9.5/10

Arizona Dream

Le poisson ne pense pas, par ce que le poisson sait tout...

Martin Luther King a fait un rêve. Un rêve qui lui a fait changer le monde. Arizona Dream est le rêve américain de Kusturica. Un ex-yougoslave plus porté sur les gitans fêtards que sur les grosses productions hollywoodiennes : on imagine tout de suite que ça ne va pas passer inaperçu. Et de fait, la version d'Arizona Dream qui circule aux US a été amputée d'une grosse vingtaine de minutes. S'offrir un metteur en scène de génie passe encore, mais subir sa poésie surréaliste dans ce qui était prévu comme une grosse production c'est trop demander...

Si l'on peut facilement résumer le film, je ne suis pas sûr que cela ait un quelconque intérêt. Axel (Johnny Depp) surveille les poissons dans les eaux de New-York. Il est orphelin, c'est son oncle Léo (Jerry Lewis) qui l'a élevé. Léo va se marier et demande à Axel d'être son témoin. Quand Axel arrive, il aide son oncle à vendre des cadillacs. C'est là qu'il rencontre Elaine (Faye Dunaway), et sa belle fille (Lili Taylor).

Dans ce film chaque personnage ne vit que par ses rêves. D'une certaine manière on pourrait dire qu'Arizona Dream est la version réussie de Big Fish. Vous n'aurez pas droit à de la sensiblerie bon marché ni à une happy end bien sage qui remet tout en place, bien sagement. Rêve n'équivaut pas forcément à guimauve comme c'est trop souvent le cas. La mort est d'ailleur l'un des thèmes centraux. Il y a notamment cette scène ou chacun exprime comment il voit sa mort. Le personnage de Paul Léger est lui aussi totalement tragique (même s'il apparaît comique au premier abord). Il se prend pour un acteur et vit sa vie au travers des films cultes dont il rejoue inlassablement les scènes. Mais dans son délire on voit bien qu'il n'y croit qu'à moitié et que le désespoir n'est pas loin. Finalement c'est l'isolement qui frappe le plus : les personnages sont prisonniers de leurs songes et n'arrivent pas à communiquer entre eux de manière sereine. Le point extrême étant dans ce triangle amoureux entre Axel, Elaine et sa belle fille.

Mais, comme en poésie, la forme est peut être plus importante que le fond dans ce film. A ce sujet une remarque préliminaire : les acteurs y sont tous géniaux. Jerry Lewis notamment qui a dû passer à côté d'une grande carrière "normale". La bande originale est elle aussi de toute beauté : obsédant et parfait mélange entre choeurs slaves et guitare saturée, et un Iggy Pop au meilleur de sa forme. Enfin, il y a ce surréalisme, ce délire constant (la scène du diner, ou bien Johnny Depp faisant la poule sur une table à roulettes pendant que Lili Taylor joue de l'accordéon clope au bec) à côté desquels même des films comme The Big Lebowski paraissent cartésiens. Ce ton en rebutera plus d'un et ravira les autres. Moi j'ai été conquis au delà des mots.

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4 commentaires

  • Jade

    18/04/2006 à 00h58

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    Arizona Dream, c'est un film qui a sa logique propre, à laquelle il faut vraiment s'adapter pour espèrer tirer quelque chose de ce délire cinématographique sans précédent.
    Un film qui parle des gens qui ne veulent pas grandir et qui ne veulent pas croire que leur rêve d'enfant ne sera jamais réalisable. D'abord, y'a Alex, qui est toujours un gamin et qui va grandir pour se rendre compte de cette réalité. Puis y a l'oncle Léo, qui a apparement réussi a grandir (il vend des voitures et tout, un métier sérieux) tout en restant un grand gamin. Et enfin y a Elaine, qui n'a pas pu se séparer de son rêve d enfant, qui le mène jusqu'à la folie.
    Arizona Dream est une énorme comédie qui met en scène de grands gamins qui font semblant de se prendre au sérieux (la méthode pour vendre des voitures résiderait alors dans la manière de dire des 'helloooo' assez sexy pour séduire la clientèle). Mais peu à peu le drame et la mort s'insinuent dans l'histoire, parce que la vie, c'est forcément pas toujours rose et il faut bien attérir un jour, que ca fasse mal ou non.
    Cependant avec le personnage d'Alex, le rêve dépasse la mort. Quand on grandit, on ne fait que 'dormir' pendant quelques années (amusant de constater que pour lui la réalité est donc un rêve que l'on subit, par opposition au monde du rêve, ou l'on est alors en fait vraiment éveillé) en attendant de revenir en un truc qu on préfère, et si on est chanceux, en poisson, qui sait tout et qui n'a meme pas besoin de réfléchir.
    Le personnage de Grace, la fille adoptive d Elaine, autour duquel tourne toute la fin du film, est peut etre le seul personnage a avoir su concilier le reve et la dureté de la vie. Mais alors vu la conclusion, Arizona Dream serait un film profondément pessimiste.

    Arizona Dream est un film extremement dense, superbe, et vraiment unique en son genre. Difficile de parler de chef d'oeuvre, mais plus j'y pense plus l'évidence s'impose d'elle même. (puis la BO cartonne sérieusement hein)

  • Anonyme

    05/02/2008 à 23h44

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    J'ai vu pour la première fois Arizona Dream hier, sur Arte : rien à faire : ca m'a fait chier. Autant, le 'temps des gitans' m'a fait pleurer (oui, oui), autant ici je n'ai rien pigé : là où vous avez vu des gamins rêveurs, je n'ai vu que des égoïstes qui n'ont que faire des autres. Il n'y a pas de dialogues dans ce film, juste une suite de monologues...bref, j'ai vu et puis j'oublie.

  • Anonyme

    13/05/2008 à 18h44

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    Je trouve qu'il est navrant de constater que la majorité des gens, quand ils voient un film, cherche à y trouver avant tout du sens. Comme s'il s'agissait de se bloquer, de s'interdire l'émotion ou tout autre sensation tant que l'on n'a pas perçu du sens. C'est con comme attitude, c'est de la castration intellectuelle. Ressentez le film d'abordet n'ayez pas d'inquiétude, le sens viendra de lui-même, en laissant un peu fermenter le film dans la sauce cervellienne.

  • Anonyme

    27/01/2009 à 20h12

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    Arizona Dream dépasse la raison.

    Et ce que je ressens pour ce film dépasse très certainement les mots.


    Elaine, ce sont des rêves clairement exprimés, et Grace, ce sont, enfouies au fond d'une âme perdue, les mêmes envies d'évasion ; à ceci près qu'Elaine veut survoler la réalité, la dépasser, tandis que Grace est avant tout dans une optique de protection (d'où ce rêve permanent de se métamorphoser en tortue...).


    Je ne pense pas que l'histoire d'amour d'Elaine et Axel soit plus forte que celle avec Grace... D'ailleurs, comme Axel Blackmar le souligne, Elaine devient peu à peu un nuage et à travers ce nuage, c'est Grace qu'il aperçoit.


    Le rôle prédominant du pistolet, et donc de la mort, tout au long du film, donne cette atmosphère macabre dès le début, devant mon écran je vis dans l'angoisse d'une mort imminente... Et pourtant, une atmosphère festive peut se dégager : une ambition, voler, des ballons multicolores, une maison pleine de caractère... Nous vivons sur un fil en attendant que le vase déborde, que le fil craque, que quelque chose change... C'est merveilleux, c'est un talent inexprimable.


    Si ce film était un personnage, ce serait un clown triste, nageant dans le ciel océan parsemé de poissons volants.


     

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