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3615 code Père Noël

Œuvre culte, fascinant OFNI d'un cinéma français auquel il ne semble pas appartenir, 3615 code père Noël reste un cas isolé dans la carrière du scénariste-réalisateur René Manzor, qui n'a rien livré d'aussi original depuis vingt ans.

A la fin des années 80, un profil atypique semble émerger dans la production cinématographique française : René Manzor, frère de Francis Lalanne (hé oui !), réalise d'abord un curieux film fantastique avec Alain Delon, Le Passage (1986), avant de réaliser fin 1988 ce qui restera comme son chef-d'œuvre : 3615 code père Noël. Ignoré en son temps, probablement considéré comme une couillonnade "à l'américaine", il gagne pourtant avec les ans un statut d'œuvre culte, renforcé par la difficulté qu'il existe encore aujourd'hui à le visionner (amis de la VHS, bonjour). Quant à Manzor, il est devenu réalisateur télé (Highlander, Le juge est une femme), s'autorisant de temps à autre un film sur grand écran, sans jamais croiser le succès (Un amour de sorcière, Dédales).

Thomas (Alain Musy, le fils du réalisateur), à dix ans, croit toujours au Père Noël. Affligé par la mort de son père, conforté dans son enfance par son grand-père
(Louis Ducreux) et sa mère qui dirige une usine de jouets (Brigitte Fossey), le jeune garçon se soucie peu des moqueries de ses camarades. Lorsqu'il apprend qu'il est possible de communiquer par minitel avec le Père Noël, il attire sans le vouloir l'attention d'un détraqué...

Certains éléments ancrent indubitablement le film dans son époque, comme le recours au minitel, bien entendu (qui se souvient encore avoir tapé "3615 code machin" à l'ère pré-internet ?), mais également le look du héros : arborant un mulet insensé, idolâtrant visiblement Sylvester Stallone (il fait du rameur sur la musique de Rocky III, se déguise en Rambo pour explorer sa propre maison). Pourtant, l'ambiance ne ressemble à aucune autre : l'imaginaire du réalisateur rejoignant celui du petit garçon, il lui invente une maison en forme de château gothique, où trappes cachées et passages secrets fleurissent comme dans un conte. Sur ce terrain de jeu, l'angoissante partie de cache-cache entre le Père Noël et ses deux victimes (le gamin et son grand-père) prend une dimension particulièrement ludique et originale. La musique de Jean-Félix Lalanne (le troisième frère) participe à ce mélange d'aventure et d'épouvante.

Le Père Noël possède un point commun avec le clown : conçu comme une figure amicale et sympathique à destination des enfants, il devient aussitôt angoissant dès que son attitude sort des rails. Les exemples de "père Noël menaçants" sont légion au cinéma, bien que leur éclosion ne remonte qu'au début des années 70 : dans un des segments de Contes d'outre-tombe, un fou meurtrier se déguise en père Noël pour échapper à la police (l'histoire, adaptée d'une bande dessinée, sera reprise dans le pilote des Contes de la Crypte, avec Larry Drake dans le rôle) ; par la suite, on notera Gérard Jugnot en clodo armé dans Le père Noël est une ordure, un adolescent armé d'une hache dans Douce nuit sanglante nuit, une cohorte de pères Noël envahissants dans le cauchemar d'ouverture de La Cité des enfants perdus... Le Papa Nono de René Manzor, à première vue, est un simple d'esprit aux tendances pédophiles ; pourtant, si l'on prend la peine d'y
réfléchir à deux fois, rien ne confirme le statut de prédateur sexuel du barbu à la voix doucereuse. Finalement, il n'est rien d'autre que la projection adulte du jeune héros, refusant de grandir, cherchant l'enfance à tout prix. Lorsque les marmots refusent de jouer avec lui, il s'énerve, devient violent... mais tout n'est qu'un jeu à ses yeux, il adapte la réalité à son imaginaire, de la même façon que Thomas. Ce dernier, voyant le Père Noël devenir dangereux, préfère penser qu'il s'est changé en ogre, plutôt que d'accepter l'idée que la magie n'existe pas. Cette exploration du syndrome de Peter Pan, autrement plus amère que la vision de Walt Disney, donne au film une saveur toute particulière, et ajoute une dimension psychologique à l'horreur physique déployée.

Après avoir fait la tournée des festivals durant près d'un an, il sort en salles en janvier 1990, un choix de distribution assez navrant pour un film situé en période de Noël. Nul ne comprend s'il s'agit d'un film pour adultes ou pour enfants, et le bide est au rendez-vous. Moins d'un an plus tard, les USA proposent Maman j'ai raté l'avion qui, avec une intrigue sensiblement similaire (Noël, des intrus, un gamin débrouillard) mais bien moins corrosive, remporte un franc succès auprès d'un public qui n'aime pas trop être bousculé.

Vive le vent, vive le vent,
vive le vent d'hiver,
Qui rapporte aux vieux enfants
leurs souvenirs d'hier


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