6.5/10

ami de la famille (L')

Le nom et le visage qui attirent l'oeil sur l'affiche sont ceux de l'actrice Laura Chiatti, également à l'affiche cette semaine de A casa nostra, et consacrée révélation italienne du moment. Présenté en compétition au Festival de Cannes de l'an dernier, L'ami de la famille est le quatrième long métrage du réalisateur italien Paolo Sorrentino.

Geremia est usurier : il permet aux gens de réaliser immédiatement leurs rêves, en échange de 100% d'intérêt à terme, et d'une petite place dans leur vie. Il croit pouvoir cumuler son statut d'être humain avec celui d'homme d'affaire, jusqu'au jour où un de ses clients lui demande de financer le mariage de sa fille, dont le caractère s'avère bien trempé.

Disons-le tout net : Laura Chiatti n'est pas le centre d'intérêt du film. Elle peut se trémousser tant qu'elle veut, ce n'est pas la beauté toute lisse de la Belle que l'on retient, mais la laideur rugueuse de la Bête. Geremia (Giacomo Rizzo), avec son faciès simiesque, sa démarche de canard et son bras mystérieusement emplâtré, est un personnage fascinant à plus d'un titre.
Physiquement, c'est un pou, et il le sait : son rapport aux femmes est régi par une timidité et un respect surprenant lorsqu'on sait le pouvoir qu'il peut exercer ; mais il se plaît à répéter qu'il peut « les séduire par la parole », sans qu'on sache trop s'il y croit lui-même. Il a au moins cette certitude de ne pas être un Apollon. Moralement, la question le taraude visiblement plus : surnommé « Geremia Grand-Coeur », il semble convaincu d'agir avant tout pour le bien de ses clients. Et on n'est pas loin de le croire : après tout, il vit lui-même dans le dépouillement le plus complet, se nourrissant des chocolats gratuits qu'il prélève au bistrot du coin, et s'occupant avec dévotion de sa vieille mère malade ; il prête parfois de larges sommes à ses clients avant même d'avoir vérifié leurs garanties. Et il se laisse aller à croire qu'il devient l'ami de ses clients, avec qui il lui arrive de passer de bonnes soirées de discussions émaillées de citations du Reader's Digest. Mais que se passe-t-il lorsqu'on ne le paie pas ? Pas de pitié en affaire, il viendra frapper à votre porte flanqué de deux gorilles pour faire comprendre qu'on ne rigole pas avec ses choses-là.
Alors, ami ou usurier ? Peut-il concilier les deux ? Et s'il considère que tous ces amis achetés ne sont que des clients, le petit bonhomme est-il vraiment seul au monde ?


DR.
C'est un portrait véritablement touchant qui est offert là, sans verser dans l'apitoiement (Geremia est un individu assez ignoble, l'empathie que l'on ressent est teintée de dégoût). L'histoire n'a finalement que peu d'intérêt, elle n'est d'ailleurs développée que dans les vingt dernières minutes ; Laura Chiatti ne fait figure que de catalyseur dans l'histoire de cet homme tiraillé entre ce qu'il croit être et ce qu'il croit devoir faire. Le rythme est souvent lent, traversé d'images intéressantes et porté par une musique envoûtante qui navigue pourtant dangereusement du classique à l'électro ; le cocktail est surprenant mais plutôt efficace.
Alors pourquoi cette légère insatisfaction, ce goût d'inachevé à la sortie du cinéma ? Sans doute le portrait aurait-il gagné à être entouré de plus de décorum, plus d'intrigue, plus de personnages secondaires solides. Tel quel, le film est beau et possède un ton assez original, mais reste trop lent et un peu sec.

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