8.5/10

25ème heure (La)

La 25e heure : que feriez-vous s'il vous restait 24 heures ?
24 heures avant d'avoir votre vie entre parenthèses, entre quatre murs, entre mecs virils et brutaux qui vont bien aimer votre belle tite gueule de minet(te), pendant sept longues années de prison.
24 heures pour faire un bilan d'une vie ratée. 24 heures pour renouer avec d'anciens potes qui sont finalement les plus loyaux et les plus sincères. 24 heures pour retrouver et rattraper le temps perdu avec votre père que vous aviez aussi perdu de vue. 24 heures pour, en fait, rattraper votre vie avant que la prison ne vous rattrape. 24 heures pour savoir qui vous a balancé aux stups (oui j'oubliais, vous êtes un dealer, un dandy de la drogue très vite monté dans le milieu, enrichi aussi vite, mais qui perd tout, en une nuit de délation... mais bon, on ne va pas vraiment vous plaindre). 24 heures pour promener un chien Monsieur Doyle, clebs agonisant que vous avez sauvé et recueilli un soir, une des seules choses de bien que vous ayez faite et dont vous pouvez être fier.
24 heures c'est si long et si court à la fois quand on a à trier et à ranger ce qui vous reste de vie, mais c'est intense. Pour douter, se mettre en colère, pleurer, penser. Pour faire la fête, dire au revoir (ou adieu), envoyer le monde se faire foutre. Pour aimer, pour perdre espoir ou prendre espoir.

Monty Brogan (Edward Norton) a ces 24 heures. On le suit dans son parcours et dans sa dernière promenade à New York, une ville qui ne fait plus rêver. Edward Norton joue intensément et tout en nuances son rôle de dealer amendé. A propos de son personnage, il disait : "Je ne choisis jamais les films que je réalise sur le caractère sympathique ou non des protagonistes. Monty Brogan est un dealer, et bien sûr, cela le rend antipathique aux yeux de l'immense majorité des gens. Pourtant, les individus les moins recommandables font souvent les meilleurs personnages, ils ont parfois des destins captivants et tragiques. J'aime chercher ce qu'il y a de bon dans ce qui semble mauvais. Le paradoxe de l'être humain est fascinant". En effet, on ne peut ni le plaindre, ni le détester, mais ni l'aimer non plus. Comme l'acteur, le film dégage une tristesse infinie, magnifiée par une musique mélancolique et lancinante. Une tristesse et même parfois un vide d'espoir pesant qui prendraient racines dans les ruines d'une ville qui s'appelait New York, dans les vestiges d'une toute puissance triomphante et arrogante où siégeait en maître du monde son symbole : le World Trade Center. L'histoire du film fait écho aux évènements du 11 Septembre et y fait régulièrement référence (un hommage patriotique qui peut paraître trop appuyé). On se croyait beau, riche, superpuissant et inattaquable, et en un instant (un matin de septembre ou une nuit de perquisition des stups), tout bascule. Rattrapé par ses fautes passées, il n'y a plus de certitudes, plus d'arrogance. Rien ne sera jamais plus pareil. Le spectateur prend réellement conscience, et de plein fouet, du drame individuel, communautaire et surtout humain. Car avant tout, Spike Lee raconte une histoire humaine, ponctuée de rencontres, de retrouvailles, de confessions et de face à face. Des tête à tête qui rendent les personnages très proches et familiers. Dans la galerie de personnages (assez conventionnels), nous avons le père de Monty de souche irlandaise, honnête et sans histoires ; Jakob Elinsky, le copain coincé, prof de littérature attiré par une élève allumeuse ; Frank Slattery, le copain trader arrogant et sûr de lui ; Naturelle, la petite amie si belle et attentionnée ; Kostya Novotny, un complice dealer balourd et benêt, et un chien noir et blanc, quasi inséparable de Monty, le dealer repenti ni bon, ni mauvais. Ces dernières 24 heures, ils vont tous se révéler sous un autre jour. Car leur vie à tous va aussi être bouleversée.

Spike Lee signe un magnifique film ni blanc, ni tout à fait noir, poignant et dur, porté par des acteurs fabuleux, avec toujours un Edward Norton au mieux de sa forme. Les personnages ne sortent pas indemnes de la 25e heure, et le spectateur non plus. C'est un film qui se poursuit et auquel on repense bien après la projection.
Au fait, vous faites quoi, les prochaines 24 heures ?

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2 commentaires

  • tonio

    06/10/2003 à 00h00

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    pas besoin d'en écrire 10 pages, ce film est un bijoux qu'on ne peut pas ne pas aimer. un bon moment pour les fans de Norton .

  • Anonyme

    09/12/2003 à 00h01

    Répondre

    quel film !
    loin du manichéisme habituel des films américains: ni méchants ni gentils, les personnages sont remplis de défauts et de contradictions, mais ils ne sont pas des monstres, juste des humains.
    un réalisateur qui nous ballade du début à la fin du film : chaque fois qu'on a l'impression de savoir ce qui va se passer, on se fait cueillir par le scénario, qui joue des clichés cinématographiques pour mieux nous surprendre...
    des acteurs extras (norton parfait, on pourrait presque écrire : "comme d'habitude").
    une bonne Bo, une fin ouverte....
    on a retrouvé le spike lee qu'on aimait. qui nous titille, nous surprend, nous fait réagir...
    un chef d'oeuvre.

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