8/10

Abîmes

Horla mais dans eau quand même

En 1943, un sous-marin américain en mission dans l'Atlantique récupère à son bord les rescapés d'un navire britannique. Deux blessés, un léger, un grave et une femme médecin qui ne s'appelle pas Quinn pour autant. La routine, en temps de guerre. Sauf que d'étranges phénomènes arrivent avec les nouveaux passagers...

Réalisateur inspiré, fan de Bruce Lee, favori dans la course à l'adaptation du Batman de Frank Miller... Darren Aronofsky ressemble d'assez près à un gars bien. Après l'expérimental (et un rien soporifique) Pi et le génial Requiem for a Dream, le garçon a écrit Below, une histoire de fantômes et de sous-marin. Déjà bien occupé, il laisse la place de metteur en scène à David Twohy, déjà responsable de The Arrival (avec des petits hommes verts et Charlie Sheen) et Pitch Black (avec des créatures ailées et Vin Diesel), deux séries B fantastiques plutôt cotées chez les amateurs de la spécialité.

Le vrai fantastique vous manque ?

Malgré quelques figures imposées du genre (toutes brillamment exécutées) comme le grenadage, le commandant en pleine introspection dans sa cabine ou les situations de crises subaquatiques (dégâts à réparer dans l'urgence, tout ça quoi), Below/Abîmes tire à merveille parti de son unité de lieu, le sous-marin, et de la situation de huis-clos qui en résulte. Le film s'appuie en effet sur un concept tout bonnement redoutable : confronter l'équipage au surnaturel.

Ce postulat, déjà habilement utilisé dans des jeux vidéo (Prisoner of Ice) ou jeux de rôles (L'ivresse des profondeurs) ne garantit pas pour autant un bon film, surtout lorsque celui-ci joue la carte du premier degré (voir le sinistre de nullité Vaisseau de l'angoisse). Or, le script d'Aronofsky et Twohy (assistés du débutant Lucas Sussman) a le bon goût de se prendre pour du Maupassant. Et ça marche ! Dans la grande tradition du fantastique à la Edgar Poe, l'intrigue nous balance sans cesse entre le rationnel et le surnaturel.

Toutes ces apparitions, incidences et coïncidences troublantes viennent-elles d'esprits maléfiques ? A moins que la panique et le surplus d'hydrogène n'altèrent la perception humaine dans ce qui reste le plus stressant et le plus claustrophobique des contextes... Chacun y verra ce qu'il voudra et en conclura en conséquences. Au moins, le film ne prend pas son public pour un amas de mangeurs de pop-corn lobotomisés.

Genre très bien

Egalement producteur exécutif du film, Aronofsky mérite quelques louanges puisque Below ne risquait pas de lui apporter l'approbation totale des yes-men d'Hollywood. Rien qu'à voir le temps que le film a mis pour sortir par chez nous (deux ans après sa sortie US) sous le titre Abîmes... En même temps, ce n'était pas non plus l'effet recherché. Sans surprise, les stars ne se bousculent donc pas au générique mais les comédiens assurent le travail, à commencer par Bruce Greenwood, infatigable travailleur de fond qui assume n'importe quel rôle avec une dignité qui force l'admiration.

David Twohy, de son côté, sort tout aussi gagnant de l'affaire et ajoute là une brillante ligne à son CV de cinéaste de genre. Espérons qu'elle lui permette à l'avenir d'accéder à des projets économiquement à la hauteur de ses ambitions.

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