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Le Garçon et le Monde

Une magnifique surprise que ce dessin animé presque muet, dont la puissance tant narrative, que graphique et émotionnelle envoûtera petits et grands.

À la recherche de son père, un garçon sans nom, sans bouche, sans voix, qui perçoit des couleurs dans les sons, quitte son village et découvre un monde fantastique dominé par des animaux-machines et des êtres étranges. 

Vous souvenez-vous de la manière dont vous pensiez quand vous aviez 4 ans ? Non, probablement pas. Nos souvenirs de cet âge sont flous, épars et désordonnés. Alê Abreu (de son nom complet Alexandre Cesario de Abreu), lui, devait s'en souvenir pour avoir dépeint avec autant de justesse le regard d'un enfant sur le monde : un regard d'une curiosité infatigable, qui ne se lasse jamais, qui s'exclame pour tout et rien, qui s'amuse de tout et rien, qui transforme les notes de musiques en bulles de couleur et dont les émotions battent au rythme incessant de l'intensité de la vie, que cette intensité soit positive ou négative.

Le Garçon et le Monde est un voyage onirique ancré dans l'univers latino-américain mais totalement universel pour tous les petits garçons et les petites filles du monde. Il est un voyage onirique exprimant autant de douceur, d'espoir et de joie, que de souffrances, de tristesse et de violence, ces violences invisibles, indirectes qui épuisent l'homme.

À l'image du Voyage de Chihiro mais d'une autre manière, ce voyage onirique ne se prive pas de dépeindre la noirceur du consumérisme à outrance, de l'industrialisation de masse, de l'exploitation de la misère, de la destruction des forêts. Ce choix était-il opportun s'agissant d'un film pour enfant ? Les petits pourront-ils tout saisir et comprendre ? Probablement pas, mais cela soulèvera des questions et ce sera alors le rôle des adultes d'échanger avec eux sur celles-ci et de partager leurs réflexions et interprétations, car elles peuvent être multiples dans Le Garçon et le Monde. Et puis, il n'est pas forcément bon de laisser les enfants baigner dans des mondes toujours idylliques. Un telle suprotection ne rendra la confrontation au réel que plus dure. Ainsi, le film s'adressera plus aux enfants de 7 ans ou plus, mais les plus jeunes aimeront quand même par toute la poésie dont il regorge.  


Techniques graphiques variées.

Non sans nous faire penser aux différentes aventures de Polo (Régis Faller), au-delà de cette noirceur, il nous offre, par un film sans texte ni parole, un monde de beauté et d'espoir, où le garçon saute et vole sur les nuages, passe du sol à une grue puis un immeuble en construction, court infatigablement après une boule de coton virevoltante ou un papillon, chérit avec force les souvenirs de tendresse familiale, découvre avec étonnement comment un orchestre arrête toute une ville. Les quelques paroles prononcées ne sont de toute façon pas intelligibles, car elles sont prononcées à l'envers, comme le sont d'ailleurs tous les chiffres et lettres du film. Un enfant de 4 ans ne vit pas tout à fait dans le même monde que les adultes, il perçoit du sens dans l'intonation de la voix, mais les mots ne lui sont pour la plupart pas intelligibles. Alors ce monde à l'envers qu'est celui d'Alê Abreu n'en est encore que plus juste.

Le regard de l'enfant était un préalable tant narratif qu'esthétique, et c'est ce qui fait toute la puissance du film, également au niveau graphique. Alê Abreu et son équipe (150 artistes et techniciens dont 20 animateurs) n'ont ainsi pas hésité à mélanger les genres et les techniques - pastels, crayons, feutres, stylo, peinture, photos réelles - pour un résultat particulièrement saisissant, envoûtant, tant pour les petits que pour les grands, même si certaines images des dix premières minutes défilent probablement trop vite. L'omniprésence du blanc qui se remplit et se désemplit en continu, est, de l'aveu même du réalisateur, à l'image de l'enfant qui vient au monde, et qui accumule lentement mais sûrement les découvertes ; il symbolise aussi ce vide et cet inconnu qui nous entoure, car plus nous développons de connaissances, plus nous découvrons que nous ne savons rien, ou presque.

Enfin, les thèmes musicaux et mélodies sont à l'image du reste : originales, envoûtantes, reflétant encore le continent latino-américain, et passant de la simplicité au déchaînement joyeux ou parfois lugubre.

Cerise sur le gâteau, un coup de théâtre final à la limite du fantastique déclenche une dernière bouffée émotionnelle des plus prenantes. 

Alors, parents, grands-parents, oncles ou tantes, emmenez vos chérubin-e-s découvir Le Garçon et le Monde. Il verront le vrai monde, le monde réel, dans toute sa magnificence comme sa décadence, mais avec la poésie qui est propre à l'enfance, la justesse des émotions qui lui est propre, les interrogations et douleurs qui lui sont propres. Et vous aussi, avec un peu de chance, vous serez profondément ému-e-s et interpelé-e-s.


Un blanc doublement symbolique.

Crédits 

Prix remportés par le film

Meilleur film d'animation - Festival International du nouveau cinéma de La Havane
Prix spécial du jury - Festival International d'animation d'Ottawa
Prix jeunesse : Meilleur film brésilien - Festival International de cinéma de Sao Paulo
Meilleur film, prix du public, meilleure bande-son - Festival d'animation de Lisbonne
Meilleur film d'animation pour enfant - Festival International d'animation, Anifilm - Rép. Tchèque
Mention spéciale - Festival International du film de Rio de Janeiro
Cristal et prix du public au Festival International du Film d'animation d'Annecy

Extrait d'interview du réalisateur (Les Films du Préau)

Q : Les séquences urbaines quant à elles font penser à "Metropolis" de Fritz Lang. Enfin, la séquence dans le port semble être un clin d'oeil aux jeux vidéo tels que Tétris ou Donkey Kong... Aviez-vous ces références en tête ?

R : Il ne s'agit pas de références directes mais plutôt de références d'autres artistes qui m'ont influencé comme Moebius. Pour répondre à la question des influences : le cinéaste que j'admire le plus est aujourd'hui Andrei Tarkovsky. Quelques critiques ont d'ailleurs observé son influence dans mon travail sur "Le Garçon et le Monde".

Temps de création

5 ans de travail au total
1 an et demi de développement
3 ans de production
6 mois de préparation à la sortie au Brésil


5 ans de travail.

A propos de l'auteur

1 commentaires

  • Anonyme

    18/11/2014 à 17h44

    Répondre

    J'ai vu ce film avec l'école je trouve ce film d'animation très touchant mais nous comprenons pas toutes les choses !
    Si quelqu'un pourrais répondre à mes questions suivantes sa serais très gentil :
    - Quel est le métier du papa du garçon ?
    -Comment l'enfant va-t-il suivre sa trace ?
    Et une petite dernière
    -Le garçon suit tout l processus de transformation du coton, depuis sa récolte jusqu'au habits exposés et vendus dans le boutiques : pouvez vous retrouver les différentes étapes ?

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