6/10

L'aigle de la neuvième légion, le péplum

En 140 après J.-C., l'Empire romain s'étend jusqu'à l'actuelle Angleterre. Marcus Aquila, un jeune centurion, est bien décidé à restaurer l'honneur de son père, disparu mystérieusement vingt ans plus tôt avec la Neuvième Légion qu'il commandait dans le nord de l'île. On ne retrouva rien, ni des 5000 hommes, ni de leur emblème, un Aigle d'or.
Apprenant par une rumeur que l'Aigle d'or aurait été vu dans un temple tribal des terres insoumises du nord, Marcus décide de s'y rendre, avec Esca, son esclave...


Esca, l'esclave interprété par Jamie Bell, sait se battre comme un gladiateur

Le péplum, style tombé plus ou moins en désuétude, mais dont l'imagerie fascine toujours autant. Un peu trop parfois, à tel point que bien souvent les réalisateurs en ont abusé, sombrant dans le ringard, voire le ridicule. Avec Gladiator, Ridley Scott a su remettre le genre au goût du jour, mais en positionnant son personnage principal comme icône, il avait conservé l'aspect grandiloquent de l'héroïsme coutumier des péplums d'antan. Rien de tout ça ici, Kevin McDonald (aucun lien) préfère l'humain au sur-homme. Certes le film ne manque pas de morceaux de bravoure, mais rien n'y est sacralisé.


Marcus Aquila, blessé, veut récupérer l'aigle
C'est donc un péplum moderne, plus sombre, aux héros plus sensibles et tourmentés, en souffrance perpétuelle auquel nous avons à faire. Quelque part la démarche est un peu la même que celle de Skyfall, le dernier James Bond, accentuant le réalisme au détriment du fantasme. Autant pour une icône comme James Bond, ça marche moyen, autant pour un genre vieillissant, ça renouvelle grandement l'intérêt ! D'autant plus que McDonald ne s'arrête pas aux personnages, et donne vie aussi à cette société (anglo)romaine, au travers de ses mentalités, de ses coutumes et de ses techniques militaires.

L'Aigle de la neuvième légion aurait pu donc être une totale réussite, renouvelant le genre avec brio. Pourtant, si le film se regarde agréablement, il est entaché de défauts majeurs.


Les scènes de batailles sont plutôt bien fichues
Du point de vue du spectacle pur, mettre l'accent sur le réalisme a toujours posé des problèmes. Que ce soit chez James Bond ou chez Batman, la dimension épique se perd un peu, et si ces deux franchises parviennent encore à limiter la casse, c'est surtout grâce à leur budget conséquent, et à une icône charismatique. Ici, rien de tout ça : le film ne démérite pas, mais le soufflet tombe un peu. Trop coincé entre les schémas-types du genre et des ambitions auteuristes, McDonald reste trop hésitant. On se retrouve avec une aventure sans grande surprise et des personnages pas aussi approfondis qu'on l'aurait souhaité.


La reconstitution est soignée
Aussi, et surtout, cette tentative ratée de politisation du propos, là où on pourrait aisément remplacer l'impérialisme romain par l'américain (d'ailleurs ce n'est pas innocent si tous les acteurs romains sont américains et les anglais sont gallois ou écossais), où des thèmes comme la liberté, la compréhension entre peuples, le rapport complexe entre différentes cultures sont mis en avant assez maladroitement. Car au final, à aucun moment le héros ne se met à penser autrement qu'au travers de son honneur. Son esclave même (qui aurait pu être un contre-point intéressant), finit par rallier sa cause, quitte à passer par un véritable génocide - pour l'honneur!-, finissant comme un bête faire-valoir qui échange des vannes cool avec son maître.

Si pris ponctuellement le film connaît de belles réussites et reste assez intéressant, il rate complètement le coche prit dans son ensemble : le propos du réalisateur restant noyé derrière cet incompréhensible besoin hollywoodien de créer une épopée classique, porte-étendard d'une philosophie de l'honneur archaïque et un peu trop premier degré.


Channing Tatum avec sa bonne tête d'américain incarne un romain parfait pour McDonald

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