7/10

3 p'tits cochons (Les)

Une jolie surprise en provenance du pays des caribous. Pas de quoi hurler à l'originalité, mais le film est d'un meilleur niveau que ce qu'on attend en cette saison, et ne donne pas dans le panneau de la comédie grasse.

Ne vous fiez pas à l'affiche ratée, qui laisse présager un spectacle de café-théâtre pourri (ou au mieux une comédie à la finesse choucroutière, dans laquelle trois mecs se secouent le bide et parlent de gonzesses en rotant). Des dialogues crus et des scènes de cul explicites, il y en a ; mais l'un comme l'autre sont au service d'un scénario sensible et d'un trio de personnages bien brossés. Le film est réalisé par Patrick Huard, co-scénariste et vedette de Bon cop bad cop, phénoménal carton au Rémy, fidèle à sa femme
Rémy, fidèle à sa femme
box-office canadien en 2006.

Mathieu, Rémy et Christian sont trois frères d'une trentaine d'années, soudainement réunis au chevet de leur mère dans le coma. Tout en la veillant, ils discutent de leurs vies de couple qui battent toutes de l'aile. Rémy, l'aîné, tente de dissuader Mathieu de tromper sa femme. Mais la tentation est forte en période de crise... Les hommes seraient-ils tous des salauds ?

L'histoire des 3 petits cochons appartient au répertoire classique des récits enfantins : le premier habite une maison en paille, le loup la détruit d'un souffle et le goret va se réfugier chez son frère ; le loup souffle alors sur la maison en bois du frère, et les deux fuyards vont se calfeutrer chez le troisième frangin ; celui-ci a une maison en pierre et fait un gros bras d'honneur au loup, qui déclare forfait et va se taper un burger. Transposer le conte à trois Canadiens en proie à la tentation est Christian, fidèle à sa maman
Christian, fidèle à sa maman
un choix déroutant. Mais force est de constater que la manip fonctionne plutôt bien, et apporte au film une part du décalage et de l'incongruité qui l'empêchent d'être simplement une variation de plus sur l'adultère. Dans le même esprit, on apprécie la sous-intrigue bâtie comme une petite parodie de slasher, et la scène assez surprenante qui survient dans la dernière partie du film. On remarquera également l'utilisation assez étrange de la musique, qui fait parfois un usage à contre-emploi de jingles qu'on croirait sortis d'un film d'horreur des années 80.

Des lieux communs, on en trouve pourtant une généreuse pelletée : sur les hommes et les femmes, sur le sexe... Mais finalement, on se laisse facilement prendre au jeu de l'identification, les trois frangins ayant chacun une personnalité dans laquelle on peut retrouver un peu de soi ou de son voisin. L'accent chantant des acteurs québécois apporte également une fraîcheur salutaire, même si les expressions fleuries du cru imposent la présence de sous-titres pendant le film ! La mise en scène de Patrick Huard, qui fait ses débuts à ce poste, s'avère beaucoup plus digeste que celle de Bon cop bad cop : malgré une caméra qu'on peut trouver un peu trop tremblotante par moments, l'image est soignée sans ostentation, et la réalisation fluide est au Mathieu, fidèle à ses pulsions
Mathieu, fidèle à ses pulsions
service des comédiens. L'espace d'une scène nocturne pluvieuse, on entrevoit les envies de stylisme auxquelles Huard aurait pu s'adonner, mais dont il a eu le bon goût de s'abstenir.

Sans crever des plafonds d'originalité, mais sans verser non plus dans la blague facile ni la sentimentalité violoneuse, Les 3 p'tits cochons est une agréable surprise qui risque de se bananer faute d'une promotion adéquate. Au Canada en tout cas, il a remporté un franc succès ; et les distributeurs français ont au moins eu la clairvoyance de le distribuer au cinéma, comprenant que le public hexagonal était plus susceptible d'être réceptif à ce film-là qu'à Bon cop bad cop, distribué uniquement en vidéo chez nous.

A propos de l'auteur

3 commentaires

  • Danorah

    09/08/2008 à 00h10

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    Alors là, désolée, mais à la fin, le méchant loup essaie de passer par la cheminée de la maison et il se fait brûler les fesses par les trois petits cochons qui ont eu la bonne idée d'y allumer un feu. Un peu de rigueur historique s'il vous plaît.

  • Anonyme

    20/08/2008 à 08h18

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    ce film n'aura pas grand succès en France je pense : il s'adresse à une clientèle trop restreinte . Une clientèle masculine, entre 20 et 35 ans.


    Les femmes voient trop d'hommes les quitter pour des jeunes de 10 ans de moins, 20 ans qq années après, 30 ans,40 ans  si le porte-monnaie peut suivre. Et si par hasard un couple tient 20 ans, l'explication donnée ici fait froid dans le dos.


    Quant à la génération plus âgée, je crois qu'elle en a ras l'bol des films où on exhibe la  violence (films de guerre) ou le sexe (on n'est pas des lapins). Il y a des façons différentes de faire comprendre les choses, les montrer de façon aussi crue c'est facile et ça faisait vendre quand c'était nouveau, mais maintenant je crois que tout le monde sature.


     Enfin c'est la conclusion que je tire de mes observations : dans la salle je regarde toujours la clientèle (je m'assieds toujours au fond parce que le spectacle n'est pas que sur l'écran ) et pendant plusieurs jours j' écoute beaucoup les commentaires des uns et des autres dans mon entourage.


     Ceci dit l'accent canadien avait son charme, et j'ai préféré rire que de faire le triste parallèle avec la réalité du monde actuel.

  • Anonyme

    09/09/2008 à 21h22

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    Je pense que ce n'est pas que la réalité du monde actuel mais la réalité tout court depuis des siecles..., bien sur là, elle est concentrée en folies et en sentiments tordus, mais aussi en émotions et questionnements...et la fin n'est pas une morale mais un rebondissement comique...ils se font tous manger ou presque par le ''grand mechant loup''.


    C'est un clin d'oeil a la ''connerie humaine'' qui cherche un semblant de bonheur, d'ideal, emmelés d'envie, de sentiments, de désirs et de rêves...bref, meme celui qui quitte sa femme pour une plus jeune ne nagera pas obligatoirement dans le bonheur, celui qui ne trompera pas sa femme non plus...etc


    Film leger et lourd, sensible et fou, juste des facettes choisies pour faire un concentré de....de pommes! on est vraiment tous des pommes...


    Ideal pour les 40-50 ans qui retrouveront un soupçon de leur réalité ou de leur doutes...

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