8/10

Alerte !

Dustin Hoffman contre le virus Motoba. Une bonne aventure menée tambour battant par un Wolfgang Petersen en forme.

Singulière carrière que celle de Wolfgang Petersen, homme capable de signer de vrais chef d'oeuvres (Das Boot, on en frémit encore) tout en se perdant dans des choses autrement plus insignifiantes (Air Force One, on en rigole toujours). Cas intéressant : ne serait-il qu'un simple faiseur parfois (souvent ?) touché par la grâce ? Planté au milieu des années 90, où il reste ce que le cinéaste allemand a fait de mieux durant la période, Alerte a le mérite de poser le débat. Petersen auteur ou artisan ? Un peu les deux, peut-être…

L'histoire, connue désormais de tous, met donc en scène le sémillant Dustin Hoffman cherchant à endiguer une épidémie meurtrière ramenée d'Afrique par un joli petit singe. Rien que du très classique ? Sans doute. Reste qu'à cette époque où la génétique quittait ses labos anonymes pour (re)contaminer le septième art (merci Jurassic Park ?), ça marche. Même si l'amateur éclairé constatera sans peine que le film ressemble surtout à un sacré plagiat du bien nommé Virus, bon bouquin de Robin Cook, référence quasi-ultime en matière de thriller-médical-rempli-de-gens-qui-meurent-horriblement. Et ça marche même tellement bien qu'Alerte fait des petits à la télévision. Ironie du sort, Virus devient ainsi un téléfilm pas trop mauvais, visiblement tourné dans la foulée. Au même moment ou presque, le public américain -puis français- découvre, médusé, la série Burning Zone où une équipe de scientifiques s'en va combattre des maladies trop mortelles (mention spéciale au microbe qui fait des fractures... et *crac* !). Malgré les efforts du casting pour trouver invariablement l'antidote dans les cinq dernières minutes, ce bouillon de culture ne survivra qu'une saison. Toute aussi drôle -mais volontairement-, n'oublions pas la sitcom culte Friends, qui envoie l'ami Ross chercher, comme chacun, son... singe, parti jouer la star sur l'improbable Alerte 2. Imdb vous apprendra que Jean-Claude Van Damme y joue un militaire et Joey Tribiani un mort.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos singes. Que Dustin Hoffman reste digne malgré sa combinaison qui boudine ou que Wolfgang Petersen réalise le tout avec savoir-faire et efficacité n'étant pas une surprise, intéressons-nous plutôt au propos même d'Alerte, qui quelque part annonçait la recrudescence d'un genre tombé aux oubliettes depuis les années 70, le film catastrophe. Avec sa menace inextricable, son héros courageux et son casting bien trempé, Alerte collectionnait déjà quelques codes, mais ce qui le ramène finalement dans la bonne tradition du genre, c'est sa leçon d'humilité. Tremblement de terre ou bactéries, Alerte, comme les classiques avant lui, amène à considérer sa propre fragilité. Rappelons pour finir qu'au moment des faits, Ebola fait un triste come-back et ravage entre autre le Zaïre, ce qui fait d'Alerte un film peut être moins innocent qu'il n'y parait. De là, il y a matière à se dire que finalement, Wolfgang Petersen a bien un "truc". De Das Boot à Poseidon en passant par Troie, le bonhomme ne semble rien aimer tant que de voir l'humain tomber de son piédestal, en prise avec la nature reprenant ses droits ou ses propres folies. Un pessimisme camouflé sous un solide sens du divertissement, dont Alerte, fort d'un premier tiers redoutable, est une sorte de pierre angulaire...

 

PS : Et un film avec Donald Sutherland ne peut pas être mauvais.

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