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2001 : l'odyssée de l'espace

En étant simultanément le film de science-fiction le plus réaliste et le plus ésotérique jamais fait, 2001 a marqué les spectateurs de son époque. Une quarantaine d'années plus tard, le film reste hypnotisant et continue de générer d'innombrables interprétations.

Après avoir tourné deux comédies grinçantes en noir et blanc avec Peter Sellers (Lolita et Docteur Folamour), Stanley Kubrick semblait prêt à revenir au tournage épique en cinémascope couleurs et son stéréo, une expérience qui lui avait échappé sur le Spartacus produit par la star Kirk Douglas. Lorsqu'il annonce en 1964 qu'il s'attaque à la science-fiction, nul ne se doute encore qu'il va révolutionner le genre, et livrer après quatre ans de travail un film majeur de l'histoire du cinéma (allons-y gaiement, 2001 l'odyssée de l'espace voisine dans la plupart des classements avec Citizen Kane et Le Parrain).


Partant d'une réflexion menée avec l'écrivain Arthur C. Clarke (2001 deviendra un roman en parallèle du scénario du film), Kubrick prend le parti de représenter un futur crédible, dans lequel la conquête de l'espace sera cohérente avec les connaissances de l'époque. Nous sommes au milieu des années 60, l'homme n'a pas encore marché sur la Lune, mais il s'apprête à le faire (le premier pas aura lieu un an après la sortie au cinéma de 2001). Le cinéaste estime probablement qu'il est temps de faire le point sur l'évolution humaine... C'est la raison pour laquelle son film ne concernera pas un évènement, ni une tranche de vie, ni une vie, ni la vie de quelques générations, mais l'histoire de l'humanité toute entière. Kubrick n'est pas le genre de mec à reculer devant l'adversité, ni à remettre en question sa capacité à traiter un tel sujet ; sans fausse modestie, il se lance dans le projet avec la participation d'anthropologues, de spécialistes de la NASA et quelques morceaux musicaux allant du classique (Richard et Johann Strauss) au moderne (György Ligeti).

Attention spoilers ! (bien que la notion de spoiler soit très relative dans le cas d'un tel film, où le suspense joue un rôle quasi-nul)

La narration est découpée en trois parties : l'aube de l'humanité, une séquence située en 2000 aux environs de la Lune, et la mission vers Jupiter qui a lieu 18
mois plus tard. L'ellipse qui conduit le spectateur de l'ère des primates à celle de la conquête spatiale, simple mais diablement efficace, est restée comme l'une des coupes de montage les plus audacieuses de l'histoire du cinéma, faisant parfois oublier à quel point le parallèle entre les singes et les humains est établi de façon subtile : la répartition en clans, usant de dialogues codés pour se tenir en respect (les phrases prononcées par les personnages sur la station lunaire n'ont guère plus de relief que les cris des primates), et la volonté permanente de domination exprimée par le clan possédant le plus d'informations ou de capacités. Incroyablement documentées, les deux époques (lointain passé et futur proche) donnent une impression d'intense réalité - même les hôtesses qui marchent sur les murs paraissent relever d'un quotidien possible, alors que les voyages spatiaux effectués depuis se passent plutôt en non-gravité.  Quant à l'évocation d'une intelligence artificielle (HAL-9000, personnage mythique bien que dénué de toute expression faciale) si développée que la frontière entre l'homme et la machine s'en trouve brouillée, elle trouvera un écho dans nombre d'œuvres ultérieures, en attendant peut-être de devenir un sujet de préoccupation réelle.

Avec très peu de dialogues et une intrigue composée d'une simple pincée de
péripéties (que l'on peut quasiment réduire à une « histoire de balles de ping-pong vertes interplanétaire »), 2001 atteint les 2h30 (avec musique d'introduction et entracte) en assumant un statut d'expérience sensorielle : véritable trip visuel et auditif, tour à tour contemplatif, hypnotique et oppressant, le film touche sans peine le public de l'époque, en pleine recherche d'expansion de la perception. Difficile pourtant de le définir comme psychédélique ou rock'n'roll - pour être exact, on serait plutôt tenté de rapprocher le style de celui de Jacques Tati, dont le Play Time tourné simultanément reflète une même approche mécanique et désincarnée des personnages, une même déconstruction du rythme au risque de perdre le spectateur dans l'absence de repères et de codes.

Ayant inspiré une génération entière de cinéastes (George Lucas, James Cameron, Steven Spielberg s'expriment tous sur les documentaires du très bon Blu-ray sorti cette année - un support idéal pour apprécier pleinement le film, soit dit en passant), 2001 a également suscité de nombreux débats passionnés sur l'interprétation qu'il fallait en faire. Est-il finalement question de vie extraterrestre, d'existence divine, d'évolution humaine ? Aucune réponse ne fait autorité, Kubrick a délibérément laissé la porte ouverte à tous les raisonnements, et surtout à toutes les réceptions émotionnelles et subconscientes.


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8 commentaires

  • Travis Bickle

    08/07/2004 à 00h00

    Répondre

    Kubrick... Quel génie!!! En tant que pur cinéphile en tout genre, et fan des plus grands (Sergio Leone, Scorsese, Tarantino, Spielberg, Fellini, Bergman, Billy Wilder et autres Hitchock, Chaplin et Lynch) je trouvbe que le meilleur réalisateur de tous les temps c'est sans conteste Kubrick! Et voilà que l'on sort tous ces films en un seul coffret!!! Bon, malheureusement, il manque ces autres chef-d'oeuvres, Ultime Razzia, Sentiers de la gloire et Spartacus et Dr Folamour, mais voyons ce que l'on a ici : Lolita, un très bon film dramatique ; 2001 qui a quand même donné ses lettres de noblesse à la SF, plus exactement le space-opéra, unique en son genre tellement il est parfait (les effets spéciaux n'ont toujours pas été égalés!) ; Orange Mécanique, que l'on n'a plus besoin de porter aux nues car chacun sait qu'il s'agit probablement d'un des meilleurs si pas le meilleur film jamais fait ; Barry Lyndon, inégalé aussi au niveau esthétique ; Shining, qui même s'il n'est pas un chef-d'oeuvre comporte de grands moments ; Full Metal Jacket qui n'a pas connu le succès qu'il méritait car il s'est retrouvé confronté à Platoon ; et Eyes Wide Shut, le film le plus mûr au plan psychologique de tous les films de Kubrick. Tous ces films, de genre différents, ont marqués le cinéma. Le documentaire aussi est exceptionnel, comme quand on voit Kubrick enfant et en famille ou encore quand on parle de ses projets abandonnés (dont un Napoléon qui aurait pu être grandiose!). Et dire que malheureusement cela fait 5 ans que l'on doit se rendre à l'évidence : le cinéma a perdu un de ses plus grands génies et personne ne le remplacera...

  • Anonyme

    07/09/2008 à 12h47

    Répondre

    C'est pas compliqué, pour moi tout les films de Kubrick sont des chef-d'oeuvres. Enfin c'est mon avis.

  • Anonyme

    26/10/2008 à 15h35

    Répondre

    ce film est une pure réussite, meme si il est un peu tiré par les cheveux, ce film (qui a révolutionné la science fiction) est vraiment bien fait pour 1968. Bref, c'est la référence de la science fiction, ce film souvent copier mais jamais égalé est en passe de rester le meilleur film de science fiction de tous les temps. Merci monsieur Stanley Kubrick.

  • Anonyme

    01/05/2010 à 15h11

    Répondre

    "Ayant ins pi ré une gé né ra tion en tière de ci néastes (George Lucas, James Cameron,Steven Spielberg " C'est dommage que les "inspirés" ne l'aient étés que pour faire des blockbusters immondes

  • Lestat

    01/05/2010 à 16h16

    Répondre

    Une fois j'ai vu un film de John Lennon, il avait filmé des immeubles en constructions en plan fixe, en se disant probablement qu'il y aura bien un gugusse pour donner un sens à tout cela. 


     2001 ça me fait un peu le même effet. En tout cas Kubrick a fait d'excellents somniphères.


    Je préfère Blueberry, sa dérivation western.

  • Anonyme

    01/05/2010 à 16h55

    Répondre

    Je n'ai jamais aimé Kubrick:

    [list=a]
    [*]2001, j'ai tenu 5 minutes: trop vide sans action
    [/*:m][*]Orange Mécanique au bout de 30-45 minutes, cela ne parle que d'éducation
    [/*:m][*]Full Metal Jacket, au bout d'une heure, c'est vide
    [/*:m][*]Shinning,je n'en parle pas, Stephen King l'a fait pour moi.[/*:m][/list]

    En film destructuré, je préfére comme même Stalker d'Andrei Tarkovski (1979)


    http://www.allocine.fr/communaute/forum ... edia=.html

  • hiddenplace

    01/05/2010 à 17h55

    Répondre

    Nan mais Lestat, c'est pas la faute de John Lennon, c'est celle de Yoko Ono


    Sinon moi aussi je me suis endormie pendant la première demi-heure de 2001

  • Wax

    01/05/2010 à 19h48

    Répondre

    A noter que le bouquin de Arthur C. Clarke, souvent qualifié de mode d'emploi du film de Kubrick, éclaire effectivement pas mal...


    En tous cas 2001 pour moi c'est à chaque fois du bonheur...

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