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Ao le dernier Néandertal

Jacques Malaterre, déjà réalisateur du documentaire L'odyssée de l'espèce, retourne explorer la préhistoire en optant cette fois pour la fiction. Le résultat n'est qu'à moitié convaincant, la faute à une voix off envahissante.

Le cinéma aime voyager dans le temps : Belle Epoque, Renaissance, moyen âge... Mais le genre "préhistorique" a toujours été singulièrement délaissé, probablement parce que le mode de vie de Messieurs Cromagnon ou Néandertal paraît trop La guerre de la glace
La guerre de la glace
éloigné du nôtre et trop fruste pour le public moderne. De fait, les rares films qui s'attaquent au sujet sont généralement des comédies : Les trois âges de Buster Keaton dès 1923 (et encore, la préhistoire n'y occupe qu'un tiers du métrage), La famille Pierrafeu (dessin animé télévisé dans les années 60, puis deux films en 1994 et 2000), RRRrrrr !!! des Robins des Bois et Alain Chabat (2004), L'an 1 de Harold Ramis avec Jack Black (2009). En grattant un peu, on trouve quelques tentatives d'aborder cette époque sous l'angle de l'aventure exotique, pour un résultat généreusement kitsch : Un million d'années avant J-C avec Raquel Welch (1966), Quand les dinosaures dominaient le monde (1970) et 10 000 de Roland Emmerich (2008) sont là pour en témoigner. A ce jour, seuls deux films de fiction avaient représenté la préhistoire de façon sérieuse et à peu près crédible : 2001 l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick (1968), et surtout La guerre du feu de Jean-Jacques Annaud (1981) ; cette année, Jacques Malaterre vient y ajouter cet AO, situé 30 000 ans avant Jésus-Christ et prenant pour sujet le passage de l'homme de Néandertal à l'Homo Sapiens Sapiens.

Le sujet n'est pas nouveau pour le cinéaste : Malaterre a déjà cosigné en 2003 le documentaire L'odyssée de l'espèce, dont le succès a permis le développement de deux suites (Homo Sapiens en 2005, Le sacre de l'homme en 2007) et de ce long métrage de fiction. On y suit les pérégrinations d'un homme de Néandertal appelé Ao (Simon Paul Sutton, comédien de théâtre affublé La belle et la bête
La belle et la bête
d'un maquillage qui le fait bizarrement ressembler à Christophe Lambert), parti à la recherche de son frère Oa (bravo l'imagination des parents) après le massacre de sa famille par de cruels Homo Sapiens. Bien entendu, le voyage sera pour lui l'occasion de découvrir le monde et de se remettre en cause... Car le néanderthalien n'est pas un ahuri bas du front, tout juste bon à cogner deux cailloux l'un contre l'autre pour écraser des mouches. Selon les dernières études, il était un cousin plutôt alerte de l'homo sapiens, sans doute moins porté sur l'évolution et la technologie mais possédant de fait une nature plus écolo.

Avec le soutien d'experts, les scénaristes ont pu fignoler aux personnages de vrais (?) dialogues d'époque, à grands renforts de borborygmes où surnagent les noms des personnages (« Ao ough kragh », « Ao Oa meh gnagna », etc.). Le résultat est probant : la mise en scène précise et l'interprétation très juste des acteurs permet de "croire" à l'univers préhistorique reconstitué, et surtout de comprend les agissements des protagonistes. Pourquoi, alors, avoir plombé de deux voix off didactiques un film qui s'en passait très bien ? Trente ans après La guerre du feu et son parti-pris courageux, ce choix timoré donne l'impression déplaisante d'assister à une production télévisée éducative, là où le métrage défendait par ailleurs sans peine un statut de vrai film d'aventures chargé d'émotions. Dommage.

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1 commentaires

  • gyzmo

    01/10/2010 à 16h09

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    Difficile de passer derrière la mythique Guerre du Feu de Annaud. Surtout avec peu de moyens et un sens de la mise en scène aussi plat. Le talent de Malaterre passe encore à la TV - ses docu-fictions m'ont personnellement bien plus. Mais sur grand écran, ça sonne faux. Jusque dans les quelques FX de Duran Dubois, complétement à la ramasse (pour ne pas dire loupés). Pourtant, le periple de AO est intéressant à suivre. Plus qu'aucune autre réalisation du genre, il plonge avec intelligence dans la possible relation entre un Néenderthal et un Homo Sapiens. On y croit pas une seconde - les voix off n'aidant pas, mais tant pis. La quête crépusculaire de AO a quelque chose de touchant. Les scènes remarquables ne manquent d'ailleurs pas : le combat contre un ours polaire (kitsh au possible) ; l'évasion façon John Rambo ; les accouchements ; le don du cheval ; le baiser langoureux (oO)... Un docu-fiction cinématographique pas des plus prestigieux. Les fans du genre devraient par contre en avoir pour leur argent, car bien que visuellement fauché, c'est toujours plus impressionnant de voir une telle histoire sur grand écran que sur une petite TV.

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