5.5/10

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

Peintures croisées de couples à la dérives, Vous allez rencontrer (etc.) est une livraison typiquement allénienne, option "pas trop d'humour". Les quelques étincelles allumées par le très beau casting rendent d'autant plus rageante la paresse de l'écriture.

Déjà le nouveau Woody Allen ?! Mais le précédent était... ah oui tiens, le précédent était l'an dernier. Donc celui-ci se passe à Paris avec Carla Bruni, c'est ça ? Ah non, Midnight in Paris c'est l'an prochain. Là on est à Londres, comme dans Match Point et Scoop, après avoir été en Espagne dans Vicky Cristina Barcelona et à New York dans Whatever Works. Il voyage, le Woody. Et il s'est forgé une telle réputation qu'il lui suffit de décrocher son téléphone pour réunir un casting de folie. « Allô Antonio ? Oui, je fais un film avec Naomi, tu veux venir ? Il y aura Anthony, je sais que vous avez fait Zorro ensemble, mais là vous n'avez pas
de scène commune. J'ai invité Josh aussi, parce que ça va le reposer un peu entre
Jonah Hex et Men in Black 3, et puis deux petites nanas sexys qui commencent à être connues. » La plupart tournent pour la première fois avec Woody, et n'ont probablement pas lu le scénario avant d'accepter. Non pas que ce dernier soit spécialement mauvais, mais il est difficile d'y voir autre chose qu'une molle resucée de Maris et femmes, qui était déjà il y a dix-huit ans un "Woody Allen standard".

Alfie (Anthony Hopkins) est saisi du démon de 20h30 : il quitte sa femme Helena (Gemma Jones) pour mener une vie de jeune homme à l'aide de ses amis Barclays et Viagra ; leur fille Sally (Naomi Watts) voit son mariage battre de l'aile aussi : elle est attirée par son patron Greg Clemente (Antonio Banderas), et agacée que son mari Roy (Josh Brolin) se complaise dans son statut d'ex-futur espoir du monde littéraire. Les deux couples deviennent progressivement quatre, à mesure que chacun se demande si l'herbe est vraiment plus verte ailleurs.

Dans l'océan de thèmes alléniens typiques (l'angoisse existentielle, l'attirance amusée pour le surnaturel), on peine à distinguer les nouveautés. Il y en a pourtant : le croûton apparié avec une bimbo, par exemple, n'en tire cette fois qu'un plaisir bien amer, et le rire ne vient que parcimonieusement à la rescousse des protagonistes. Le film parvient cependant à garder un ton léger, malgré son triste postulat : les personnages basculent (presque ?) tous d'une relation fanée à
une aventure improbable, sans lendemain et/ou complètement artificielle. A défaut d'idées narratives ou de gags, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (deuxième titre le plus long de Woody Allen, après Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe * sans jamais oser le demander) finit par laisser éclore quelques belles scènes de colère et de tristesse, quelques lueurs de passion entre deux trop petits sourires. Ce qui rappelle bien que le cinéaste sait donner vie à ses personnages, sait choisir ses acteurs et leur donner un cadre d'expression et de liberté dans ses fameux plans-séquences... même s'il brade finalement son film en laissant trois intrigues en plan sans autre forme de procès. Un constat final assez frustrant, qui n'empêche pas d'espérer une nouvelle fois que le prochain Woody relèvera la barre. A Paris, avec Carla Bruni ? Oui, ainsi que Rachel McAdams, Marion Cotillard, Adrien Brody, Michael Sheen, Owen Wilson et Kathy Bates. Personne ne dit non à Woody.

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1 commentaires

  • gyzmo

    08/10/2010 à 17h41

    Répondre

    L'affiche est superbe. Le casting, également. La mise en scène, sans inventivité aucune. L'histoire, très banale. Je vais pas dire que je me suis ennuyé. J'aime bien le Woody torturé de cette trempe. Mais il faut reconnaître qu'à force de sortir un film par an, le monsieur commence à tourner en rond. Pourtant, cette croisade du Sombre Inconnu ne manque pas de charme. Et les crises existentielles générées tiennent suffisamment en haleine pour s'intéresser au devenir de cette clique de personnages en perdition. Les acteurs ont tout de même fait du bon boulot. C'était pas gagné !

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