4/10

Alien : la résurrection

Le réalisateur français s'exporte difficilement à l'étranger. Alien resurrection, avec Jean-Pierre Jeunet à la baguette, en est une preuve.

Cocorico ! C'est un Français qui se voit confier le dernier opus de la Saga Alien, Jean-Pierre Jeunet. Ses précédents films, La cité des enfants perdus et surtout Delicatessen, ont été remarqués outre-Atlantique et il remplace Danny Boyle initialement présenté pour ce quatrième numéro. On se demande d'ailleurs comment le réalisateur français parviendra à imprimer sa touche à l'univers déjà bien fourni d'Alien.

Deux cents ans plus tard

Grrrr Grrrr, Sigourney Weaver en mode actor studio
Grrrr Grrrr,
Sigourney Weaver en mode actor's studio
Reprenons tout d'abord la chronologie des précédents épisodes. L'équipage du Nostromo découvre Alien, le huitième passager sur la planète LV-426 en 2122. Ripley dérive en vaisseau de secours pendant 57 ans et est donc rapatriée sur la station spatiale en 2179 avant de se frotter une nouvelle fois aux Aliens. Quasiment dans la foulée, elle s'échoue sur la planète Fiorina 161 (Alien3). Ce quatrième Alien baptisé Alien: resurrection (Alien la résurrection chez nous) se déroule 200 ans après Alien3. Les principaux personnages de ce nouvel opus sont cinq contrebandiers de l'espace qui débarquent sur un vaisseau avec un chargement secret très important. Le spectateur découvre, dans le même temps, que le vaisseau détient plusieurs spécimens d'Aliens. Evidemment ceux-ci vont rapidement s'enfuir et terroriser l'équipage.

Le crawl de l'Alien

Il a pas un peu grossi Alain Bernard ?
Il a pas un peu grossi Alain Bernard ?
Même si Alien resurrection est réalisé par un magicien du cinéma à l'univers marqué, on peine à reconnaître la patte de Jean-Pierre Jeunet dans ce film, sans doute le moins personnel. Dans Delicatessen comme dans La cité des enfants perdus, et plus tard dans Le fabuleux destin d'Amélie Poulain, les personnages sont la substance du film, ils donnent forme à un monde désuet et véhiculent souvent une pincée de poésie ou de merveilleux. Dans Alien resurrection, les différents personnages sont caricaturaux au possible. On retrouve ainsi deux des acteurs fétiches du Français, Dominique Pinon et Ron Perlman, le premier joue un handicapé mécanicien de génie très énervant avec son accent français assez affreux, le deuxième n'est qu'une brute épaisse, une montagne de muscles tout juste bonne à flinguer ce qui bouge et à faire des blagues salaces. On les a connu franchement mieux utilisés par Jeunet. La patte du réalisateur ne semble se montrer finalement que dans les scènes aquatiques, une nouveauté dans l'univers d'Alien qui semble, au contraire, trouver sa source dans les précédents films de Jeunet.

L'Alien est un homme comme les autres

Oh myyyy love, myyyyy darling
Oh myyyy love, myyyyy darling
Encore une fois la nouveauté et l'intérêt du film (vraiment minime) résident dans l'évolution des Aliens. De l'Alien inquiétant et oppresseur du premier film, de l'Alien symbole de maternité du deuxième, de l'Alien animal du troisième, on passe ici à un Alien terriblement humain, dévoilant une intelligence réelle. Dans une scène marquante, des Aliens s'enfuient de leur prison en faisant preuve d'une ingéniosité certaine, tout en conservant une sauvagerie propre. Ce côté humain et violent atteint son summum dans une dernière scène où le ridicule se mêle à l'amour et à la haine. En parallèle de cette évolution, le personnage de Ripley change lui aussi du tout au tout. On la découvre ainsi cynique et désabusée, revenue de tout, loin de la survivante du premier numéro. Ripley est, de cette façon, la seule qui tire vraiment son épingle du jeu dans ce dernier épisode en date, le seul personnage qui reste intéressant.

Après la fin christique de Alien3 qui semblait annoncer la fin de la Saga, c'est vraiment une résurrection qui s'opère dans Alien resurrection, celle de Aliens, un film sous-intraveineuse de testostérone où le nombre de punchlines et d'armes est inversement proportionnel à la qualité du film. Les Aliens se multiplient tandis que le spectateur baille empreint d'un ennui profond. Pourtant on pouvait attendre beaucoup de la rencontre de deux univers aussi différents que celui d'Alien et celui de Jeunet qui aime à donner un côté humain à ses « monstres ». Force est de constater que le réalisateur français se fait bouffer par l'extraterrestre. A notre plus grande tristesse.

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Esther

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

10 commentaires

  • Wax

    23/01/2010 à 17h17

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    Pas un mot sur la beauté de la photo? La relation Ripley-Alien qui va pas mal loin dans le malsain? En appeler à l'accent français de Dominique Pinon (franchement pas très prononcé...) comme argument c'est quand même pas très joli...

  • hiddenplace

    23/01/2010 à 17h38

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    Kôôôa ? tu as mis 6,5 à Aliens  et tu mets 4 à Alien Resurrection ?


    Tout pareil que Wax, je suis surprise que tu ne retrouves pas la patte de Jeunet, moi je l'ai vue plutôt clairement (et l'ai trouvée fort jolie !) mais bon, il n'allait pas mettre un filtre jauni ou vert sur la franchise Alien, quand même^^


    Quand tu dis :


    En pa­ral­lèle de cette évo­lu­tion, le per­son­nage de Ri­pley change lui aussi du tout au tout.


     je ne suis pas d'accord non plus : Ripley ne change pas, ce n'est tout simplement pas la même personne (quoiqu'étrangement elle semble avoir des souvenirs, notamment de Newt... en effet petite incohérence ?) Je trouve aussi très intéressant que Ripley ne soit pas tout le personnage que l'on avait abandonné, que ce soit le croisement d'un être humain et d'un alien, qu'elle soit ambivalente, ambigüe.Contente aussi qu'il y ait un lien si fort (amour?) entre elle et les bestioles, ça avait été abordé dans le 3, mais ici c'est vraiment le sujet de fond.


    Effectivement, je comprends qu'on puisse être déçu de ne pas retrouver le "vrai" esprit d'Alien (si on considère que l'authentique est celui du premier), notamment avec ce côté décalage et second degré qui règne... mais en tout cas, celui-ci est quand même sensiblement plus subtil que celui de Aliens(2), même si on retrouve un peu plus de bourrinage aussi, contrairement à Alien3 (qui est aussi très très bien) Oui, le 3 était vraiment vraiment réussi, et fidèle au premier, mais je trouve que Alien Resurrection s'en sort plutôt bien en tant qu'entité, tout en étant approprié par Jeunet... Et j'aime bien Wynona Ryder et son personnage sinon. (même si certains la trouveront anecdotique, ou peut-être trop proche de Bishop ?)


     

  • nazonfly

    23/01/2010 à 18h32

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    Malheureusement non je n'ai pas retrouvé la patte de Jeunet, pas retrouvé de poésie. J'ai juste vu un film bourrin, tentant d'être drôle sans y arriver.


    Ce n'est pas que je n'ai pas retrouvé le "vrai" esprit d'Alien. Après tout si le premier est le vrai Alien, l'esprit n'est que dans le premier film. Je me suis ennuyé du début à la fin (et je n'étais pas seul à m'ennuyer).

  • riffhifi

    23/01/2010 à 18h59

    Répondre

    En appeler à l'accent français de Dominique Pinon


    Personnellement je trouve que Pinon a un accent même quand il parle français. Une sorte d'accent français.


    Et Alien résurrection est un plaisir pour moi à chaque vision, malgré un côté clairement "pop-corn" par rapport aux trois autres. Et franchement, Dominique Pinon, Ron Perlman, Dan Hedaya, Brad Dourif... quel casting !

  • Lestat

    23/01/2010 à 19h21

    Répondre

    J'ai toujours eu une certaine tendresse pour Alien Resurection. Jeunet réussit, déjà, à faire un film formellement joli avec un scénario improbable et en plus il y a des aliens qui nagent, Sigourney Weaver qui grogne et marque des trois-points, Winona Ryder qui dévoile son anatomie (...) et Ron Pearlman en pirate de l'espace. Je ne comprend pas ce qu'il faut de plus.

  • gyzmo

    23/01/2010 à 20h29

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    Moi je comprends la note de Nazgul (je n'ai pas lu la critique par contre^^). Je considère cet opus aussi éloigné de l'esprit Alien - du moins de ce que j'en attends, que celui du trop bourrin Cameron. Cela dit, de la poésie dans cet Alien, il y en a beaucoup plus qu'aucun autre de la saga, je trouve. En vrac : la naissance de Ripley, sa découverte des numéros précédents, son "accouplement" avec la Reine... Esthétiquement, Résurection est également très beau. Mais ça suinte trop Jeunet. Dans les moindres recoins. Perso, je ne suis pas très fan de son ciné ultra léché, trop parfait, trop travaillée. Puis bon, son humour... J'adhère pas du tout. Surtout sur un Alien.  Ca change trop des versions de Scott et Fincher (mes préférés, dans leurs versions longues), lesquels avaient réussi à construire de belles ambiances flippantes où l'Alien n'était pas de la chair à saucisses doté d'un QI de moule.


     


    Autrement, l'Alien accouché de Jeune, visuellement, je l'ai toujours trouvé ridicule (pourquoi ce riquiqui nez en trompette bon sang ???). Par contre, le final de la version Quadrilogie est vachement plus intéressant que celle utilisée pour la version ciné.

  • hiddenplace

    23/01/2010 à 20h35

    Répondre

    (pourquoi ce riquiqui nez en trompette bon sang ???)


     Ah oui, ça par contre, je comprends pas [img]http://www.krinein.com/forum/images/smilies/bwehe.gif"%20border="0[/img]


    Sinon, tu parles d'Aliens de Cameron quand tu parles de "l'Alien n'était pas de la chair à saucisses doté d'un QI de moule", n'est-ce pas ? parce que les aliens de Resurrection sont quand même assez intelligents, voire mesquins... à l'image d'un être humain (cf la scène dont parle Naz, pour l'évasion de la prison)


     

  • nazonfly

    23/01/2010 à 21h08

    Répondre

    L'Alien de Fincher est quand même assez bestial et pas fondamentalement intelligent. Et ceux de Jeunet sont les plus intelligents de tous. Il faut dire que l'Alien de Fincher venait d'une vache (ou d'un chien selon les versions) tandis que celui de Jeunet est clairement humain.


    Par contre, je ne trouve pas l'Alien de Jeunet aussi beau, surtout peu de temps après avoir revu Delicatessen et La cité des enfants perdus. Certes il est plus beau que Aliens, mais par rapport à ce qu'on pouvait attendre de Jeunet, c'est une déception. Et ce ne sont pas les vilains Aliens qui nagent qui sauvent le film (et pis j'aime pas l'eau d'abord).


    D'ailleurs pour revenir à Aliens, ce qui sauve le film, c'est bien qu'il est très utile à la mythologie alien en poussant le parallèle évolution de l'Alien-naissance et maternité. Sinon je vous concède qu'il n'est pas supérieur au numéro 4 (ah si, je ne l'avais pas noté dans ma critique mais l'Aliens de Cameron semble avoir influencé largement le monde du jeu vidéo. Comme par exemple Half Life).

  • gyzmo

    23/01/2010 à 22h42

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    Le QI de moule était effectivement pour les Aliens de Cameron. Et la non ambiance flippante, pour Jeunet, on va dire. Concernant la mythologie des Aliens vu par Cameron,il y a une invention de sa part (au sujet de la reine pondeuse). Car il me semble que dans l'idée originale (et franchement plus glauque) de Giger, les "oeufs" ne sont pas le fait d'une mère pondeuse, mais plutôt de la longue décomposition-transformation des victimes du Huitième Passager. Le Director's Cut de Scott contient d'ailleurs un embruon de référence à cette idée.


    Et je trouve pas les aliens de Fincher ou Scott plus bestiaux. Ils sont plutôt fourbes et excellents chasseurs solitaires. Ce qui n'est pas le cas des Aliens de Jim (ouais, Iron Jim a réellement cassé le mythe pour ma part, désolé pour l'acharnement).

  • Anonyme

    29/01/2010 à 03h00

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    Moi j'aime les 4 !!!!! j'aime leurs défauts et leurs qualités, ce qui forme la quadrilogie Alien. CElui de Cameron séloigne certes du sujet mais apporte un oeil différent à l'approche que l'on pourrait avoir face à des bestioles pareil ( finalement c'est très humain de tirer sur tout ce qui bouge non ? ). Je trouve aussi que la note de 4/10 pour celui de jeunet est un peu sévère car je lui trouve plus de qualités que de défauts ( casting, photographie, univers, personnalité des aliens, passage dans l'eau, le premier quart d'heure, le générique ultra glauque ...) 

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