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À mort l'arbitre : Mocky contre les supporters

Les supporters sont tous des idiots, Jean-Pierre Mocky le sait et se fait un malin plaisir à nous le montrer et le démontrer. On peut ne pas être entièrement d'accord avec lui.

En pleine Coupe du Monde, Krinein revient sur quelques films footballistiques marquants ou non traitant du ballon rond. Commençons donc cette série avec l'un des acteurs les plus importants de ce sport, ses supporters.

Le supporter a un statut ambivalent : il est, à la fois, celui qui, par ses chants, ses tifos, sa ferveur, fait vivre un
DR. Serrault le Jaune et Noir
match, au moins autant que le joueur lui-même, celui qui encourage et soutient son équipe, celui qui, en tant que client de maillots, d'écharpes, d'abonnements télévisés consomme le produit football et, enfin, il est celui qui véhicule tous les clichés les plus insupportables du football : beauferie, vulgarité, fanatisme aveugle, bref le repoussoir absolu pour qui ne suit le foot que de loin. Ce supporter beauf, vulgaire, raciste, misogyne, violent est justement le sujet de À mort l'arbitre de Jean-Pierre Mocky. Le pitch est simple : lors d'un match entre les Jaunes et Noirs et les Rouges et Blancs, l'arbitre siffle un penalty contre l'équipe des Jaunes et Noirs, ce qui les prive de la Coupe d'Europe. S'ensuivent les habituels cris des supporters bas du front que je m'abstiendrais de retranscrire ici. L'histoire ne s'arrête cependant pas là et, s'entraînant l'un l'autre, un certain nombre de ces supporters lancent une véritable chasse à l'homme contre l'arbitre.

Sans complaisance

À mort l'arbitre est un portrait sans complaisance, sans aucune complaisance même avec le monde du
DR. Les flics, fans de saucisse
football. En effet Mocky ne prend pas de gants avec ces supporters : impossible de trouver dans le film un supporter mesuré, avec un peu de recul même s'il en existe évidemment dans la vraie vie. Il pourrait y avoir aussi une tentative d'explication de comment ces supporters s'enlisent dans une telle spirale de violence car, oui faut-il le souligner, la violence n'est pas constitutive de la panoplie de supporter. Au contraire il y a même une évidente gradation au fil du film : les attaques verbales contre l'arbitre deviennent physiques, les agressions sexuelles empirent allant presque jusqu'au viol, la bagarre se termine en mort d'homme (et non nous ne dévoilerons pas qui sera/seront la/les victime(s)). Mocky semble avoir posé comme prérequis que le supporter est coupable. Un point c'est tout même s'il nous faut cependant signaler que les supporters ne sont pas les seuls à en prendre pour leur grade : les policiers, toujours en retard, incapables de défendre le « bon » citoyen, sont placés sous le feu de la critique.

Escalade d'engagement

Cette première lecture est bien sûr la plus facile à effectuer mais il nous semble cependant assez évident que ce serait rester à la surface des choses de ne voir dans À mort l'arbitre qu'une critique du monde du football tant il est facile d'extrapoler le propos à n'importe quelle foule en colère, voire à n'importe quelle foule portée par un leader charismatique comme l'est l'effrayant Michel Serrault. Chacun fera ainsi le parallèle qu'il voudra mais quelques points Godwin pourraient être assez facilement récoltés en évoquant d'autres charismatiques leaders désignant d'autres boucs émissaires aux maux de la société. De plus il paraît tout aussi évident que le film de Mocky illustre à la perfection ce que certains appellent l'escalade d'engagement : une fois une décision prise, l'être humain a parfois tendance à persévérer dans la même voie, allant de plus en plus loin malgré des effets de plus en plus néfastes.

Si la patine du temps n'a pas été tendre avec À mort l'arbitre, il n'en reste pas moins que son propos, bien que parfois franchement caricatural, a une certaine résonance que ce soit parce que le drame du Heysel est survenu un an après la sortie du film (pour rappel il s'agit d'un des plus grands drames, en nombre de morts, du football européen, dû aux tensions entre les supporters, à de mauvaises conditions de sécurité et à des forces de l'ordre dépassées) ou parce qu'aujourd'hui encore l'arbitre reste l'une des cibles privilégiées lors de mauvais résultats d'une équipe, certains entraîneurs comme José Mourinho se faisant une spécialité de les critiquer. Il s'agit de toujours savoir garder raison et mesure, même s'il s'agit de football.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

2 commentaires

  • CIRSE

    28/06/2014 à 10h06

    Répondre

    Temps estimé de la lecture de l'article : 3 mn ?!  Quel est l'intérêt de cette notification ?

  • Guillaume

    28/06/2014 à 18h40

    Répondre

    A connaître la durée qu'il va falloir prévoir pour lire l'article ?

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