre

    Ce film m'avait mis une grosse claque à l'époque. Vu au cinéma (avant de découvrir Brazil), c'était réellement une expérience "autre" pour le jeune spectateur que j'étais. Et qu'importe que le paradoxe temporel mène comme souvent à de grosses aberrations scénaristiques... La musique bizarroïde et les relents hitchcockiens me font toujours vibrer.

  • Islara

    09/11/2009 à 11h32

    Répondre

    Le film a aussi un dernier mérite : sa fin révélatrice qui boucle la boucle, pas si joyeuse, mais pas trop triste quand même, et jetant un dernier coup de théâtre dans ce scénario assez complexe.

  • pastis-mirabelle

    09/11/2009 à 18h35

    Répondre

    Naz, ne voulais-tu pas plutôt écrire Monkey, monkey, monkey ?

  • nazonfly

    09/11/2009 à 20h32

    Répondre

    Mais non c'était un jeu de mot avec la monnaie de singe!

  • el viking

    09/11/2009 à 23h19

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    comme c'est dur d'être un génie incompris.

  • Anonyme

    19/11/2009 à 02h39

    Répondre

    vraiment poche comme film on checker sa a l'école

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