6/10

année du dragon (L')

Michael Cimino tire une de ses dernières cartouches avec ce film un peu bâtard, qui tient autant du western urbain perverti que de la réflexion post-Vietnam. Le tout est nimbé de quelques relents du Parrain.

Merci à TCM et à l'agence Heaven pour leur très sympathique projection-débat de ce film

En 1985, Michael Cimino sort d'une traversée du désert de près de cinq ans, suite à l'échec commercial de La porte du Paradis. Adapté d'un livre à succès qui puise lui-même ses sources dans la réalité, L'année du dragon est l'occasion pour lui de se refaire une réputation ; pour le scénariste Oliver Stone, le film constitue une opportunité de se faire bien voir du producteur Dino de Laurentiis, qui pourrait se décider à produire son projet Platoon ; et pour le spectateur ? il reste un produit un peu bâtard, conçu à la fois pour satisfaire le public amateur des Parrain ou de Scarface, et pour permettre à Stone et Cimino de remettre sur la table leur marotte : les conséquences de la guerre du Vietnam. Bavard et complaisant, le film reste un modèle de construction et propose quelques éruptions de violence mémorables.

Mickey maousse
Mickey maousse
Stanley White (Mickey Rourke), flic new-yorkais de choc et vétéran du Vietnam, se voit affecté au quartier de Chinatown. Bien décidé à débarrasser les rues de la mainmise des triades, il va se livrer à une croisade implacable au cours de laquelle il prendra le risque de tout détruire dans sa propre vie...

A sa sortie, L'année du dragon fut mal reçu aux USA, où il fut taxé de racisme par certains critiques incapables de faire la distinction entre les agissements d'un personnage et le discours global d'un film (les mêmes qui traitèrent L'inspecteur Harry de raciste en 1971, et probablement les parents de ceux qui - on en rigole encore - décrétèrent en 1998 que Starship Troopers était un film fasciste). En Europe, les critiques se pâmèrent au contraire devant le soin apporté au scénario et à la réalisation de ce chemin de croix quasi-christique mené par un personnage brisé par la guerre.

L'architecture du récit ne fait aucun doute : tout élément y trouve son contrepoint symétrique ou parallèle, comme l'adversaire de Stanley qui irrite lui aussi ses condisciples par son arrogance et sa volonté de bousculer les institutions en place. Là où Stanley choque ses collègues en fricotant avec une journaliste chinoise, son adversaire se choisit comme bras droit un afro-américain qui ne passe pas inaperçu. Lorsqu'il quitte l'appartement où vit sa femme catholique traditionnaliste, il se retrouve avec sa maîtresse dans un loft ultramoderne qui surplombe la ville. Mais toute cette géométrie ne sert finalement qu'un seul but : Mickey est dingo
Mickey est dingo
confronter le personnage à son obsession absurde d'américaniser Chinatown à la dure, façon John Wayne (notez d'ailleurs la statuette de l'acteur à côté du lit de Mickey Rourke) alors que lui-même a du mal à nier son origine polonaise récente, qui le rend moins américain que les Chinois qu'il tente de « civiliser ». Cette leçon d'histoire et de morale, Cimino la dispense à travers plusieurs scènes méchamment bavardes, qu'il tente de se faire pardonner à l'aide de quelques morceaux de bravoure (la scène du restaurant, dont John Woo lui-même avoue s'être inspiré dans The killer - c'est le dragon qui se mord la queue !). Pourtant, hormis la dégaine "Bruce Willis avant l'heure" de Mickey Rourke, peu d'éléments provoquent une réelle excitation dans ce polar trop appliqué, trop besogneux, trop concentré sur son discours pour prendre le temps d'être une bonne tranche de cinéma. Mais les aficionados de Michael Cimino trouveront certainement cet avis hérétique...

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13 commentaires

  • SOPHY&

    19/06/2008 à 00h03

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    Pas du tout d'accord avec cette critique : il s'agit du dernier bon film de Michael Cimino et du dernier grand rôle de Mickey Rourke. Le réalisateur du chef d'oeuvre "voyage au bout de l'enfer" a mis en faillite un grand studio après l'échec des "portes du Paradis" et il n'a plus jamais eu les moyens de ses ambitions. Ce film reste néanmoins un très grand polar avec toujours en exergue le thème de l'immigration cher à cet immense cinéaste italo-américain.

  • riffhifi

    19/06/2008 à 00h13

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    Héhé, le dernier grand rôle de Mickey Rourke ; et Sin City alors ? Mais je savais que j'allais me faire tomber dessus ^^

  • SOPHY&

    19/06/2008 à 00h27

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    Mickey Rourke avait un charisme impressionnant ! Quel gâchis. C'est le seul acteur qui ne soit pas maquillé dans Sin City.

  • Anonyme

    19/06/2008 à 08h46

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    Euh si, et pas qu'un peu. C'est le moins maquillé, diront nous. ^^


    Sinon l'Année du Dragon c'est chouette. Mais je préfère le Canardeur. Voila.

  • Kei

    19/06/2008 à 08h47

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    Ah ben, en voulant voir sa tête j'ai découvert que y'a un Sin City 2 d'annoncé...

  • gyzmo

    19/06/2008 à 09h27

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    C'est quoi une dégaine de "Bruce Willis avant l'heure" ?


    A moins d'une blague, je ne vois pas trop le rapport entre les deux, en fait. En tout cas, ce n'est surement pas dans un tel film que Willis aurait été comme un poisson dans l'eau. Quoiqu'on en dise, par rapport à Rourke, Wiilis n'a pas assez de charisme. Il est trop guignol pour faire sérieux. Rourke est perfect. Il incarne au diapason THE flic de film noir, à la manière des grands acteurs (Bogarts, Lancaster, Ford...) de l'entre-deux guerres qui ont sévi dans le genre. Mais de la dégaine d'un Willis...


    D'autre part, je ne trouve pas le film "bavard". L'équilibre me semble tout à fait raisonnable. Rien à voir avec les passages "méchamment bavards" d'un Tarantino soporifique, par exemple. Tout simplement, Cimino ne se contente pas de nous gaver pendant 2 heures de violence gratuite. Ce n'est absolument pas son style (suffit de se renseigner un peu sur sa filmo^^). Il se permet de nous raconter une histoire, avec autant de dialogues que de moments forts. La mise en scène est prenante. Ca bouge pas mal. L'aménagement de plage tranquille est nécessaire pour reprendre son souffle et surtout s'attacher aux personnages, comprendre leur état d'âme. Y'a aussi un soupçon de romance loin de sentir la rose (c'est rare). C'est brut, anti-conformiste, plein de réflexions sur les méandres de l'immigration. Ah ouais, c'est pas un film à la John Woo ou à la Michael Mann, c'est sûr. Et heureusement. L'année du Dragon, c'est tout de même plus proche d'un classique du néo-noir que d'un petit polar sympa, je trouve.


     

  • riffhifi

    19/06/2008 à 09h53

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    Gyzmo aime bien ne pas être d'accord avec moi, mais d'habitude il me traite de salopard ^^


    Bruce Willis guignol, c'est quand même oublier L'armée des 12 singes, Sixième sens, Incassable...

  • riffhifi

    19/06/2008 à 09h53

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    ... et Sin city  !

  • gyzmo

    19/06/2008 à 19h05

    Répondre

    et les Die Hard aussi, non ?


    Comment veux tu que je sois d'accord avec toi ? Je n'arrive même pas à l'être avec moi-même par moment !!! Bon, pis oké pour les 12 Singes. Willis est pas mal dedans, disjoncté comme il faut, mais trop prévisible, pas subtil pour un sous... Et surtout pas au point pour endosser un rôle typé "film noir" (plein de nuances, quoi). Ce que Rourke fait très bien dans le Dragon. En fait, je comprends toujours pas le rapprochement opéré entre les deux acteurs (leur dégaine ou leur jeu, d'ailleurs)...

  • Anonyme

    20/06/2008 à 08h43

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    Physiquement parlant, les deux se ressemblent un peu. L'un à même piqué le demi-sourire de l'autre.

  • Anonyme

    20/06/2008 à 09h53

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    Super bien écrit !

  • Veterini

    20/06/2008 à 19h04

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    C'est vrai que Willis moyen le rapprochement, je verrais plus un rapport avec Nicholson dans Chinatown quoi. Après je dis peut-être des conneries, ça fait longtemps.


    Sinon, tous les films de Cimino (ou presque) déchire grave.(d'ailleurs après verif je viens de voir qu'il a un nouveau film qui sort pour l'année prochaine, alors que je pensais qu'il était mort !)

  • riffhifi

    20/06/2008 à 19h33

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    Le personnage se rapproche clairement plus de celui de Chinatown que de ceux de Willis. Mais je parlais juste de la tête et des mimiques


    Mais sinon oui, Cimino est "mort"

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