Apprends l'économie avec Mad Max

Et si vos films préférés renfermaient des mannes d’informations que vous avez plus l’habitude de voir dans un manuel illisible ? Et bien c’est le cas dans la saga Mad Max où on ne parle pas que de bolides poussiéreux et de guerre nucléaire… Mais aussi d’économie, pourquoi pas.

Chers Krinautes, je sais que vous n'attendez qu'une chose, c'est de vous plonger au plus vite dans les ouvrages ô combien passionnants de Smith, Keynes, Ricardo et Marx mais on va plutôt parler un peu de la plus grande saga post-apocalyptique de tous les temps. Ce n'est un secret pour personne: la saga de George Miller a toujours pratiqué une seconde lecture qui allait bien plus loin que son apparence basique ne le laissait deviner. Mais même dans un monde si étrange, avec ses punks SM, ses villes au look impossible et ses guitaristes cracheurs de feu, les théories économiques s'appliquent pourtant bien comme chez nous.



Dans un monde meurtri par l'apocalypse nucléaire, un homme donne des cours d'éco.

 

Mad Max 1 : la théorie des coûts de transaction

Le premier volet de la sage est certainement celui qui développe le moins l'univers qui sera vu plus en détail ensuite. Ce n'est pas forcément un mal, le film nous laisse quelques indices pour qu'on devine petit à petit ce qui a bien pu arriver pour que les motards aux looks improbables fassent la loi. Ce qu'on voit surtout, c'est que la société telle qu'on la connaît est en pleine déliquescence. Et ça passe entre autres par le commerce.

Le commerce existe dans Mad Max mais on se rend rapidement compte qu'il est très limité… Les restaurants sont sommaires, les décharges où l'on trouve de l'essence notamment, ressemblent à des ruines. C'est dû à l'augmentation des coûts de transaction. Dans une société où la monnaie est peu sûre ou bien où le contexte est difficile (guerre, famine…), les coûts de transaction augmentent, il devient plus cher de commercer. Cher au sens large, ça devient plus risqué, plus difficile etc…


Illustration du fait que c'est risqué.

 

Ces coûts ont été théorisés en 1937 par l'économiste britannique Ronald Coase, qui fut repris en 2009 par Olivier Williamson, lequel en tire d'ailleurs un Prix Nobel d'économie. D'après eux, ces coûts sont des obstacles à la concurrence pure et parfaite, un système idéal où les échanges seraient entièrement transparents et sûrs. Dans le monde de Mad Max, il est impossible de vérifier si la concurrence n'offre pas la même marchandise moins chère, et n'attendez pas de service après-vente… En plus, avec la négociation, les acheteurs et les vendeurs vont tous deux tenter de minimiser ces coûts par des procédés alternatifs qui encore une fois, faussent la concurrence.



Mad Max 2 : Marx et la détention des moyens de production

Bon la première elle était un peu technique, mais là on va parler Karl Marx camawades! Dans Mad Max 2, notre cher Max seul avec son chien se retrouve dans une raffinerie qui produit donc de grandes quantités d'essence mais qui attire aussi la convoitise des bandes de motards plus SM-bondage que jamais.


Quand tu te rends compte que le cuir de ton pantalon peut brûler quand il est imbibé d'essence.

 

Une preuve que même après un fucking holocauste nucléaire, on reste toujours dans une société capitaliste. Au sens de Karl Marx même. Ici, ce sont les capitalistes oisifs (les bandits dans le film) qui exercent leur pouvoir sur les ouvriers de la raffinerie, détenteurs des moyens de production. Ils détiennent la matière première (le pétrole) et les instruments de travail (la raffinerie), pour produire la richesse (l'essence). Pourtant, les détenteurs des moyens de production ne sont pas ceux qui ont le pouvoir, comme dans le capitalisme décrit par Marx, ils sont eux-mêmes utilisés par les dominants qui réclament une production plus importante. Les bandits n'ont d'ailleurs aucun effet sur la production, ils n'apportent ni main d'oeuvre, ni savoir-faire, ni même fonds, et se contentent de récupérer la richesse une fois le travail terminé par les ouvriers. Et puis contrairement au capitalisme, ils ne payent même pas leurs salariés, ou alors en leur laissant la vie sauve simplement. Heureusement, la roue tourne (ou la routourne va tourner comme diraient d'autres) dans le prochain volet.

Mad Max 3 : les sociétés marxistes précapitalistes

On reste dans le thème de la détention des moyens de production mais cette fois ce sont les ouvriers qui détiennent le pouvoir. Dans le film (et là il va falloir excuser quelques approximations), le sous-sol de la ville est tenu par deux types, Master et Blaster qui dirigent l'élevage de porcs, source de la production de méthane et donc d'énergie pour la ville. Le chef des ouvriers (des porcs donc, on appréciera l'analogie) décide de faire chanter la soi-disant chef de la ville en coupant la production. Un genre de grève ouvrière dirons-nous car si les salariés cessent de travailler, la ville ne peut plus vivre.


Les gladiateurs du futur.

 

En dehors du fait que Master dans le film est un être peu recommandable au premier abord, on est ici dans une société marxiste, où ce sont les ouvriers réunis en coopérative qui dispose de la souveraineté sur leur production et qui en récoltent les bénéfices. Un système ici quelque peu perverti certes…


Ici, Tina Turner en côte de mailles sexy mange une pomme. Bienvenue dans Mad Max.

 

C'est ainsi en tout cas que Karl Marx décrivait les sociétés précapitalistes, avec ce rapport de forces dans la détention des moyens de production. Or, Mad Max 3 se déroulant dans le futur, et connaissant l'aspect visionnaire de Miller… Le jour où le capitalisme disparaît vous l'aurez vu avant dans Mad Max. Et lu sur Krinein.

Mad Max Fury Road : la théorie des avantages comparatifs de Ricardo

Attention là c'est du lourd. Savez-vous que le monde de Mad Max Fury Road, le meilleur de la saga selon moi d'ailleurs… Correspond à celui des avantages comparatifs théorisés par David Ricardo? Fichtre.

Pour ceux qui n'ont pas vu le film, merci d'être arrivé jusque là, (mais vous attendez quoi, sérieux?), on va faire un petit point sur ce dernier Mad Max. Il ressemble un peu coté scénario à Mad Max 2, une communauté autogérée qui cette fois dispose de l'essence et de l'eau, nerfs de la guerre. Max va courir le pays en camion pour s'enfuir accompagné de femmes-objets (ce n'est pas un jugement personnel, c'est vraiment ce à quoi elles sont réduites par le chef des méchants) et de quelques tonnes de gasoil. Le film peut se résumer aisément comme une course-poursuite de deux heures et l'organisation de ce monde est plus suggérée que vraiment décrite.


Cette image semble crier "VIRILITEEEEEEEE".

 

Mais admirablement bien suggéré, ce qui fait qu'on dispose quand même de pas mal d'informations. On voit notamment, et c'est ça qui va nous intéresser, que si la Citadelle fait office de capitale grâce à sa possession de l'eau, les autres villes sont réduites à des fonctions uniques.

On nous parle par exemple de la ville où l'on se fournit en essence, de celle où on fabrique des munitions etc… Et là on est dans la théorie des avantages comparatifs de David Ricardo. Biatch!

C'est un peu complexe alors expliquons ça avec Tom et Jerry. Pourquoi Tom et Jerry? Parce que c'est mon article et que je fais ce que je veux. Disons que Jerry monte une pâtisserie et vend des cupcakes. Tom lui, fait des chocolatines. A noter que ceux qui disent "pain au chocolat" n'ont pas d'âme.

Jerry fait des super cupcakes, il en fait 300 à l'heure. S'il se met aux chocolatines il peut en faire 200 en une heure. Mais au détriment des cupcakes bien-sûr.

Tom est un peu une bille, il ne peut faire que 150 cupcakes ou 150 chocolatines.


Si tu ne regardes que les images de cet article, tu dois normalement être assez surpris de tomber là-dessus.

 

Ricardo nous dit ici que Jerry a intérêt à plutôt se spécialiser dans les cupcakes, et à acheter des chocolatines à Tom, même s'il est moins doué que lui. Et même si Tom est finalement inférieur à Jerry dans tous les points, il vaut mieux pour lui qu'il se spécialise dans les chocolatines. Ca permet à Jerry d'avoir un max de cupcakes et plutôt pas mal de chocolatines, et à Tom de servir à quelque chose en faisant des chocos, et peut-être même à terme à s'améliorer. Comme ça, les deux produisent plus que s'ils essayaient chacun de faire des cupcakes ET des chocolatines. Si Tom et Jerry n'avaient tenu compte que de leurs avantages purs, Jerry aurait tout produit seul, et du coup en moins grande quantité. Et Tom se serait lancé dans le trafic de drogue. Probablement. C'est comme ça qu'on arrive à une ville où la seule fonction est de produire des munitions alors que si ça trouve, les ouvriers savent comment  faire des cupcakes.


Quand t'as trop fait cuire les cupcakes mais que t'as quand même la classe.

 

Et voilà pour ce petit cours d'économie post-apocalyptique. La semaine prochaine on étudiera la crise de la dette grecque avec Harold et Kumar, salut à vous!

A propos de l'auteur

Je regarde plein de films et sur mon temps libre je suis journaliste. J'ai eu peur devant Paranormal Activity et je me suis endormi devant Interstellar. Mes goûts n'engagent que moi.

1 commentaires

  • nazonfly

    22/10/2015 à 08h10

    Répondre

    Le problème c'est que chocolatine, ça devient choco. Et que les chocos c'est autre chose. Alors que personne de sensé (c'est-à-dire disant pain au chocolat) n'irait réduire le terme à "pain".
    Sinon je n'ai rien compris à l'article mais je prends des boutons dès que je vois écrit le mot économie.

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