6/10

Abandonnée

Une productrice de films hérite en Russie de la maison de ses parents. Elle n'y est pas seule...

Abandonnée partait gagnant. Film fantastique espagnol, par définition débarrassé des carcans hollywoodiens et pourvu d'un sensibilité européenne qui a toujours réussi au registre, réalisateur intéressant, car précédé par trois courts métrages remarqués, influences jouissives revendiquées dès les photos d'exploitation -L'Au Delà de Fulci, mince quoi !-, tout ceci annonçait quelque chose qui nous aurait vengé de ce raz-de-marée de remakes faisandés réduisant le genre à un tiroir-caisse insipide, tout en confirmant qu'il se passe quelque chose de l'autre côté des Pyrénées. Pourtant, et même si Nacho Cerda ne semble manquer ni de talent ni de sincérité, Abandonnée n'est pas le film attendu. Et c'est ici que la subjectivité de la critique reprend ses droits, celle qui fait préférer Démons à Evil Dead (et oui) ou mettre 3,5 au dernier Tarantino (et oui). Parce qu'un film qui créé le débat sera toujours plus intéressant qu'un autre s'imposant comme une réussite ou un échec évident, Abandonnée bénéficie donc ici de la prose enthousiaste de l'ami  Riffhifi . Une fois n'est pas coutume, c'est à votre serviteur qu'il incombe de pourrir l'ambiance. Croyez-bien que cela ne se fait pas sans amertume...

En vérité, Abandonnée n'est pas un mauvais film. Il serait plutôt une sorte de bon film raté. Le résultat, supérieur au tout venant, n'en suscite pas moins une immense frustration, causée par certaines maladresses que l'on pourrait pardonner plus facilement -ce n'est qu'un premier film- si elles n'handicapaient pas le film. Il y a tout d'abord l'humilité et la jeunesse (artistique) de Nacho Cerda qui, visiblement peu confiant en la seule force de son sujet - par ailleurs audacieux et exemplaire-, joue la carte référentielle. Le Projet Blair Witch s'entrechoque avec Session 9, Amityville succède à Les Autres. Fulci est à l'honneur, les fantômes du film semblant effectivement sortir de l'Au Delà, quand un plan ne rappelle pas le final de Frayeurs. Cerda se permet même une scène gore aussi corsée que gratuite que le maître n'aurait sans doute pas renié. Plus curieux, c'est également à l'univers vidéoludique que le film semble emprunter. Lorsqu'Abandonnée n'évoque pas Silent Hill, on se plait à penser à une adaptation officieuse d'Alone in the Dark, alors qu'une scène semble faire écho à un piège vicelard du premier épisode. Habile au jeu des citations, Naco Cerda étonne néanmoins par sa volonté (inconsciente ?) à renvoyer sans-cesse le spectateur en terrain connu, là où tout, de l'héroïne quadragénaire au décor de campagne russe, incitait justement au dépaysement et à l'originalité d'une approche.

Mais le bémol le plus fâcheux du film reste un scénario prévisible au twist laborieux, dont les principaux rouages sont éventés dès les premières minutes, notamment par un prologue castrateur faisant perdre à Abandonnée tout son mystère. Si Nacho Cerda semble avoir parfaitement assimilé les mécanismes du film de frousse, privilégiant une certaine lenteur par rapport aux effets chocs tout en développant une décrépitude visuelle propre à créer le malaise -un aspect qui renvoie enfin Abandonnée à ses origines hispaniques-, le manque quasi-total de surprise réduit ses belles tentatives de frissons à néant. On notera d'ailleurs que Nacho Cerda, plutôt que de s'empêtrer dans des ficelles dont le genre ancestral du film de fantôme ne peut plus souffrir, se raccroche avec davantage de succès à la mamelle de l'émotion. Et de réussir une scène vénéneuse d'amants retrouvés. C'est lorsqu'il s'attarde ainsi sur la nudité d'un corps, capte la dernière conversation de deux êtres en sursis alors qu'auteur d'eux le surnaturel se déchaîne ou encore, contemple une silhouette sur un ponton, que Nacho Cerda prouve quel metteur en scène il est. A l'inverse, quelques passages remuants rendus illisibles par une caméra tremblotante montrent que le réalisateur a encore du chemin à faire, si ce n'est pour acquérir davantage de maîtrise (quelques fondus-enchaînés incongrus sont également à déplorer), en tout cas pour retrouver une confiance en soi qui lui sera salutaire. Car Nacho Cerda a des obsessions, a un univers, a un style. Ne lui manque qu'une liberté intérieure, bien présente semble-t-il sur ses courts mais perdue sur ce long, qui lui permettra de faire des films vraiment atypiques et aptes à en faire un grand nom du fantastique (ce dont il a le potentiel). Quand à Abandonnée...disons qu'il faut bien commencer par quelque chose.

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13 commentaires

  • Choubide

    09/06/2007 à 20h13

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    Mon dieu, je suis pire qu'une pire quiche. Je savais pas que Zorro ça voulait dire Renard.
    Mais dans ce cas là, peut-on dire que Fox Mulder est son arrière petit-fils?

  • riffhifi

    09/06/2007 à 20h20

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    Désolé, je pensais que ceux qui avaient séché les cours d'espagnol avaient passé leur temps devant des films de Zorro

    Mulder est le Zorro du 20ème siècle, autrement dit le 20th Century Fox

  • eldready

    09/06/2007 à 20h22

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    autrement dit le 20th Century Fox


    Je me sens obligé d'applaudir !...Pas de chance, aucun des smileys du site ne le permet...

  • kou4k

    09/06/2007 à 20h28

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    C'est bien vrai, ca fait un moment qu'on n'en avait pas eu une de cette trempe...


  • Choubide

    09/06/2007 à 21h09

    Répondre

    Enfin il ne faut pas oublier le roux qui servait de partenaire à Mulder. Enfin, une rousse.

    Désolé, je pensais que ceux qui avaient séché les cours d'espagnol avaient passé leur temps devant des films de Zorro Mad

    J'ai fait Italien, signore!!

  • Xalcor

    11/06/2007 à 12h18

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    Ouah.

    Balèze.

    Moi aussi suis pire qu'une quiche, mais j'ai une excuse : j'ai fait allemand.

    Très bon dossier, soit dit en passant. Bien qu'au vu du reste, j'attendais avec impatience le paragraphe "Z comme Zorglub".

  • Mentos le Freshmaker

    11/06/2007 à 12h29

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    Je suis alors une grosse, mais alors une grosse quiche en espagnol on dirait: je ne savais pas que "Zorro" voulait dire "renard"

  • riffhifi

    11/06/2007 à 12h53

    Répondre

    Pour être honnête j'ai fait allemand comme Xalcor. Mais je séchais pour regarder Zorro, CQFD

  • Kei

    11/06/2007 à 12h59

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    Pour un cours d'espagnol en accéléré, il faut regarder le grand détournement.

  • Anonyme

    12/06/2007 à 13h08

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    Moi je pense plutôt que le scénar engourdie un peu l'ambiance du film, une ambiance bien mise en avant par une réalisation inspirée, une inspiration étonante et des éclairages magnifiques.

    Par contre, Comparer Hostel, La colline a des yeux et Wolf Creek à ce film, j'ai du mal à comprendre pourquoi, les autres sont plutôt des survivals sauvages alors que Abandonné vire vers un fantastique horrifique mais très poétique par moment puis c'est surtout un vrai film de fantomes (comme the grudge, ring the messager pour ne citer que eux).

  • riffhifi

    12/06/2007 à 18h50

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    Effectivement, le film n'est pas à comparer avec Hostel ou la colline, je faisais juste allusion à la vague de films d'horreur récente

  • Anonyme

    12/06/2007 à 22h05

    Répondre

    riffhifi a dit :
    Effectivement, le film n'est pas à comparer avec Hostel ou la colline, je faisais juste allusion à la vague de films d'horreur récente



    je suis entièrement daccord mais au final je voulais juste dire que le genre dans lequel s'inscrit Nacho cerda serait plutôt comparable à un labyrinthe de pan, un fragile, un the woods, toute une génération de cinéaste fan d'une époque et Nacho cerda si je ne m'abuse ciblerai vers du bava, je l'ai ressenti dans certaines scènes comme la première visite de la maison ou celle du sous sol avec cette eau, c'est pour cela d'ailleur que je parlai des éclairages qui m'ont paru sublime, dommage que le film s'enlise un peu dans sa seconde partie (dès que le mec traverse le plancher).

    Par contre niveau scénar, j'ai pas vraiment adhéré sur tout le film, mais le fond est très interessant. il n'est juste pas maitrisé sur toute le métrage. heureusement que le reste suit à quelques détails près.

  • nazonfly

    19/03/2009 à 09h25

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    Un scénario vaguement original qui débouche sur un film plutôt convenu et sans surprises. Une maison abandonnée, des fantômes qui passent d'une pièce à une autre, un sous-sol noyé... Et même pas effrayant ou flippant. Abandonnée est un film qui manque franchement le coche en proposant une énième ressucée des mêmes thèmes. Et en plus, un film censé se passer en Russie entièrement en Anglais, j'ai franchement du mal...


    Bof peut mieux faire. 

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