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Alexandre

L'empire des non-sens

Baz Luhrmann en avait le projet, pensant se louer les services d'un DiCaprio peut-être mal adapté au rôle et d'une Nicole Kidman toujours aussi glamour après toutes ces années, mais c'est finalement Oliver Stone qui concrétisa. Mal lui en prit, puisque d'un budget de 150 millions de dollars, le film n'en récolta pas plus de 40 aux Etats-Unis. Inutile d'espérer que l'exportation comblera le déficit, et ça peut se comprendre. Cet Alexandre a peut-être été grand en réel, la taille n'est pas vraiment évidente en fiction...

Quarante années après la mort d'Alexandre (Colin Farrell) dit le Grand, Ptolémée (Anthony Hopkins), un de ses vaillants sujets, raconte la légende du Macédonien qui s'appropria le plus grand empire de tous les temps, et qui mourut dans des circonstances mystérieuses au cours de sa trente-troisième année...

« Rien à cirer des petits scrupules de réalisateur frileux ! Moi, Oliver Stone, je filmerai toute la vérité, rien que la vérité, sur Alexandre le Grand ! » Dès les dix premières minutes, les élans authentiques du Troie de Petersen prennent un petit coup dans l'aile : Patrocle est annoncé comme l'amant homosexuel d'Achille, petit détail qui nous aurait franchement amusé, nous les mecs, de voir associé à Brad Pitt. Colin Farrell, lui, n'y coupera pas. Son pote d'enfance, Héphaïstion, se révèle vite comme le petit amant qui n'a d'yeux que pour le fils du roi, et qui lui rend bien. Pourquoi j'en fais toute une histoire ? Parce qu'Oliver Stone en fait toute une histoire ! Ce n'est pas le périple d'Alexandre, ses conquêtes, son prétendu génie militaire qui sera mis en avant, mais bien sa lutte contre ses propres chimères, et ses démêlés pseudo-sentimentaux. Homo, hétéro, pas d'importance ou peu s'en faut, mais il y avait tant d'autres choses à raconter sur l'Alexandre des légendes qu'on se demande comment ce film peut-il tenir debout avec si peu. L'homme est tout de même parti de Macédoine pour finir en Inde, en passant par la Perse, l'Himalaya, la Phénicie, et une très grande partie de l'Asie. Dénichez une carte de son empire, vous serez étonnés de constater que le bonhomme possédait presque deux continents. Et ne comptez pas sur le film pour vous en montrer l'étendue ou la conquête épées aux poings. La bataille de Gaugamèles, et une autre contre une tribu d'hindous montés sur des éléphants très vindicatifs, voilà les deux seules rixes qui alimenteront les croisades d'Alexandre, sans pour autant mettre en avant les supposées ingénieuses stratégies du conquérant qui lui permirent d'obtenir sa série de victoires incontestées. A la place, un petit remous de folie et de témérité qui collent nettement plus à la vision que l'on pouvait avoir d'Alexandre, ou à celle qu'on espérait voir. Pas trop mal dirigées, mais bien inférieures aux références du genre, les deux batailles constituent sans aucun doutes les deux gros piques d'intérêt du film. En casting, on côtoie le bon et le mauvais. Chose rare lorsqu'il s'agit pour moi d'apprécier le jeu d'Angelina Jolie, traumatisé par Tomb Raider, j'avoue avoir été étonné par l'alchimie presque palpable de la concomitance des sentiments d'Olympias, mère d'Alexandre, qui livre sans contestation le personnage le plus vraisemblable et le plus intéressant de "l'épopée". Un peu plus en retrait, et dans le registre plus facile du père indigne soulard et ravagé par le temps, Val Kilmer se montre juste et correct, en tout cas bien davantage que la tête d'Irlandais choisie pour le rôle principal. Colin Farrell, coiffé d'une perruque emmêlée de Claude François, ronchonne et grimace avec l'inspiration des mauvais jours, oubliant au passage de donner charisme et crédibilité à un personnage mythique qui méritait peut-être mieux.

Amis historiens, amis des spectacles spectaculaires, et amis des grandes figures charismatiques, passez votre chemin ! Oliver Stone, visiblement pas très volontaire pour suivre les traces laissées par Troie, choisit l'angle difficilement acceptable pour approcher cet emblème mythique du nom d'Alexandre le Grand. Le réalisateur tente ici et là quelques effets de style, concentrés sur la fin, pas très bienvenus au regard d'un ensemble visuellement plutôt convaincant, mais cruellement vide.

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11 commentaires

  • Oni-combi

    06/01/2005 à 20h15

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    Je vais voir le film demain.

    Au vu de ta critique, tu n'a pas aimé l'angle d'attaque du realisateur. L'histoire se concentrerai sur la vie "privé" d'un Alexandre plutot qu'a son epopée politico-militaire.
    Je trouve cela plutot culoté, reste a voir comment c'est traité.

    Je suis à la fac d'histoire et mon programme en ancienne s'arrete a Philippe II de Macedoine...Je me suis donc un peut renseigné sur Alexandre.

    Je t'avais dis Nicolas sur le chan, qu'Alexandre n'avait pas ete jusqu'en Egypte. Honte a moi. Alexandrie est son oeuvre. Ainsi que 20 autre cités eparpillé entre l'egypte, l'indu et l'Asie. Je pensais pas qu'en 10 ans, un tel territoire puisse etre conquis.
    J'ai pu voir qu'il existait deux "faces" à Alexandre. La legende lié au historien du XIX siecle qui ont crée un Alexandre romantique. Et les historiens qui ont largement nuancé se coté.
    Je pense que c'est la premiere option qui a été choisi dans le film.

    Me reste plus qu'a le voir.

  • Oni-combi

    08/01/2005 à 18h04

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    Bon, le film n'est pas si mauvais que cela.

    On nous decrit le "mythe" Alexandre, mais celui ci est par ailleurs justifié, par le faite que son histoire nous est conté par l'intermediaire de Ptolemé. Un Grec donc qui mystifie sa personnalité. Un de ses amis qui lui donne un statut eternel en le glorifiant comme un heros, pour que son reve se realise: qu'il devienne un mythe vivant comme il le souhaitai.
    Donc nous ne sommes pas devant une histoire "objective", mais clairement tourné vers le mythe.
    Ses discours sur l'egalité et bien d'autres evenements sont surement enveloppés de l'idée de magnifié Alexandre.


    Autre point: les batailles sont terriblement bien filmé. Et historiquement bien representé (le sacrifice en debut de bataille, les phalanges...). L'univers parait credible (a par peut etre la monumentale Babylone).
    Mais un point negatif: la deuxieme bataille arrive un peut comme un cheveux sur la soupe. On ne cerne pas trop le pourquoi de la bataille contre les elephants.

    Pour ce qu'il est de Colin Farrel, bien qu'il surjoue certaines scenes, et que sa coiffure est digne de notre cloclo national, j'ai trouvé que dans l'ensemble, il se pretait bien au jeu.
    D'ailleurs celui ci nous semble fragile, pur, mais on ne peut arreter de penser que sous cette apparence se cache une bete sauvage, agressive et orgueilleuse. ( Que ptolemé essaye de nuancé mais qu'on s'imagine fort bien durant la bataille aux elephants, mais aussi lorsqu'il tue un de ses generaux).

    Donc le film se regarde. Avec une valeur historique qui est loin d'etre nul mais qui manque d'epaisseur (Les histoires bi d'Alexandre endorme un peut). Trop grand public peut etre.

    (critique brouillonne, mais flemme d'organisé mes idées)

  • Migou

    05/02/2005 à 17h30

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    J'ai bcp apprécier la pluspart des films d'Olivier Stone (Platoon et Né un 4 juillet sont des petits chef d'oeuvres, Les Doors pasionnant, Nixon très bon, JFK très bien construit et Tueurs nés superbement dérangeant)
    Un film comme Alexandre relevait du défi mais au moins traité par Stone on devrait obtenir autre chose que le décevant TROIE.

    Et bien non ! Appelons un chat un chat Alexandre est une DAUBE !
    Le film est verbeux à la nausée (et blablabla et blablabla quel ennnui ! )L'aspect historique traité à la va vite et par le petit bout de la lorgnette, Les sentiments prétés aux protagonistes sont à la limite du caricatural (sans compter le jeux pitoyable des acteurs et principalement de l'interprete d'Alexandre qui ne donne aucune once de crédibilité au personnage).
    Pour ce qui est du traitement de l'homosexualité cela confine au ridicule : plaqué des "sentiments" (sic) de type "Amour, gloire et beauté" pour prétendre que l'on affronte les tabous est de fait une insulte à la communauté homosexuelle.

    Le seul mérite du film vient d'Angelina Jolie qui prouve ici qu'elle est une actrice à part entière qui mérite d'autres rôles que ceux de poufiasse écervelé dans lesquels elle est habituellement cantonée



    En clair TROIE fait figure de chef d'oeuvre comparé a ALEXANDRE

  • nazonfly

    29/08/2005 à 15h50

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    Oliver Stone est un des réalisateurs les plus côtés d'Hollywood et Tueurs Nés (le seul film que j'ai vu de lui) fait partie de mes petits préférés.
    Surfant allégrement sur la vague de reconstitutions historiques plus ou moins vraisemblables (Troie, Kingdom of heaven, Gladiator et consorts), Oliver Stone décide de sortir son Alexandre qu'il a forcément envie d'adapter depuis qu'il est tout petit... Dans les critiques de cinéma, on avait fort à lire avec un Oliver Stone qui aborde l'homosexualité de Alexandre. Peut-être voulait-il faire un film choquant, dérangeant, qui allait faire avancer la reconnaissance de l'homosexualité aux Etats Unis???
    Que de grandes volontés qui sont de piètres excuses pour faire un film de daube...
    Dès le générique (et rien que celà c'est extraordinaire), on s'embête!! Il s'étire sur de longues et pénibles minutes avec d'improbables écritures grecques surfant avec du français pour qu'on comprenne bien. Et c'est bien ça l'écueil principal du film, il est lent, abominablement lent sans que cela dégage quelque chose de bon ou d'intéressant!
    Alexandre est présenté au début comme un grand chef de guerre, mais quand il énonce sa tactique pour venir à bout des perses, le spectateur s'endort rapidement tant le discours est incompréhensible!!!
    Il semble qu'Oliver Stone a tout fait pour ne pas prendre un chemin hollywoodien typique, c'est à dire à base d'explosions, de boum-badaboum. Et les scènes d'action semblent du coup vides de sens.

    Quant à la question de l'homosexualité, elle y est abordée d'une manière ouverte, mais nettement moins que d'autres aspects de la sexualité d'Alexandre. Les deux scènes de "couette et lit" sont formidables sur ce point : d'un côté Alexandre fornique allégrement avec une princesse "barbare" en pleine lumière tandis qu'un voile pudique est jeté sur la nuit qu'il passe avec un esclave. Que c'est dommage et surtout ça décrédibilise le film en entier.

    Evidemment je suis aussi d'accord avec les critiques ci-dessus. Colin Farrel a un peu trop le charisme d'une huitre décédée pour faire un bon Alexandre. Et seule Angelina Jolie s'en sort plutôt bien, même si son rôle est des plus confus!

  • sPz

    29/08/2005 à 16h11

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    Je ne connais pas grand chose à l'histoire de l'Egypte, la Macédoine ou bien la Grèce mais je peux dire que j'ai bien aimé ce film.
    Action, complot, histoire, drame ... je ne pourrais pas dire ce qui m'a le plus plu mais je peux dire qu'on ne s'ennuie pas un instant devant ce film :>

    Colin Farrel une fois de plus joue tres bien son rôle et pousse son personnage tres loin dans ce film ...

    bref je n'ai pas un commentaire aussi developpé que les votres mais c'etait juste pour dire que j'avais bien aimé

  • cactus07

    28/09/2006 à 13h42

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    qu'est-ce que j'ai baillé...y'a rien.Pas d'action,ou très peu.Les histoires familiales du héros m'ont plus e****dée qu'autre chose et le film est plus un mélodrame qu'une épopée historique... enfin bref,c'est vraiment un navet.

  • gyzmo

    25/10/2006 à 23h12

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    Juste pour dire que j'avais trouvé le film d'une drôlerie impeccable.
    Et merci Farrell pour avoir fait du sous-Pitt :



    Terrible
    Et Jolie en maman du Colin, c'est très bien trouvé aussi

  • hiddenplace

    25/10/2006 à 23h28

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    On dirait un image tirée du film Jésus II, le retour



    Ca donne drôlement envie de le voir, ce film, dis donc

  • Anonyme

    15/12/2007 à 23h25

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    ce n est que maintenant que je viends de voir le film.je ne vais pas parler de l histoire ni d oliver stone .

    le moment ou alexander demande au soldas de faire la guere et qu eux preferent retourner a leur enfant et a leur femmes a ce moment commence, pour moi, le but du film.alexander veux donner un sens a la vie en mourant glorieusement et pas au le lit. cela ne veux pas dire qu il veux se suicider et au meme temp emporter avec lui les autres,pas du tout.il leur a donné une chance de vivre cette experience.c est pour cela apres le retour de l inde il a ete dessus ajoutant a cela la mort de son ami ,donc qu est ce qu il lui reste? je crois c est la mort .et n oublions pas que le film reste toujour dans un cadre du myth.

  • Koub

    10/02/2008 à 14h35

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     Ma critique d'Alexandre : 


    Superproduction
    de 150 millions de dollars aux affiches guerrières, Alexandre
    fleure bon le bon gros péplum blockbuster. Il n'en est
    pourtant rien. Le film d'Oliver Stone n'a rien d'un grand film de
    guerre. Alexandre n'est pas Gladiator, il n'est pas
    Troie, encore moins 300. Ce n'est pas non plus un récit
    historique. C'est un ovni filmique où Stone nous dépeint
    sa vision très sélective du plus grand guerrier de tous
    les temps: Alexandre le Grand. Parti de Macédoine avec le rêve
    impossible et pourtant presque réalisé de conquérir
    le monde entier, Alexandre parvint à une unité
    politique encore jamais retrouvée entre Orient et Occident.
    Stone nous le dépeint comme un grand guerrier aux mystérieux
    relans d'humanisme et de modernité, tiraillé entre sa
    volonté d'être un dieu et celle d'être aux-côtés
    de ses hommes. Ceux qui s'attendent à un grand film de guerre
    peuvent passer leur chemin, à part pour une embuscade finale
    d'une âpreté sans pareille, où Stone démontre
    qu'il sait filmer de grandes batailles mais que ce n'était
    tout simplement pas le sujet. Stone préfère s'attarder
    sur les tourments d'Alexandre, ses conflits avec ses hommes et
    lui-même. Harcelé par une mère arriviste et
    possessive (Angelina Jolie, hypnotique), Alexandre est campé
    par un Colin Farrell étonnamment péroxydé mais
    troublant de justesse. Stone évoque sa possible homosexualité
    avec beaucoup de pudeur et de finesse. Grand film à la
    splendeur éblouissante, bercé par la musique magnifique
    de Vangelis, Alexandre est une vision elliptique mais
    passionnante du destin d'un des plus grands hommes de tous les temps.

  • Anonyme

    14/01/2009 à 02h27

    Répondre

    J'ai enfin vu ce film. Près de quatre ans après sa sortie. Disons le d'emblée, j'avais un peu peur de le voir, en grande partie à cause de la déception qu'avait été pour moi Troie.


    Quelle erreur de ma part! Alexandre est clairement un meilleur film que Troie, et un très bon film tout court, et ce quand bien même Stone aborde la personnalité très controversé du plus grand roi des Macédoniens.


    Beaucoup disent que son film n'est pas une fresque historique? Pourtant peu de films peuvent se targuer de présenter et de respecter autant d'élèments historiques justement (les mythes, la progression vers l'Orient, les dates et évènements). J'entends par là que Stone a respecté la base de son sujet (contrairement à un film comme Troie par exemple) et que, de ce fait, l'historien lambda n'est pas déboussolé (ou scandalisé ça dépend) et le spectateur apprend au moins des choses intéressantes et non erronées (à part un ou deux détails que seul les plus calés sur le sujet n'hésitent pas à montrer). Alors pas une fresque historique cet Alexandre? En tout cas, pour moi c'en est une.


    Maintenant la critique (enfin il n'y a pas qu'elle, malheureusement) prétend que le film n'est pas épique? Alors, oui, on a seulement droit à deux batailles (Gaugamèles et Hydaspe) de 20 minutes (?) chacune pour 2h40 de film. Trop peu pour un film de cette durée? La bonne blague, si le film avait fait la part belle aux batailles, on l'aurait sitôt descendu pour cela. Non, Stone a préféré mettre en boîte les deux plus importantes d'entre elles. Pourquoi pas plus? Pourquoi pas plus longtemps? Tout simplement parce que Stone nous montre tout avec l'énorme bataille de Gaugamèles. Reconstitution juste, sentiment épique énorme, violence du conflit... tout y est, tout est dit, plus besoin de s'attarder sur les batailles.


    La personnalité d'Alexandre dans le film maintenant. Certes, Stone a pris un risque (qu'il paya d'ailleurs, vu les recettes du film), mais sa vision en est une parmi d'autres et elle est d'autant plus louable qu'elle creuse un des points d'interrogations de la vie d'Alexandre tout en restant fidèle à l'Histoire.


    Quant au jeu de Colin Farrell, je le trouve plutôt dans le ton. Les accès de rage d'Alexandre le Grand étaient connues, de même que son caractère échevelé. Je ne trouve donc pas qu'il surjoue ou rend le personnage ridicule. Enfin, je trouve assez singulier de lire autant de plaisanteries sur la perruque que porte l'acteur alors que personne n'a fait de remarque sur Olympias, jouée ici par une Angelina Jolie insensible aux dégats du temps et de une année plus vieille que Farrell. Déçu que je suis de n'avoir pas vu de blague.    


    Conclusion : un très bon péplum. Je ne comprendrais surement jamais pourquoi ce film a autant été décrié...

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