8.5/10

28 jours plus tard

En sortant du cinéma je me retourne à chaque coin de rue pour voir si un enragé ne se dirige pas vers moi, titubant en cherchant à me charcuter. Je dois dire que cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un film qui m'inflige un tel choc. 28 Jours Plus Tard de Danny Boyle, le metteur en scène des célèbres Petits meurtres entre amis, Trainspotting ou encore La plage, est une nouvelle variation sur les thèmes des zombies et de la fin du monde.

Le canevas de l'histoire est simple : en voulant libérer des singes, des "amis de la nature" donnent en fait la clef des champs à une maladie qui vous rend enragé et vous donne envie de tuer tous ceux qui ne sont pas contaminés. Un coursier se réveille d'un coma de 28 jours au fond d'un hôpital déserté. Il commence par errer dans un Londres abandonné de ses habitants où tout a changé. Les rares non contaminés se terrent et vivent au jour le jour. Une petite équipe de survivants se forme pour rejoindre un camp de l'armée où se trouverait la solution...

On l'aura compris ce n'est pas l'originalité du scénario qui fait l'intérêt du film. Dans la même veine scénaristique de fin du monde on peut citer : Ghosts of Mars, Le règne du feu , L'antre de la folie, Le village des damnés et si je cite trois films de Carpenter ce n'est pas un hasard. L'ambiance de ce film y est très proche. Notamment par le fait que les deux thèmes suivants :
- la fin du monde
- la fin de l'humanité
sont bien distingués et traités avec finesse. La fin du monde est une « simple » destruction des choses telles qu'on les connaît. Un exemple est particulièrement frappant : le héros au début du film, quand il n'est encore au courant de rien, se met à ramasser des billets de banque éparpillés (à noter que Boyle fait se dérouler cette scène sur les marches de la bourse de Londres : un petit clin d'oeil à la mort du capitalisme). Ce geste n'a bien sur plus aucun sens, ces billets lui sont à peu près aussi utiles qu'ils pourraient l'être à Robinson sur son île. Par cette scène c'est la fin du monde qui nous est décrite. La fin de l'humanité est, je trouve, beaucoup plus poignante, car beaucoup plus proche de nous. Il s'agit du fait que pour pouvoir survivre il faut oublier tout ce qui fait de nous des êtres humains civilisés. Par exemple, une non contaminée, Séléna, n'hésite pas à couper la tête de son compagnon parce qu'il est peut être contaminé. Le pire est qu'en tant que spectateur, on pense qu'elle a raison : la vie ne vaut plus un clou même pour les non contaminés. C'est la fin de l'humanité : quoiqu'il arrive même s'il reste des survivants, est-ce que ce seront toujours des hommes ? C'est ce point précis qui est particulièrement bien rendu dans ce film où pour survivre l'homme doit renoncer à ce qui fait de lui un être humain. Une très belle scène dans le film illustre ce propos à merveille. Le héros, dans un accès de fureur, se met à tuer tout le monde et un gros plan sur ses yeux bleus nous montre que ce ne sont pas seulement les infectés (symbolisés par des yeux rouges) qui sont perdus.
La rage est au fond de chacun de nous.

Une particularité à signaler : la photo de ce film tourné en numérique est assez étrange et ajoute au malaise ambiant.

C'est un film dont on ne ressort pas indemne : ce qui fait le plus peur n'est pas vraiment la maladie mais plutôt ce qu'elle révèle, et contre cela il n'y a pas de remède en vue.

A découvrir

Espion amateur

Partager cet article

A propos de l'auteur

6 commentaires

  • Joel Robuchon

    21/03/2005 à 16h19

    Répondre

    Le Royaume-Uni est devenu un No man's Land à la suite de la propagation d'un virus terrifiant: le début du film est carrément bluffant, dans Londres plutôt désert : assez impressionant visuellement.

    J'ai particulièrement adoré la fin du film notamment avec l'apparition des militaires pour aboutir à des scènes d'une violence très baroque et très crue.
    Petite parabole vénéneuse sur la betîse des hommes, finalement qui sont les plus nuisibles : les contaminés ou ces militaires assoifés de violence?

    Et bon appétit bien sûr!

  • nazonfly

    23/03/2005 à 19h24

    Répondre

    Je viens de voir ce film...

    Comment dire? Certes le scénario n'est pas des plus étoffés, mais si on aime bien les films de zombis, on est servi!

    Mais ce qui m'a vraiment beaucoup plu, c'est la photo magnifique du film et surtout les changements constants d'ambiance. On navigue entre l'hyperviolence lors des combats à des moments totalement poétiques et féériques entre temps...

    Sans oublier bien sûr toutes les réflexions sous-jacentes que ce film amène : l'homme, la violence etc...

  • Meow

    28/02/2006 à 23h58

    Répondre

    Je partage tout à fait les points de vue précédents.
    Ce film n'est pas un 'bombe' mais un vrai petit piège bien vicelard qui ne paie pas de mine.
    Je citerai le fait que ce film est d'une sobriété et d'une froideur qui font toute la différence. Bien sûr quelques bons sentiments de ci de là viennent ponctuer le film, mais ce n'est pas ce qui importe le plus. Ici, on parle de zombies et d'êtres humains ultra violents, qu'ils soient hommes, femmes ou enfants : pas de pitié!

    Les protagonistes principaux de 28 jours plus tard ne sont pas plus rompus à l'art de la guerre que vous ou moi, pas de super héro armé jusqu'aux dents, ancien SAS (équivalent anglais des Marines américains) ou que sais-je encore, mais bel et bien une poignée d'individus lambda stimulés par un instinct de survie pur...et dur.
    Quand aux militaires présents dans cette histoire, loins des clichés habituels des productions américaines, ils ne font qu'attiser par leurs actes et leurs motivations une haine qui nous pousserai presque à souhaiter voir l'humanité s'éteindre.
    Bien qu'il ne soit peut être pas parfait, ce film est une vrai réussite car il se détache de la simple histoire de zombie pour en faire un pamphlet presque anti-humaniste, mais jamais larmoyant et pathétique, réservé aux amateurs de cynisme pur...et dur. ^^

  • Ceir

    01/03/2006 à 12h08

    Répondre

    Arg zut, vous avez tout dit

  • naweug

    01/03/2006 à 13h32

    Répondre

    Beaucoup bien aimé aussi !

  • sushi mutilator

    29/07/2006 à 10h44

    Répondre

    je n'ai pas eu la chance de voir ce film au cinéma mais je dois dire que même sur sa TV , quand toute les lumières sont éteintes , je me suis posé la question de savoir si un de ces zombis dégénérés n'allait pas faire voler la vitre en éclat pour me déguster le cervelet ....
    Malheureusement un peu mou par moment ( le voyage en taxi étant particuliérement long ) , il y a des scènes chocs , par exemple avec le prêtre ou dans la maison de Jim

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein cinéma, c'est l'actualité et les critiques de films qui sortent au cinéma, en dvd et en bluray .

Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

Rubriques