6.5/10

Anacondas : à la poursuite de l'orchidée de sang

Dans la jungle, terrible jungle...

Ah, Anaconda... Jennifer Lopez en mini-short, Danny Trejo, Jon Voight, Ice Cube, de l'eau, de la boue, un gros serpent en images de synthèse assez efficaces et au final un film d'aventure qui casse pas trois pattes à un canard mais malgré tout fort plaisant. A bien y réfléchir, un film où un anaconda bouffe un type pour le vomir à la scène suivante ne peut pas être mauvais. Et bien Anacondas : A la poursuite de l'Orchidée de Sang, que nous abrègeront Anacondas, avec un "s", est fait à peu de choses prêt du même moule. Comprenez que ça démarre au quart de tour, ça s'enfonce très profond dans les clichés du genre et on sort de la salle en pensant qu'il y a pire occupation pour combler une heure et demie.

En avant pour le prétexte. Une société pharmaceutique est sur le point de découvrir le médicament qui soigne tout, dont la principale base réside au sein d'une fleur qu'on ne trouve qu'à Bornéo, qui comble de tout ne germe que tout les sept ans et ce pendant deux semaines : l'orchidée de sang. Aussitôt dit aussitôt fait, une petite troupe composée d'étudiants et de scientifiques se rend en Indonésie pour cueillir des fleurs. Comme c'est la saison des pluies, que les indigènes sont des froussards et que ça commence à urger grave, l'équipe recrute en toute hâte le Han Solo local et son bateau pourri mais costaud ("Elle a une sale gueule, mais elle vous fait la totale") pour traverser le fleuve en cru. La croisière ne sera bien entendu pas de tout repos.

Vous venez de lire ce que je viens d'écrire ? Rassurez-vous, le reste ne fera pas plus dans l'originalité. Pourtant ils se sont quand même mis à quatre pour pondre le scénario. Anacondas saute à deux pieds dans les grandes lignes du film de jungle, immuables depuis 70 ans : la saison des pluies, l'attaque de crocodiles, le bruit qui fait super peur mais qui n'est en fait qu'un petit singe, le rafiot qui tombe en panne non loin d'une cascade, la tribu des Coupeurs de Têtes... Côté personnages, c'est aussi le festival : le médecin play-boy, l'affreux traître, la belle blonde (attention, T-Shirt mouillé Inside !) et le capitaine Johnson, vieux baroudeur, malabar tatoué qui tue des alligators aux corps à corps. Si je vous dit que c'est un ancien des Forces Spéciales écoeuré par ses propres actes, vous me croyez ? Et bien vous avez raison. Finissons en beauté avec Cole, le sempiternel rappeur noir qui balance pendant tout le film des phrases plus lamentables les unes que les autres. Le doubleur s'est éclaté, morceaux choisis :

- T'es une bête de meuf !!

- On va claquer d'un coup de chaud, j'ai le cul en acier trempé (??)

- Hé ! Le radeau a mis les voiles !

Sans oublier l'inénarrable :

- J'ai trop faim, je vendrais ma grand-mère pour un Tic Tac !

Je crois même avoir décelé un "Même pas en rêve cousin" qui ravira tout les nostalgiques de Taxi 3. A noter que les autres protagonistes ne récitent pas pour autant du Shakespeare : dans Anacondas, on privilégie l'humour viril et le sous-entendu sexuel et quand on le peut, on recase une réplique d'Aliens. Je ne pense rien vous apprendre d'extraordinaire en avouant qu'à la fin, les gentils gagnent et le traître meurt dans d'atroces souffrances.

Raconté comme cela, Anacondas a l'air complètement nul et il faut bien le dire, le film ne mérite pas l'Oscar. Pourtant, la sauce prend. Rien d'original, rien de nouveau, tout est prévisible jusqu'au générique de fin, mais c'est une machine bien huilée qui a la bonne idée de ne pas viser plus haut qu'elle ne peut. On prend vraiment du plaisir à suivre ces péripéties éventées, tellement même qu'on en viendrait à oublier que le film traite à la base de gros serpents. Là également, il est assez rigolo de se voir réciter l'alphabet du film du monstre : une attaque d'introduction plutôt tendue, puis plus rien pendant trois quarts d'heures (comblés avec d'autres exemples de faune locale), jusqu'à ce que la grosse bestiole ne pointe à nouveau le bout de ses écailles virtuelles. Spielberg nous ayant fait un film de requins sans requins, Dwight H. Little décide apparemment de nous faire un film de serpents sans serpents. Force est de constater qu'à ce niveau on n'y voit pas grand chose, quand ce n'est pas une caméra subjective qui prend bêtement le relais. Mais tout comme précédemment, la pilule passe et les attaques du monstre-titre s'avèrent assez jouissives, ce qui est la moindre des choses étant donné qu'elles sont assez rares. A quand un film de monstres avec des monstres dedans ? C'est un film qui se laisse regarder, voila bien tout ce qu'on peut en dire. Un divertissement honnête et ça s'arrête là. Pop-Corn Movie qui va au charbon plutôt que de se regarder le nombril, Anacondas pallie sa légion de défauts par son côté sympatoche et une once de second degré qui dans ce scénario balisé fait mouche, même si ça manque singulièrement de grosses bêtes et de charcuterie. Minimum syndical assuré, spectateur rassasié, après-midi expédié. Dans le même genre en plus fun, on aura vu largement mieux, comme Un Cri dans l'Océan par exemple, mais dans l'ensemble ça remplit sa fonction. A défaut d'un futur classique et en deçà du premier, une poilade automnale qui sans être mauvaise aurait toutefois pu être bien meilleure...

Je laisse la conclusion à Cole :

- Tout ce que je veux c'est tracer d'ici !!

Merci Cole.

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3 commentaires

  • sondern

    11/11/2004 à 13h44

    Répondre

    Il y a quelque chose dans ce film qui prouve tout de suite que c'est une série B produite par des américains ! Un petit détail qui a quand même son importance dont il ne faut pas erpétologue pour savoir : Il n'y a pas d'anancondas à Borneo, ni en Indonésie d'ailleurs !!
    L'anaconda ne vit qu'en Amazonie càd en Amérique du Sud. C'est le python, une espèce arboricole de très gros serpents qui vit en indonésie mais les droits sur cette bestiole était déjà pris par d'autres producteurs je suppose...

  • Lestat

    11/11/2004 à 13h51

    Répondre

    Merci de la précision

    Tu vois juste Sondern, dans le circruit Direct to Video on trouve effectivement des Pythons, des Boas et autres Cobras.

  • Electronic.Performer

    15/11/2004 à 10h02

    Répondre

    Moi aussi j'ai le droit de tourner ma série B de qualité ! et à bon entendeur, j'ai acheté les droits sur la couleuvre ! C'est toujours ça que les ricains n'auront pas pour nous polluer les salles de ciné !

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