9/10

Antichrist

Il est difficile de dire si Antichrist est un film génial ou nullissime. C'est en tout cas un film original, marquant et somptueux.

Cinq. La note est laconique. Antichrist de Lars Von Trier serait-il un film tout juste moyen ? Pas vraiment. Ce cinq représente en réalité le doute d'un spectateur qui ne sait pas s'il faut considérer ce film comme un chef d'oeuvre ou une bouse risible Sliver v2.0
Sliver v2.0
gonflée d'un symbolisme de façade. Il est certain qu'Antichrist n'est pas un film mou et complaisant : il marque profondément et durablement. Il est l'un de ces films qui plongent le spectateur dans un état second afin de pouvoir digérer la beauté et l'intensité du film. La première scène, intitulée Prologue, est d'ailleurs inoubliable, empreinte d'une beauté et d'un lyrisme divin : un couple partage un instant charnel et passioné dont le public ne rate rien, tandis que leur enfant bouscule trois figurines ornées des mots Pain, Grief, Despair (Douleur, Deuil, Désespoir) avant de chuter dans le vide. Cette mort va bien sûr bouleverser le couple et, en quatre chapitres aux noms de Pain, Grief, Despair et Three Beggars (Trois Mendiants), plus un épilogue, l'homme, un thérapeute joué par Willem Dafoe, va tenter de comprendre les peurs de sa femme, jouée par Charlotte Gainsbourg. Une histoire semble-t-il assez simple, portée par une photo superbe et à la signification incertaine. En vérité, on ressort d'Antichrist comme on peut ressortir d'Inland Empire de David Lynch, ou de n'importe quel Lynch d'ailleurs : complètement perdu. Comme la sensation d'avoir assisté soit à quelque chose de plus grand que le spectateur, soit à l'âme même du réalisateur.

Demandons la route au réalisateur

Promenons-nous dans les bois...
Promenons-nous dans les bois...
Le réflexe à l'issue d'un tel film est de se ruer sur Internet pour tenter de comprendre. Lars Von Trier ne donne pas de clés pour comprendre son film : « Les images étaient composées en dehors de toute logique ou de toute réflexion dramatique. », « Le film ne contient aucun code moral particulier et possède seulement ce que d'aucuns appelleraient "le strict minimum" en termes d'intrigue », « Le scénario a été achevé et filmé sans grand enthousiasme, fait comme il l'avait été, c'est-à-dire en utilisant environ la moitié de mes capacités physiques et intellectuelles. » Autant de sentiments qui ne l'empêchent pas de voir Antichrist comme « le film le plus important de [sa] carrière ». On tente alors de comprendre le symbolisme du film : qui sont les Trois Mendiants ? D'où viennent-ils ? C'est peine perdue : ils proviennent directement des rêves et cauchemars de Von Trier. Qui est ce renard qui surgit au milieu du film pour lancer un étonnant : « Chaos reigns » ? Autant de questions qui n'auront sans doute jamais de réponse.

Même les critiques sont perdus

Une ambiance digne de Ed Wood !
Une ambiance digne de Ed Wood !
C'est alors que l'on se penche vers les critiques cinéma, vers les commentaires des spectateurs. Certains y voient la révélation de la misogynie de Lars Von Trier : dans Antichrist, la femme est loin d'avoir le beau rôle, la preuve est que le dernier « t » du titre a la forme du miroir de Vénus symbolisant la féminité. Pourtant, même s'il est évident que cet aspect transpire au long du film, la scène finale permet de douter de cette conclusion sans concessions. La plupart des critiques reviennent surtout sur les aspects gore et érotique de ce film interdit aux moins de 16 ans. Certains ont même parlé de torture. S'il est vrai qu'on craint à un moment qu'Antichrist prenne le même chemin final que Martyrs avec une moindre légitimité, on peut difficilement qualifier le film de gore. On peut s'étonner qu'un tel film puisse choquer autant, même si certaines scènes, sexuellement explicités ou sanglantes, ne sont pas à mettre devant tous les yeux.

Incompréhensible

La légende du cavalier sans fesses
La légende du cavalier sans fesses
Au final, qu'en est-il d'Antichrist ? C'est un film personnel qu'il est véritablement difficile d'analyser et dont l'explication semble se cacher dans les tréfonds de l'esprit de Von Trier. Tellement personnel que la mythologie et le symbolisme q'il accompagne peuvent laisser le spectateur dubitatif, voire franchement moqueur. Et c'est là qu'est tout le drame de Antichrist : certaines scènes peuvent franchement prêter à rire (ce fameux renard qui parle ou les chutes de gland), d'autres semblent choquer pour choquer (Charlotte Gainsbourg qui se masturbe en forêt) et d'autres encore perdent le spectateur en route (la scène des Trois Mendiants).

Pour ces différentes raisons, Antichrist peut autant enthousiasmer le spectateur que l'exclure, en le prenant de haut ou en le choquant. Antichrist est en tout cas un film qui ne laisse pas indifférent, ne serait-ce que par la beauté particulière qui se dégage des images.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

17 commentaires

  • Anonyme

    09/06/2009 à 21h52

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    Un vrai critique aurait analysé, plutôt que de dire que ce n'était pas possible

  • nazonfly

    09/06/2009 à 22h35

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    Heureusement que je ne suis pas un vrai critique alors. On entend beaucoup de bêtises de leur part

  • Anonyme

    09/06/2009 à 22h48

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    Réponse à "connard" : une analyse  ? mais c'est d'une psychanalyse sévère que Lars von Trier a besoin !  Le pauvre reconnait lui-même avoir eu du mal à faire son film tellement il était mal en point, déprimé etc etc.


    Certains spectateurs sortent de ce film  tellement traumatisés que je me demande lequel pourra en faire une analyse très claire .  Une spectatrice encore moins.


     

  • riffhifi

    14/06/2009 à 22h36

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    Je n'ai rien à ajouter à la description de nazgul, mais je l'aurais sans doute ornée d'un 9. Je n'avais pas eu de telle expérience cinématographique depuis longtemps, et j'avoue être dubitatif devant les hectolitres de haine déployés par les critiques de Cannes : auraient-ils oblitéré la filmographie pré-Breaking the Waves de Lars von Trier ? Auraient-ils oublié la première saison de L'hôpital et ses fantômes, qui se terminait par un discours goguenard de Lars : "Si vous avez détourné le regard, nous avons gagné, car ce que vous imaginez sera toujours pire que ce que nous pouvons vous montrer." Antichrist a sans doute surpris car il s'adresse à un public à la fois capable de regarder un vrai film d'horreur et de s'intéresser à l'histoire du deuil d'un couple qui vient de perdre son enfant. Sans doute pas si fréquent, c'est un grand écart.

  • Anonyme

    15/06/2009 à 23h44

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    j'ai pas vu le film, mais pour ceux que ça intéresse, vous pourriez vous marrer en lisant la critiuqe chez chronicart


    http://www.chronicart.com/cinema/chronique.php?id=11400


     très drôle,c vrai que LVT a un problème avec les femmes. Toutes les femmes en ch... dans ses films quand même.Quel est son pb avec elles?


     


     

  • nazonfly

    16/06/2009 à 10h50

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    Qu'est ce que je peux détester cette manie de mettre des abbréviations partout! LVT, pourquoi ne pas écrire Von Trier, c'est à peine plus long! Grrr

  • Luz

    16/06/2009 à 11h53

    Répondre

    Dommage que le mec soit omnibulé par Lars Von Trier et non par les images qu'il a vu. Si on part voir le film avec une liste sous le bras (-misogyne –dépressif –fou –nianiania), et la détermination de ne pas changer d’avis, autant ne pas y aller. Le film est dur, et sombre, et si on aime les petits oiseaux, le ciel bleu, et les mains dans les mains, normal d'être déçu. Chacun a sa sensibilité, et peut -ou ne peut pas- supporter des images, des actes, et des idées. Jusque là ça me semble donc normal de voir des pour et des contre concernant ce film.  

    De là a crier au loup, ou au diable, ... faut pas abuser.

    Oulala oui, il y a des scènes de cul... limite porno? Alors, oui mesdames, et monsieur, vous avez un sexe entre les deux jambes, si vous baissez les yeux, vous risquez de le croiser un de ces jours... Et puis, soyons sérieux, vous avez aperçu un livreur de pizza ouvrir la porte et demander "Et avez ceci, Mademoiselle?" ?

    Alors, oui, les scènes de cul sont associés à la souffrance, normal puisque nous ne sommes pas entrain de regarder des ados qui découvrent leur sexualité, mais un couple marié, ayant déjà eu un enfant, qu’ils ont définitivement perdu.Beaucoup de films ont abordés ce sujet, de différentes façons, chacun vivant un deuil à sa façon ça parait normal. S’étonner d’apercevoir de la violence ? De la colère ? De voir une mère se frapper la tête, donner des coups, crier ? N’est on pas déjà dans un film d’horreur quand on doit affronter une telle situation ? C’est plus facile d’aller voir Saw, c’est sûr. Parce que vous pouvez en rire en sortant. Pas comme en sortant de ce film. Alors voir de la provoc, du porno, crier haut et fort que Charlotte Gainsbourg n’aurait pas dû être reconnu pour un tel rôle, que ce film ne mérite même pas qu’on le regarde avant d’en parler… ce n’est pas juste dire qu’on n’est pas prêt à l’affronter ? A déconseiller à certains, c’est sûr.  

  • Wax

    16/06/2009 à 14h08

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    Obnubilé! B**** de m****!

  • Luz

    16/06/2009 à 15h04

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    C'est loin d'être la seule faute

  • Anonyme

    16/06/2009 à 17h05

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    Lars Von Trier réussit un coup de maître en tournant "Antichrist" même si les nombreuses critiques et détracteurs cherchent à nous montrer le vulgaire, le "n'importe quoi", la misogynie, le manque d'idée qui aurait ramener Von Trier à copier et/ou à empreinter des idées à Jérôme Bosch, Auguste Stringer, Ingmar Bergman, Friedrich Nietzsche ou encore Sigmund Freud, et à essayer de les égaler. Au contraire cela lui a permit de rendre un chef d'œuvre. Il est, certes, facile de critiquer une œuvre alors que l'on ne l'a pas comprise ou que l'on ait cerné que l'apparence, que le physique du film. On ne critique pas un film d'art lorsque l'on possède un cerveau formaté et conventionnel. Alors je pose les questions à tout ces critiques et journalistes hypocrites riants à la sortie du cinéma : Quels sont les artistes qui ont inventés un genre ou innovés entièrement sans avoir fait des références quelconques à d'autres artistes, combien n'avaient aucunes connaissances pour paraître à créer un nouveau style, un nouveau mouvement ? La réponse est simple, aucun. S'il on avait fait en sorte que la démence cyclothymique vienne de l'homme et non de la femme le film aurait il était féministe radical au point de rabaisser l'homme plus bas qu'il ne l'est déjà ? Pourtant avec un esprit un minimum ouvert, vous auriez pus nous parler de la beauté et de la poésie présente tout le long du long métrage. Le prologue émane d'une virtuosité à en couper le souffle, certes principalement due à l'Aria de Heangel mais aussi à l'absorption quasi direct dans la merveille de la scène érotique ou encore l'épilogue, peut être plus irrationnel, toujours accompagné par la même musique.


    Il est certes vrai que ce film peut être choquant, perturbant, les scènes érotiques, et disons le, pornographiques (au sens le plus beau du terme et non pas à la simple vulgarité) suivies par les passages de violences (encore une fois au sens le plus beau) toujours mélangeaient avec les scènes de pornographies (emmasculanisation, éjaculation sanglante, excision). Mais d'autres films avant celui ci n'ont ils choqués à la sortie en salle ? Orange Mécanique n'a t-il pas perturbé à sa sortie et pourtant n'est t-il pas devenu un film culte ? Les mœurs évoluent et les générations futures ne seront certainement pas ou moins choquer par Antichrist. Ce genre de réaction de la part de critiques a souvent été perçue lors d'une innovation.


    Ce film est également pour le moins stressant et effrayant par des images stroboscopiques (un peu comme dans l'Exorciste) et les cris qui se mêlent et virevoltent autour de vous dans la salle sont on ne peut plus stressants. C'est ce qu'il y a de puissant dans ce film, cette capacité à transformer des choses que l'on aurait pus voir comme particulièrement vulgaires, agressives et primitives en des choses particulièrement merveilleuses. Ce film ne plait à tout le monde certes, mais c'est un film qui fait parler de lui et une œuvre qui ne fait pas parler d'elle est une œuvre profondément ratée.

    steven.menet@hotmail.fr

  • Anonyme

    16/06/2009 à 18h21

    Répondre

    La jeune génération a l'air suffisamment blindée pour affronter de telles agressions (est-ce un bien, est-ce un mal..) mais la génération précédente non : cela explique peut-être son violent rejet au festival de Cannes.

    La jeune Charlotte Gainsbourg a avoué avoir fait ce film pour monter à sa mère que elle aussi etc etc..... mais la fin de la phrase laissait perplexe : elle y a peut-être laissé des plumes elle aussi?
    Jane Birkin n'était jamais allée aussi loin dans la provocation.

  • nazonfly

    17/06/2009 à 11h03

    Répondre

    Personnellement la performance de Charlotte Gainsbourg m'a laissé un peu sur ma faim, mais je suis souvent de mauvaise foi. J'ai trop souvent l'impression qu'il suffit d'avoir un rôle "fort", c'est-à-dire un rôle où la souffrance et/ou l'érotisme et/ou la folie sont présents, pour dire : wow c'était un grand rôle, etc...


    Je suis d'accord avec internautix : la violence d'Antichrist n'est pas franchement novatrice. En tout cas on est loin des films purement d'horreurs comme Hostel ou Martyrs. Je ne pense pas qu'il faille comparer Antichrist à Orange Mécanique notamment. Aujourd'hui d'autres réalisateurs sont allés plus loin que Von Trier dans la violence comme dans la pornographie. Ca m'étonnerait qu'il marque autant une génération que Orange Mécanique. A voir avec le temps, je peux me tromper.


    Par contre, je peux parfaitement comprendre les gens qui ont rigolé à la sortie d'Antichrist. Il fait partie de ces films qui jouent avec les limites et qui peuvent vite tomber dans la ridicule à force de trop vouloir mettre de l'intelligence.

  • hiddenplace

    17/06/2009 à 11h48

    Répondre

    Je sais, je viens encore comme un cheveu sur la soupe parce que je n'ai pas vu antichrist (et je ne pense pas aller le voir pour l'instant)


    En revanche le débat que vous avez, j'ai l'impression que je l'avais eu dans ma tête (je suis pas sûre que je l'avais eu avec d'autre gens^^) à la sortie de Dogville. Que je trouvais un peu trop acharné, voire parfois complètement gratuit. Lars Von Trier avait choisi de faire de ses protagonistes des martyrs dans les deux seuls films de lui que j'ai vus (Dogville donc, et Dancer in the dark, que j'ai vraiment aimé par contre) mais pour le coup, je ne comprenais pas l'enjeu dans Dogville. Pourtant dans la forme (minimalisme de décor et de personnages) je trouvais ça vraiment intéressant, mais l'idée, je n'ai pas suivi. (ou compris ?)


    Sinon je suis d'accord avec Naz sur le fait que c'est parfois un peu facile de parler de grand rôle ou de grand jeu d'acteur lorsque le rôle part dans la demesure (folie, pornographie, extrême souffrance etc) parce que l'acteur est obligé de sortir de son naturel et de composer (enfin j'imagine). Cela dit, y en a quand même qui font ça très bien... Bof peut-être que j'irai quand même regarder Antichrist un jour au moins pour Charlotte Gainsbourg, on verra bien...

  • hiddenplace

    17/06/2009 à 11h52

    Répondre

    Ah et sinon pour le fait que les femme en ch**** dans les films de Von
    Trier, j'imagine qu'elles sont mieux en martyrs et souffrant dignement
    (quoique ???) que passant pour des abruties inutiles ou faire-valoir
    comme chez Gus Van Sant^^

  • riffhifi

    26/06/2009 à 14h24

    Répondre

    31 votes, et pas un seul "bof". Naz, tu es sûr que tu ne veux pas revoir ta note ^^ ? Ou en mettre deux, en accord avec ton propos ?

  • nazonfly

    26/06/2009 à 14h42

    Répondre

    J'avais oublié la possibilité de mettre deux notes (mais le problème c'est qu'il n'y en a qu'une qui apparait).

  • Anonyme

    15/07/2009 à 17h19

    Répondre

    Un film très interessant bien que très troublant. Un travail sur l'image superbe, une intrigue étrange et passionnante. Ce film mérite d'être analysé et soulève des faces de l'être humain très noires mais qui nécessitent réflexion. Certes, la femme n'a pas le bon rôle mais est ce que la valeur du film est diminué à cause de cela ? Mais à notre époque, le bourgeois qui se cache derrière le cinéphile peut-il encore être choqué ?

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