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Alita: Battle Angel, Gunnm à Hollywood

Une adaptation en prise de vue réelles d'un manga culte, c'est le défi réalisé par Robert Rodriguez. Défi réalisé avec brio ou non ? Vous le saurez en lisant la suite !

Que se passe-t-il dans le monde du cinéma ? Voilà que, coup sur coup, deux adaptations de manga surgissent sur grand écran : Nicky Larson un film français réalisé par Philippe « La bande à Fifi » Lacheau qui joue pleinement sur la nostalgie des gamins des années 90 et Alita: Battle Angel basé sur un manga et un animé un peu plus confidentiels et réalisé par Robert Rodriguez (Machete, Planète terreur, la trilogie El mariachi). La bande annonce du premier donnant à peu près autant envie que tous les films comiques français, nous avons dirigé nos pas vers le deuxième. Il faut aussi dire que Gunnm, le manga à l'origine de Alita, a été adapté en animé dans les années 90 et que j'avais à l'époque adoré l'adaptation. Bref. Synopsis.

En 2563, la cité volante de Zalem, la seule rescapée de l'Effondrement survenue 300 ans plus tôt, décharge ses déchets sur la plèbe d'Iron City, une ville rouillée, surpeuplée dont la survie dépend essentiellement de ses liens distants avec la cité volante. Alors qu'il est en train de chercher des pièces de rechange pour les cyborgs qu'il répare, le docteur Ido déniche le torse et la tête d'une mystérieuse androïde amnésique qu'il va renommer Alita, du nom de sa défunte fille. Dans un monde violent où les chasseurs de prime remplacent une police aux abonnés absents, où l'on tue pour quelques pièces détachées et où le peuple se passionne pour le Motorball, un jeu brutal dont les participants sont aussi parfois des hors-la-loi, Alita va tenter de concilier la recherche de son identité avec ses sentiments naissant envers Hugo (prononcer Yougo), un récupérateur dont le rêve est de vivre à Zalem.


DR. Alita découvre son nouveau corps

Le propos principal d'Alita pourrait reposer principalement sur l'antagonisme entre cette Zalem, entre-soi de gens qu'on imagine fortunés, et Iron City, la ville pauvre vivant sur les déchets, un antagonisme qu'on retrouve souvent dans les œuvres de science-fiction (Elysium), de fiction (La zona) ou, tout simplement… dans la réalité. Robert Rodriguez et les scénaristes de cette adaptation, à savoir Laeta Kalogridis (Alexandre, Shutter island ou Avatar) et James Cameron lui-même, semblent cependant avoir évacué assez rapidement cet aspect qui, pourtant, était important dans le manga comme dans l'animé : dans le film, Zalem est là, immuable et sans aucun lien réel avec Iron City. Même le tas d'ordures rejetées par la ville flottante a été diminué par rapport au manga original, ce qui semble clairement dire que la question sociale n'est pas réellement primordiale ici. De la même façon, l'histoire de Hugo est largement édulcorée (passée à la moulinette hollywoodienne?) par rapport au matériau original pour ne rester qu'au rang de petite historiette d'amour.

Alita: Battle Angel semble, en réalité, se concentrer sur le personnage éponyme qui tente de retrouver la mémoire avec bien peu de résultat jusqu'à ce qu'elle commence à se battre. On sent bien que le réalisateur a voulu montrer les relations père/fille entre Ido et Alita ou la relation amoureuse naissante entre Hugo et Alita, tout en ménageant de purs moments de baston jouissive. Las, les relations amoureuses/familiales sont expédiées un peu trop vite pour qu'on s'y intéresse vraiment malgré quelques passages plutôt réussis (la dernière scène entre Hugo et Alita, copiée-collée de l'anime). Et le film ne répond même pas franchement à la question la plus importante : d'où vient réellement Alita ? Qui est-elle ? La fin annonçant de façon quasiment certaine une suite, peut-être auront-on la réponse dans un prochain opus ?


DR. Qui es-tu Alita ?

En réalité, ce qui est un peu gênant avec Alita: Battle Angel, c'est qu'on se plaît rapidement à imaginer ce que le film aurait pu être plus que ce qu'il est réellement, à savoir un bon film d'action. Visuellement déjà il est magnifique et l'on ne peut qu'admirer le boulot sur la très chicanos Iron City ou sur les différents cyborgs que l'on peut croiser. Il faut aussi saluer le culot ou la folie du réalisateur de conserver les immenses yeux « manga » d'Alita : personnellement je n'ai pas véritablement apprécié mais il est indéniable que ce parti pris donne une personnalité et une apparence inoubliables à Alita. Et n'oublions pas de mentionner le rôle étonnant de Christoph Waltz qui se fond à merveille dans le rôle d'Ido : on se demande même qui aurait pu assumer avec autant de brio (ne serait-ce que physiquement!) le personnage. Et l'idée vraiment casse-gueule d'adapter un manga en prise de vue réelles, c'est-à-dire avec des acteurs en chair et en ose, se révèle finalement plutôt sympathique, grâce évidemment à l'évolution des techniques numériques qui permettent à peu près n'importe quoi maintenant.

Au final, que penser d'Alita: Battle Angel ? Certainement que, pour qui ne connaît pas le matériau original, le film amène un monde intéressant avec cette cité volante qui déverse ses ordures sur la plèbe. Certainement aussi que le personnage d'Alita, savant mélange de mystère, d'enfance et de badasserie féminine, est diablement attachant. Certainement que le film est prenant du début à la fin et nous entraîne, sans coup férir, à la suite d'Alita dans son monde de baston et de Motorball. Certainement enfin qu'on aurait aimé qu'il prenne peut-être moins le parti du film à grand spectacle mais plus de l'introspection, de la poésie et de la réflexion mais c'est sans doute trop demander !

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

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